Hier, j'ai eu la chance de pouvoir prendre un café avec un ancien camarade de classe que je n'avais pas vu depuis 4 ans. Kurt est américain et il a habité 3 ans au Japon. Parti explorer le monde, il rêve de partager ses expériences avec le plus grand nombre.

J’ai bien cru que nous n’arriverions pas à nous croiser pendant ses quelques jours à Tokyo car il vit à 175 à l’heure, jonglant entre ses projets, des rendez-vous et des entretiens. 

Je me rappelle encore le voir débarquer dans notre petite salle de cours avec un grand sourire.

Cet américain originaire du Tennesse bossait à distance pour une entreprise tech de San Francisco cherchant à s’implanter en Asie. Vivant entre plusieurs fuseaux horaires, il arrivait à caser 3 heures de cours intensifs de japonais le matin tous les jours. Plus d’une fois je l’ai vu sauter dans un taxi à peine sortir de l’école afin d’arriver chez lui à temps pour une visioconférence.

La trentaine bien passée, il était l’élève le plus âgé de notre classe de 2, puis 3 personnes. Ensemble nous avons étudié plusieurs mois en 2015. Je me rappelle, il avait fait le forcing pour entrer dans cette classe de japonais intermédiaire malgré d’importantes lacunes. Mais voilà, difficile d’arrêter cette tête de mule qui avait décrété qu’elle rattraperait le retard. En vérité, des progrès, il en a fait d’extraordinaires. Il n’a jamais réussi à perdre son accent américain, ni à s’empêcher de caser des mots anglais dans ses phrases, mais sa candeur, son envie de bien faire, était tellement touchante que nous lui pardonnions. 

Et puis un jour, cet expatrié à qui tout semblait sourire – boulot de rêve, salaire mirobolant, appartement fourni par l’entreprise, a tout lâché.

Je m’en rappelle très bien, car son départ avait suscité beaucoup de réactions à l’école où il était apprécié de tous. 

« C’est la crise de la quarantaine…? »

« Il n’en peut plus du Japon ? »

« Mais, mais, il est fou ! Il gagne tellement bien sa vie ! »

« Tellement d’efforts pour ça ? »

Mon mari et moi étions un peu triste, car passer du temps en sa compagnie était toujours agréable. Aimant la conversation, la bonne nourriture, débordant de cet optimisme radieux dont seuls les américains ont le secret, nous le considérions comme un bon ami.  Il avait déjà beaucoup voyagé et travaillé à l’étranger mais cette fois-ci, il était déterminé à vivre des expériences authentiques pour devenir ce citoyen du monde que nous devrions tous aspirer à être. 

Ainsi, il est parti, du jour au lendemain. Il a fait une retraite dans un monastère, il est devenu végétarien, il a voyagé en Afrique, fait du volontariat, donné des cours et organisé des séminaires. Il s’est contenté du minimum, a dormi chez l’habitant. Après avoir nagé dans une rivière africaine, il a attrapé une ces infections qui peuvent nous terrasser, il est alors rentré aux États-Unis. Ce n’était que pour mieux repartir barouder en Amérique du Sud cette fois-ci. Récemment, il a grimpé le Mont Everest après avoir voyagé en Asie du sud. 

Aujourd’hui KD, comme nous le surnommons, parle d’être « en vie ».

Il souhaite nous encourager, plus particulièrement les jeunes américains, à faire « des expériences », à voyager et parcourir le monde grâce à tous les moyens offerts par les nouvelles technologies et l’éducation.  Et cela, pour notre propre développement personnel. Pour notre well-being, notre bien-être. 

L’objectif de sa démarche encore tâtonnante ? Enseigner aux américains qu’ils peuvent eux aussi, voir le monde et s’enrichir au contact d’autres cultures. Il se sent très concerné par cette fracture sociale dramatique qui existe aux États-Unis, entre ceux qui ont les moyens d’accéder aux grandes universités et ceux qui peuvent à peine bénéficier d’une éducation secondaire. Pour lui, la culture américaine ne peut survivre si cet écart important entre population pauvre et aisée perdure.

KD, pense beaucoup de bien des ONG et du travail formidable accompli sur le terrain par de nombreuses associations avec lesquelles il est entré en contact. Maintenant, il rêve de faire plus. De pouvoir changer les choses à une plus grande échelle. Cela commence avec son site, qu’il peaufine en ce moment même. Et par la suite… Par la suite, il m’a confié avoir envie de se présenter à des élections en Californie. 

Alors que nous finissions notre café, il me dit que rien n’est encore sûr. 

Il est passionné et cherche la meilleure voie pour aider un maximum de gens. Mais il faut aussi bien vivre. Alors il passe des entretiens d’embauche en ce moment, en particulier à Tokyo, car son milieu c’est la tech en Asie. Aussi, il se demande s’il ne serait pas pertinent qu’il travaille sur des campagnes électorales de politiciens dont il se sent proche. 

Il a passé la quarantaine, mais il en parait 10 de moins. Il est plus jeune que lorsque je l’ai rencontrée la toute première fois et déborde de l’énergie des passionnés qui se sont enfin trouvé leur voie. 

Alors si jamais vous avez des rêves à accomplir, dites-vous bien qu’il n’est jamais trop tard pour commencer. 

Moi-même je l’oublie trop souvent. 

Je rêve d’écrire, ce n’est pas nouveau. De créer. Tous les jours. Je me lève le matin en me demandant ce que je pourrais écrire aujourd’hui et je me couche en pensant à ces mots que je vais aligner le lendemain. Je déborde d’idées, d’envies mais… Je suis toujours à court de temps. À courir de la maison au travail, du travail à la maison.

Parfois, je me demande si justement, pour me lancer, pour écrire des textes beaucoup plus longs, il ne faudrait pas que je lâche tout et que j’aille aux devants de nouvelles expériences.

Que rêvez-vous d’accomplir dans votre vie ? Quelles sont les expériences que vous souhaiteriez faire ? Pensez-vous un jour vous lancer ?

 

ameliemarieintokyo

Éditeur web basée à Tokyo depuis 2013, travaillant dans la communication et le marketing. Passionnée d'écriture, de nature curieuse et sensible, j'apprécie particulièrement de mettre en scène mon quotidien nippon et de partager mon expérience de la société japonaise.

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1 Comment

  1. Répondre

    tetoy

    7 mars 2019

    Ah bah si seulement j’arrivais à trouver, j’en serais la plus heureuse. Malheureusement je ne trouve pas. J’ai bien des choses que j’aime faire mais de là à en faire une passion de vie, non. Si j’arrive à trouver un jour… Ce serait le top, l’épanouissement le plus total !

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