Tu cherches du travail ? Dans quoi ?

Et moi de répondre « n’importe, tout m’intéresse ». Erreur fatale, visiblement. Depuis que je suis au Japon, j’ai eu l’occasion d’expérimenter plusieurs activités, professeur, traductrice, nourrice, guide, rédactrice. Depuis que je tiens sur mes deux jambes en japonais, je me suis lancée dans le 就職活動 (shûshokukatsudô), la recherche active d’emploi.

Au cours de ces dernières semaines, j’ai rencontré des personnes aux parcours divers et variés, ayant des expériences vraiment intéressantes à découvrir. Fatalement, on me demande ce que je veux faire (puisque je suis sans emploi et en mode recherche active). Cette question me prend de court, et je réponds le plus souvent « tout m’intéresse » (version française, anglaise, japonaise). J’ai eu le droit à tout un panel de réaction, de la réprobation au silence vaguement gêné d’un interlocuteur qui ne sait plus comment poursuivre. Visiblement, ma curiosité passe pour de l’indécision, et c’est un crime.

Pourtant, tout m’intéresse. Être professeur de français s’est révélé ne pas être ma vocation, mais pour le savoir, il m’a fallu me lancer. J’ai apprécié mes cours, mes élèves, bref, ces moments d’échanges, mais j’ai compris que je ne souhaitais pas poursuivre cette expérience plus en avant. Comment aurais-je pu dire d’emblée « professeur, ce n’est pas pour moi ? ». M’occuper d’enfants me plaisait beaucoup, mais j’ai compris que j’arrivais à saturation: les enfants des autres, merci, je ne peux plus. Pourtant, je lorgnais du côté des crèches et centres aérés internationaux, embauchant régulièrement des gaijins (étrangers). La traduction m’a beaucoup plu et je continue en freelance, mais au Japon, ce n’est pas une voie aisée sans la formation qui va avec.

Bien sûr, si on me proposait d’avoir le travail de mes rêves, j’aurais des idées plus précises – encore que ça se bataillerait sérieusement entre rédactrice / journaliste / travail au sein d’un service culturel ou ambassade. Mais j’ai l’occasion de postuler dans les jours qui viennent pour une entreprise boursière, une société de tourisme, une entreprise spécialisée dans le juridique ainsi qu’une école de langue (administration, ouf!). Si je peux affirmer que tel secteur m’intéresse plus qu’un autre, sans avoir essayé quelques semaines, voire mois, je ne peux en éliminer aucun.

Quelque part, j’envie ceux qui ont gravi les échelons de la vie sans trop se casser la gueule en cours de route, en ayant des envies bien définies – ou ayant fait des études apportant des compétences pratiques (par exemple, le graphisme me plairait énormément). Je ne veux pas non plus dire que tous ceux qui ont une position professionnelle sont ravis de leur milieu, l’ont décidé d’emblée et en sont satisfaits.

Voilà ce que j’obtiens si je tape « multijob » sur google image.

Gamine, je répondais, « avocate – fermière – écrivaine ». Comprendre, je voulais défendre les causes qui me touchaient, tout en vivant avec mes poules, à écrire des bouquins quand je ne pourfendais pas les méchants.

Je n’ai pas eu beaucoup d’occasion de chercher du travail en France. Je suis partie à l’étranger rapidement après la fin de mes études. J’ai découvert la Russie, l’Ouzbékistan, et finalement, j’ai atterri au Japon. Déracinée, il me fallait me faire à une société aux habitudes culturelles bien différentes et à un environnement professionnel déboussolant. Ici, le nom de l’école compte bien avant votre domaine. Si vous passez par le système classique de l’embauche, vous vivez un parcours du combattant vous préparant mentalement à être malléable. Pour les plus classiques des sociétés japonaises, le nouvel employé doit être formaté jusqu’à la moelle, pour en faire un bon soldat. Ce n’est pas partout comme ça, mais il n’empêche que le Japon rime avec « l’entreprise avant la vie ». Longues heures de travail, heures supplémentaires non payées, dévouement en dehors des bureaux …

(Par exemple, sur une annonce d’emploi dans le tourisme, à côté du 9h30 – 18h00, il était indiqué: 20 à 30 heures supplémentaires par mois. En pratique cela signifie que jusqu’à 30 heures supplémentaires seront payées, mais celles-ci peuvent grimper jusqu’à 100 par mois (donc 70 non payées)).

Je crois que même sans comprendre japonais, cette bd se comprend à vu d’oeil !

Bref. C’est dans une cacophonie ambiante que je cherche à m’y retrouver: « pour les gaijins c’est pas possible », « si tu parles plusieurs langues c’est du tout cuit », « sans le N2 c’est pas la peine d’essayer », « parler japonais n’est pas forcément nécessaire », « du moment que tu as un master, c’est bon », « la compétition est rude », « l’âge compte », « on va te demander si tu veux des enfants  / si tu acceptes les heures sup’ / les déplacements professionnels et les mutations », « mieux vaut les entreprises étrangères », « les entreprises étrangères font surtout venir des expats », « faut avoir beaucoup de chance », « c’est plus facile qu’on ne le croit », « il n’y a que le bouche à oreille », « l’ambassade, elle s’en fiche des individus, elle n’aide que les entreprises ». Etc.

En attendant, « tout m’intéresse » ne m’enlève nullement ma motivation, mes compétences, mon envie d’apprendre et de me lancer dans un nouveau milieu. Avoir vécu toutes ces années en constante mobilité est à mes yeux, la preuve de ma parfaite adaptabilité et de ma vivacité. J’ai l’impression d’être en tribune pour défendre ma position, mais j’ai fait face à de vives réactions qui m’ont laissée perplexe.

Ou peut-être que je ne vis pas dans le même monde ?

ameliemarieintokyo

Éditeur web basée à Tokyo depuis 2013, travaillant dans la communication et le marketing. Passionnée d'écriture, de nature curieuse et sensible, j'apprécie particulièrement de mettre en scène mon quotidien nippon et de partager mon expérience de la société japonaise.

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22 Commentaires

  1. Répondre

    mina

    8 septembre 2015

    ça me soulage de voir que je suis pas seul! J’ai tellement de mal a trouver un emploi que je me penche sur plein d’offre.Mais tout le monde s’offusque, je comprend pas. Je trouve ça irritant qu’on sois jugé par un diplôme et pas par la motivation, mais heureusement que certains employeur on compris la situation de l’emploi et laisser leur chance a tout candidat, malheureusement il ne sont pas assez nombreux.

    • ameliemarieintokyo

      12 septembre 2015

      Bonsoir, merci de ton passage. Je suis contente si d’autres se retrouvent dans mon article. Nous sommes à une époque où tout bouge vite, les emplois se redéfinissent et en même temps, le marché du travail semble frileux (quand on a pas l’expérience ou le profil « type »). Ils sont en effet peu nombreux. J’apprécie le Japon ou les USA, où la motivation est un facteur clef. Ça ne veut pas dire que les diplômes ne comptent pas, mais j’ai la sensation qu’on peut décrocher sa chance en s’accrochant! J’espère que tu sauras trouver à ton rythme, la voie qui te plait.

  2. Répondre

    Fred

    2 mai 2015

    Si tu as besoins de conseil n’hésite pas, c’est toujours difficile de trouver le premier travail au japon.

    • ameliemarieintokyo

      9 mai 2015

      Bonjour, merci du passage. En effet, c’est difficile, surtout quand la tête ne sait pas ce qu’elle veut :).

  3. Répondre

    Aude

    18 avril 2015

    Mon dieu, je suis tellement heureuse de tomber sur un article comme celui-ci, je me sens beaucoup moins seule d’un coup…. A vrai dire, je suis un peu perdue dans mes études en ce moment et la seule chose que j’ai envie de faire est de retourner dans mon école de japonais à Tokyo. J’en ai parlé à mon petit ami japonais, mais il m’a dit que ça ne sert à rien d’y aller sans avoir de « but particulier là-bas ». Mais voilà, je ne sais pas ce que je veux pour le moment à part ça, j’aimerai pouvoir être sur place pour pouvoir mieux y réfléchir même si ça me fait un peu peur. Voilà voilà u_u~

    • ameliemarieintokyo

      19 avril 2015

      Bonjour, merci de ton passage et de ton commentaire. Je suis contente si ça peut t’apporter un peu de « soutien » dans la cacophonie ambiante. Ton petit ami a un peu la même opinion que mon nippon qui me dit souvent « mais rentre en France » (j’ai appris avec le temps à sourire, et à comprendre que ce n’est que pour mon bien qu’il dit ça). Je te dirais que si tu as les économies, le cran, et l’envie de parler japonais couramment, le mieux serait de partir. Que tu sois en France ou au Japon, si t’es perdue, t’es perdue. Autant te rapprocher de ton amoureux et essayer des choses à la rigueur. Comme argument, tu peux lui dire qu’avec les jeux olympiques de 2020, les personnes bilingues japonais auront de plus en plus d’offres d’emploi (quelque soit le domaine, restauration / hôtellerie / guide / presse / entreprises) et qu’à la limite, plutôt que des études, de l’expérience pratique compte plus.

  4. Répondre

    Bérénice

    7 mars 2015

    J’avais eu un cours « business in Japan » où la prof nous avait expliqué comment se passait la recherche d’emploi au Japon. Elle disait qu’ils commençaient leurs recherches un an avant le diplôme ! ça m’a choquée haha. J’ai l’impression qu’en France les entreprises recherchent un peu la même chose : des candidats formatés avec un parcours parfait, à la fois avec de l’expérience et des diplômes… Je crois que la chance joue aussi mais pas que. J’espère qu’elle tournera de ton côté et que tu trouveras ta voie !

    • ameliemarieintokyo

      19 avril 2015

      Merci ! C’est vrai que le Japon c’est une autre dimension lorsqu’il s’agit de parler emploi… c’est complètement fou.

  5. Répondre

    Jenna

    7 mars 2015

    Deja merci car c’est en cherchant amelie Tokyo pour retrouver ton blog que j’ai vu que le film Tokyo fiancee sortait en Europe haha . Ensuite ne change pas! Les gens parlent mais il faut surtout s’inspirer de leur experience, voir ce que eux ont fait et ce qui a mrche et tu es jeune essaie et comme tu dis si ca ne te plait pas change. Je te dirais meme essaie de passer a la TV haha

    • ameliemarieintokyo

      19 avril 2015

      Merci de ton passage, et des ces encouragements. Je suis tout à fait d’accord avec toi ! C’est une ligne de conduite à tenir ^^.

  6. Répondre

    Magouille

    5 mars 2015

    Moi je trouve ça pas mal d’être ouverte aux choses. Ca montre que tu as envie de t’adapter, de laisser des portes ouvertes… Comme tu dis, il y a déjà beaucoup de contraintes / données différentes quand tu cherches un job à l’étranger, alors mieux vaut ne pas squizzer a priori des opportunités qui pourraient finalement te plaire. (J’aime bien voir le verre à moitié plein moi ;))

    • ameliemarieintokyo

      19 avril 2015

      Merci de ton passage (j’ai un mois de retard, j’en suis désolée !). Voir le verre à moitié plein, c’est la meilleure des philosophies. Mais ce n’est pas toujours évident :).

  7. Répondre

    Branwen

    4 mars 2015

    Mein Gott, si tu savais, j’ai entendu EXACTEMENT les mêmes choses…. et j’ai fini par trouver dans l’enseignement/community manager/team manager/ingé son, et c’était super, mais boite américaine.

    Donc… tout est vrai dans la cacophonie 🙂

    Allez, courage :p

    • ameliemarieintokyo

      19 avril 2015

      J’arrive un peu à la bourre… Merci beaucoup de ton soutien 🙂

  8. Répondre

    Karine Ananas (@Crearine)

    4 mars 2015

    Tu remplaces Japon/japonais par USA/anglais et tu as ma situation… Difficile aussi de faire comprendre que plusieurs choses m’intéressent (statistiques, ingé, recherche, nutrition, informatique)… J’envie aussi ceux qui savent ce qu’ils veulent faire et que le job leur convient. Petite je voulais faire « jeux olympiques » pour le coup ça va être compliqué…

    • ameliemarieintokyo

      4 mars 2015

      Je te comprends bien. En effet jeux olympiques ça va être un poil difficile :)! La nutrition et l’informatique m’intéresse aussi, mais je sais au moins qu’en informatique je suis trop irrécupérable pour avoir l’espoir de m’y mettre x).

  9. Répondre

    ifeelblue

    4 mars 2015

    en ce qui me concerne, j’ai procédé par élimination, j’ai tenté plusieurs voies pour finalement comprendre ce que je voulais, du point de vue professionnel. Alors forcément, ça ne me choque pas du tout quand tu dis que tout t’intéresse. Je pense que toute expérience est bonne à prendre, on en retire forcément quelque chose, même si c’est du genre « PLUS JAMAIIIIIIIIIIIS » 😉

    bon courage dans ta recherche! 🙂

    • ameliemarieintokyo

      4 mars 2015

      Je suis une pratiquante de la méthode éliminatoire. C’est vraiment un bon moyen de vivre des choses différentes, de s’enrichir et de pouvoir dire « oui / non » à une activité, un domaine. Merci en tout cas ! 🙂

  10. Répondre

    Sophie

    4 mars 2015

    Comme je te comprends !! C’est pas facile du tout de trouver ce qu’on veut faire vraiment et même si on y arrive, est-ce que c’est pour toute a vie ? J’ai galéré pendant des années pour trouver un emploi de journaliste. Maintenant que j’en ai un (dans un quotidien), je me demande si ça me plait vraiment. Hihi, comme tu dis, il faut essayer !! :p

    • ameliemarieintokyo

      4 mars 2015

      Merci de ton passage ! C’est ce qui me fait peur notamment avec le journalisme. Que le jour où j’y arrive enfin, je réalise que ce n’était pas mon paradis. En tout cas, oui, j’essaye !

  11. Répondre

    Julie/lanuitremue

    3 mars 2015

    Tiens nous au courant de tout ça alors, je te souhaite beaucoup de courage et de trouver quelque chose qui te plaise !

    • ameliemarieintokyo

      4 mars 2015

      Merci beaucoup, et oui, je compte bien faire un petit compte rendu de mes péripéties dans le monde de l’emploi japonais !

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