Mon premier (vrai) travail à Tokyo

Cela fait exactement deux mois jour pour jour que j'ai commencé à travailler dans une école de japonais en tant qu'interne en communication. Il est temps pour moi de présenter un peu en détail l'expérience de ce premier (vrai) travail à Tokyo !

Cela fait deux ans que je vis au Japon et je viens de décrocher mon premier vrai travail à Tokyo. Certains pourraient penser que cela a été facile d’y entrer, mais rien n’est moins vrai ! J’ai approché la direction à la japonaise. Modestement, j’ai suggéré à tous les échelons du personnel que travailler ici serait génial pour moi. Auprès de mes professeurs, en passant par l’accueil, jusqu’aux divers managers, j’ai exposé mon enthousiasme et ma volonté.

Lentement, mais sûrement

Planter le sujet m’a pris plusieurs mois. Tout s’est accéléré lorsque je suis arrivée à l’échelon des managers. En moins de deux, j’avais décroché un entretien d’embauche avec la directrice. Je ne le cache pas, j’étais malade de stress pendant l’attente ! J’ai peaufiné la préparation d’un entretien en japonais, cherchant les questions qui correspondraient à mon cas. Je me doutais que je n’aurais pas l’entretien japonais formel et classique. Nul besoin de connaître à fond les codes de la société nipponne. Question recherche de travail à Tokyo, je n’en étais pas à mon premier coup d’essai.

L’entretien s’est bien passé. Mais ma préparation n’y aura pas été pour grand chose. La directrice est rentrée directement dans le vif du sujet, avec des questions relatives à Twitter, Facebook, mon utilisation de WordPress et de manière générale, mon anglais et mes études. Cette fois-ci, mes expériences diverses, mes séjours à l’étranger ainsi que mon diplôme ont joué en ma faveur. Je sens que pour les japonais, embaucher un étranger est un pari difficile, qu’ils hésitent à prendre. Il faut jouer des coudes pour montrer sa capacité d’adaptation.

Alors, ce travail à Tokyo ?

Concrètement, je travaille à la fois en tant que personnel d’accueil. Assister les élèves sur place, répondre aux courriels, au téléphone etc. Du travail de bureau en somme. Je travaille aussi en tant que community manager. Cette dernière fonction me motive particulièrement. J’apprends sur le tas en suivant d’autres professionnels et en lisant beaucoup sur les réseaux sociaux. Avant de me prétendre aguerrie, j’ai encore beaucoup à découvrir. Les deux facettes de mon travail me plaisent beaucoup.

Vous vous interrogiez peut-être, mais passer du statut d’élève à employée n’a effectivement pas été simple. M’habituer à être de l’autre côté de la réception, sourire et répondre aux questions, réussir à trouver le ton entre les deux mondes m’a donné du fil à retordre. Plus que de communiquer tous les jours en japonais. Enfin, je commence à me sentir à l’aise avec les autres employés – professeurs et personnel, et je trouve le ton avec les étudiants.

Et l’ambiance ?

Mon lieu de travail est loin de l’image qu’on a du travail à la japonaise. Mais je ne m’y trompe pas, on est bien au Japon. Cela signifie que je travaille quasiment tous les jours en dehors de mes heures de travail – y compris le week-end. Car on est tous connectés (Facebook, courriels) et l’école ne ferme que le dimanche. S’il y a quelque chose d’urgent à traduire ou quelque chose à corriger sur le site internet, je peux être amenée à le faire un samedi matin.

Cela signifie aussi que je peux être amenée à effectuer des tâches diverses et parfois même surprenantes. Préparer les classes de cuisine (lancer l’autocuiseur de riz, mettre les ustensiles) ou faire la vaisselle. Mettre en place le matériel pour l’atelier de calligraphie, traduire des documents japonais en anglais etc. Ce travail exige aussi que je m’implique dans les activités « extra-scolaires » et que je participe aux sorties avec les élèves. Heureusement, je ne l’envisage pas comme un fardeau. Mais cela reste des activités en dehors de mes heures de travail, exigées par le travail, que l’on peut difficilement refuser.

Apprendre à jongler

Je pense que connaître la société japonaise et ses valeurs est essentiel pour travailler au Japon. Je n’ai que cette expérience – et les échos des uns et des autres autour de moi, pour appuyer mes propos. Cependant, au delà de « sa fonction », on travaille avant tout de chose « ensemble » « pour » le bien de l’entreprise. Il ne viendrait pas à l’esprit d’un japonais de ne pas répondre à une requête de son employeur, pendant son jour de repos. En effet, on ne raisonne pas en tant qu’individu, mais en tant que maillon d’une communauté.

Une autre difficulté du travail à la japonaise est la question de la prise d’initiative. Là encore, il faut savoir commencer en bas de l’échelle du personnel – ses collègues, avant d’amener une idée jusqu’à la directrice. Mon exploit (vous pouvez rire) est d’avoir fait changer la signature électronique de l’école. Cela m’a demandé d’apprendre à bidouiller deux trois petites choses, mais j’ai finalement réussi à la mettre en place et à en faire accepter l’idée de changer.

travail à tokyo

Travail à Tokyo : vivre dans la foule…

Saluer comme il faut !

Enfin, reste les rituels du travail à la japonaise. Saluer tout le monde, parler de la météo le matin, bien préciser lorsque l’on prend sa pause (que l’on prend en s’assurant que l’on ne cause pas de problème pour le travail en cours), s’encourager les uns et les autres à coup deお疲れ様でした*, et s’excuser de partir avant les autres avecお先に失礼します*.

*O tsukare sama deshita 「お疲れ様でした。」: Littéralement, « tu dois être fatigué (après ton travail d’aujourd’hui) », dit-on lorsqu’un collègue a fini un travail ou lorsqu’il part, pour se remercier et s’encourager les uns et les autres du travail accompli. L’expression permet à tous de se sentir une équipe: « Merci pour ton dur labeur ».

*O saki ni shitsureishimasu 「お先に失礼します。」: Littéralement, « Excusez moi de partir avant vous », exprimant sa gêne de partir avant que les autres employés n’aient fini leurs tâches. Une version plus polie existe: « o saki ni shitsurei itashimasu » 「お先に失礼致します。」.

Et le japonais…

Écrire des emails à mes collègues et supérieurs était au tout début une source d’angoisse. Le japonais est très codifié avec des honorifiques sur lesquels on ne doit pas faire l’impasse – du moins tant que l’on ne vous y a pas invité. Je suis passée d’une moyenne de 50 minutes à suer sur mon clavier à 10 minutes et c’est plié ! Je me suis habituée aux formules répétitives – et j’avoue avoir potassé le sujet avec des livres sur le japonais du travail. En fait, vous seriez surpris, mais sur ce point je suis quasiment à égalité avec les japonais qui débutent leur premier travail. C’est un langage auquel ils ne sont eux-mêmes pas habitués.

En tant qu’interne, je n’ai pas de contrat, pas de protection. Je remplis mon tableau d’heures avant de le transmettre chaque mois à la direction, et je reçois par la suite ma feuille de salaire. Pour certains ma paie pourrait sembler ridicule. Je suis un poil au dessus du SMIC japonais de Tokyo, avec les transports de pris en charge. Pourtant, il faut savoir que beaucoup d’employés japonais passent par cette case grise de l’embauche qui en général dure jusqu’à une année avant contrat. Et puis, cela vaut le coup pour un premier travail à Tokyo !

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9 Commentaires

  1. Répondre

    Radegonde

    3 octobre 2015

    merci Amélie de nous faire partager une autre façon de fonctionner et bravo pour ta formidable capacité à t’adapter. J’aime beaucoup faire un tour au japon en ta compagnie, une façon de voyager par procuration … prends bien soin de toi . F C de Nantes

  2. Répondre

    tunimaal13

    17 septembre 2015

    Étrangement je crois savoir où tu travailles ^^ En tout cas c’est un excellent environnement et il va y avoir beaucoup d’opportunités dans le futur 😀

    • ameliemarieintokyo

      18 septembre 2015

      Merci beaucoup, c’est vraiment très gentil! Je trouve aussi 😉

  3. Répondre

    Eugenie

    15 septembre 2015

    J’ai adoré lire ton retour d’expérience. Je voyais par-ci par-là des petites bribes de ton vécu et je comprends mieux comment ca marche !
    Il y a beaucoup de choses qui me terroriseraient et qui me challengeraient en meme temps (le fait de devoir s’excuser si on part avant les autres, les formules de politesse par mail, la peur de dénoter des autres mais du coup apprendre une facon d’etre totalement différente c’est passionnant). D’ailleurs j’ai commandé les livres sur le japonais au travail que tu as utilisés, je les attends de pied ferme, pendant ce temps je continue de faire des erreurs dans mes mails, que personne ne remonte mais qui me paraissent insultantes au plus haut point !

    En tout cas, ton travail me plait beaucoup ! Community manager c’est sympa en plus, et il y en a partout maintenant.

  4. Répondre

    Jeunes à l'étranger (@JalEtranger)

    11 septembre 2015

    Super intéressant ton article ! A force de persévérance, tu y es arrivée 🙂 J’espère que tu pourras évoluer dans le poste, bonne continuation !! (Bérénice)

    • ameliemarieintokyo

      12 septembre 2015

      Merci beaucoup!!
      J’ai beaucoup d’idées mais je dois faire le tri.
      Je pense qu’il faut que je développe un poste de responsable de communication afin de mieux coordonner les efforts de tout le monde,
      mais ça, c’est un gros projet en chantier!

  5. Répondre

    Julie/lanuitremue

    10 septembre 2015

    Très intéressant cet article ! Les formules que tu cites semblent assez représentatives d’un état d’esprit!

    • ameliemarieintokyo

      12 septembre 2015

      Merci beaucoup! Et en effet, c’est un tout autre état d’esprit que l’on découvre en travaillant avec des japonais.

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