Typhon Phanfone, les joies du Japon

Frappé par les séismes, les tsunami ainsi que les éruptions volcaniques, le Japon doit aussi vivre au rythme des typhons, ces terribles cyclones tropicaux se formant sur les océans – un tiers sur l’ouest de l’Océan Pacifique nord, et redoublant de violence alors qu’ils s’approchent des terres. Ces derniers jours, le typhon 1418 (le 18ème de cette année) ou Phanfone, particulièrement violent, a traversé le territoire japonais de Okinawa à l’île principale, perturbant le trafic aérien, faisant de terribles dégâts ainsi que des blessés et des morts

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« Typhon, « Taifu » (台風、たいふ) en japonais, est le nom donné au cyclone tropical dans cette partie de l’hémisphère nord, par opposition à l’ouragan, dans l’atlantique, et au cyclone dans l’océan indien. Leur caractéristique commune est un vent généralement supérieur a 117 km/h. »
Urgence-Tokyo

« De récentes études pointent un léger déplacement vers le Nord des typhons qui se forment dans le Pacifique. Selon une étude coréenne, (…) les typhons ont aujourd’hui tendance à atteindre leur intensité maximale plus près des côtes du Japon, de la Chine et de la Corée (…) ».
Le Monde

Trajets et intensité de tous les cyclones tropicaux entre 1985 et 2005. | Robert A. Rohde for Global Warming Art – source: Le monde

« Si les vents dépassent le seuil de 117 km/h, c’est alors un typhon ou un ouragan, qui provoquent de très nombreux dégâts. Ils sont classés dans 5 catégories sur l’échelle de Saffir-Simpson, en fonction de la force de leurs vents. On en dénombre environ 45 chaque année, essentiellement dans le nord-ouest du Pacifique (17 par an), les Caraïbes ou le sud de l’océan Indien. Ils se forment surtout de juillet à octobre dans l’hémisphère Nord et de novembre à mars dans l’hémisphère Sud. »
Le Monde

Phanfone, avec ses pointes à 180km/h, n’est pas ma première expérience avec ce phénomène climatique, semblant naturellement me tomber dessus en retour de week-end. Le premier vécu m’avait semblé surréaliste, alors que je rentrais en bus de quelques jours passés autour du Mont Fuji. Le bruit du vent et de la pluie était assourdissant, tandis que nous étions balancés par les bourrasques alors que nous rentrions chez nous à pied depuis le terminal. C’était en 2012. Deux ans plus tard, même scénario à mon retour de Matsumoto.

Concrètement, un typhon est une violente tempête vous malmenant sérieusement si vous êtes à l’extérieur et à découvert, vous trempant jusqu’aux os, tandis que le vent cingle votre visage. Alors que je descendais du bus à Shinjuku, chargée comme un baudet, je me demandais déjà comment j’allais survivre les 400 mètres me séparant du sous-sol de la station Shinjuku (couvrant des kilomètres, reliant les stations Shinjuku, Nishi Shinjuku et Seibu Shinjuku, permettant de traverser le quartier sans voir le jour).

Une des passagères me planta son parapluie dans les mains – déjà à moitié cassé, et se réfugia sous le parapluie de son compagnon, avec un dramatique « prenez mon parapluie, j’ai celui de mon ami ». Elle me lança un regard digne d’un camarade de bataillon avant le débarquement en territoire ennemi.

Je perdis mon arme de fortune quasiment 5 mètres plus loin, et jetait ce parapluie au hasard d’une poubelle, luttant contre les éléments pour arriver à la bouche d’entrée du souterrain. Autour de moi, il faisait très sombre, la pluie tombait dru sur le trottoir, la plupart des piétons pressaient le pas sous un parapluie ou emmailloté dans les grands imperméables transparents que l’on peut acheter au conbini pour quelques centaines de yens.

Il me fallu une vingtaine de minutes pour couvrir la distance me reliant à la station seibu-shinjuku, bien à l’abri, afin de prendre le local pour Shimoochiai. Le train sentait le chien mouillé, et tout le monde avait l’air las.

De la station Shimo ochiai à mon immeuble, il faut compter 2 à 3 minutes de marche – selon que l’on se paye ou pas le feu rouge de la rue Shin Meiji. Je pris une bouffée de courage avant de m’élancer, brave, fière, ignorant la colère du ciel, avec mes sacs sous le bras, sans parapluie, devant l’air médusé de l’employé de la gare. Dix mètres de gloire plus tard, je faisais moins la fière, détrempée, les sacs pesants de plus en plus lourds au fur et à mesure que le froid me saisissait. On ne voyait pas à deux mètres avec toute cette flotte, bordel.

Je crois que le typhon est le genre de déchaînement naturel pouvant vous faire disjoncter tant c’est impressionnant à vivre. Sans doute est-ce là un reste des superstitions gauloises et du ciel qui nous tombe sur la tête …  Je me souviens avoir eu un fou rire nerveux la toute première fois, sous cette pluie diluvienne, ne cherchant même plus à courir, les chaussures devenues spongieuses, poussée par un mur de vent.

Grâce aux progrès technologiques, l’anticipation de ces cyclones tropicaux a permis de réduire drastiquement les morts (1934, 3066 victimes du typhon Muroto, 1959, 5000 victimes typhon d’Ise), de pouvoir lancer des alertes et des évacuations.

« (…) des vagues de l’ordre de 3 à 5 mètres (…) frappent les rivages, le tout accompagné d’un risque de submersion. Parallèlement, des pluies torrentielles (…) provoquent déjà des glissements de terrain et des inondations (plus de 400 mm d’eau sont tombés depuis 72 heures), le tout assorti de rafales de vent à plus de 160 km/h. »
Actualité météo

La rivière près de chez moi, un mince courant d’eau en temps normal, gronde – je l’entends de ma fenêtre – et le courant y est impressionnant, en cas de chute, la noyade est inévitable. Certaines stations et lignes de métro ont été inondées.

Pourtant, quelques heures après le passage du typhon, les rues sont déjà sèches – la température est remontée à 27° avec un grand soleil, et il est difficile de croire que cette nuit et cette matinée, mettre le nez dehors n’était pas recommandé.

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6 Commentaires

  1. Répondre

    Camille

    8 octobre 2014

    Je suis arrivée dimanche à Tokyo en plein typhon, c’était très impressionnant, j’ai un peu eu l’impression d’assister à la fin du monde, avec les rues désertes, la rumeur assourdissante du vent et le grondement de la pluie… Brrrr ! ^^J’étais bien contente de voir le soleil le lendemain 🙂

    • Amélie-Marie

      8 octobre 2014

      Mon dieu quel accueil ça a du être en effet !

      « Fin du monde »: c’est exactement la sensation que j’ai à chaque fois (et c’est ce qui me rend super nerveuse / agitée). C’est vraiment étrange à vivre lorsqu’on est habitué à des climats calmes !

  2. Répondre

    fafa expat

    8 octobre 2014

    Waou dit donc bien impressionnant, ma première année à Lagos nous avons vécu une sacrée tempête qui a fait plusieurs morts. Une partie du toit de notre maison s’est arrachée, le plafond de la chambre d’amis s’est effondré… l’horreur… et le lendemain matin tout était redevenu calme, par contre les degats dans la ville étaient impressionnants.

  3. Répondre

    ladyelle134

    7 octobre 2014

    Impressionnant ! Ce que j’ai connu de pire fut la tempête à Paris en décembre 1999 et je trouvais que c’était déjà énorme ! 🙁

    • Amélie-Marie

      7 octobre 2014

      Je me rappelle de la tempête de 1999 (ça avait ravagé notre jardin) effectivement. C’est très impressionnant, mais surtout, on ne réalise pas nécessairement le danger. Au début de ma vie nipponne, je vivais ça avec une sorte d’excitation (parce que c’est tellement dingue à voir), et beaucoup d’étrangers sont en mode « ce n’est rien, tant que les japonais vont au boulot ça va », mais c’est pourtant bien à prendre au sérieux. Quand tu entends que des stations ont été inondées, ce n’est pas rien (même si les japonais sont au top question installation) !

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