Durant ma pause déjeuner, il m'arrive de discuter des bon petits plats de nos provinces avec mes collègues français. C'est l'occasion de verser quelques larmes mélancoliques à l'évocation de la gastronomie française et des saveurs qui nous manquent.

Un midi, je relate mon astuce cuisine pour ne pas perdre la partie verte des poireaux, un peu plus délicate à manger. Après en avoir fait de petits morceaux que je blanchis dans de l’eau bouillante salée, je les incorpore à une omelette…

– TU TROUVES DES POIREAUX AU JAPON, TOI ?!

Ben, oui ? Me dis-je intérieurement, interloquée par la réaction passionnée du collègue attablé à ma droite.

– On en voit partout, non ?

– Sur la tête de ma mère, je n’en ai jamais vu en supermarché.

Le mystère s’épaissit.

– Dis-moi, tu me colles un doute, continuais-je, ce sont bien les longs trucs blancs et verts, là, les naga negi (長ネギ) ?

Je pédale dans la semoule pour retrouver mes mots.

– Mais… Ce ne sont pas des poireaux.

– Ce ne sont pas des poireaux ?

Je répète bêtement et laisse planer l’interrogation plus pour moi-même que mes collègues. Je mets un certain temps avant de réaliser que depuis 6 ans, ce que j’appelle poireaux n’en seraient point. Bon, pour être parfaitement honnête, je ne m’étais aussi absolument jamais posée la question.

– Mais alors… Le naga negi, c’est quoi ?

Question cruciale les amis.

– Ch’sais pas vraiment, mais ça n’a pas le goût de poireau en tout cas !

Diantre, je suis confuse, parce que je crois en plus ne pas vraiment être au fait de la saveur du poireau. Voyez-vous.

Heureusement, fasse à cette ignorance indigne qui arracherait à ma mamie un laïus sur l’importance de s’y connaître en légumes, les jeunes d’aujourd’hui (j’essaye de me glisser subtilement dans la masse voyez-vous) ont accès à Gougeuleuh. Gougeuleuh m’apprends que le naga negi (« long oignon »), c’est de la ciboule.

De la ciboule ? Allons bon, jamais entendu ce mot. C’est de la grande ciboulette ? (Ah, ah).

La quête du poireau débuta.

Curieuse, j’ai commencé à faire plus attention en faisant mes courses. J’alterne entre 5 supermarchés (Life, Santoku. Hanamasa, Marusho et Maruetsu). Point de poireaux à l’horizon. Mes collègues ont dit vrai, ce légume semble aux abonnés absents dans les étalages japonais.

Quelques semaines plus tard, je lâche une exclamation dans le rayon légumes de Marusho (« AAAAH !!! »). Je dégaine mon portable plus vite que la musique et je prends en photo l’objet de mon excitation. C’est qu’on dirait bien du poireau !

Ils ont une sale tronche d’ailleurs. Empilés dans deux cartons, couverts de terre, et un peu miteux, c’est visiblement temporairement qu’un fermier de je ne sais pas où leur envoie une cargaison.

Je note le nom japonais : shimonita negi (下仁田ネギ). Dis donc, je n’étais pas si loin… negi est dans le nom. J’en prends deux, histoire de, et je rentre fièrement à la maison.

– Qu’est-ce que c’est que ça ?

Mon mari a l’air moins enthousiaste. Il a soupé de cette histoire de poireaux pendant plusieurs jours, ça commence à lui courir sur le haricot.

– Du poireau ! Tu vas voir, parait que le goût, c’est vraiment autre chose !

Sauf qu’ils ont traîné un bon moment dans notre bac à légumes. C’est que je voulais en profiter pour mitonner une recette française. Finalement, après une semaine d’oubli tout à fait conscient, je suis vachement moins motivée pour cuisiner quoique ce soit.

Du coup, mon mari les a cuisiné avec d’autres légumes dans un pot-au-feu à la japonaise.

– Alors, ton poireau, ça a vraiment un goût différent de mes naga negi ? me dit-il l’air goguenard.

– Ben… Je crois ? Je sais pas. En vrai, je me dis, ça se trouve, j’ai jamais mangé de poireau ?

Il lève les yeux au ciel. Affaire classée.

Des mois plus tard, j’apprends que le shimonita negi ressemble effectivement au poireau. MAIS N’EN SERAIT PAS. Que se passe-t-il au pays des tanukis ?!

Le mystère reste entier. Mais l’un ou l’autre, finalement, c’est blanc, c’est vert et ça se marie bien avec une omelette.

Faisons le point.

Le poireau se traduit par nira negi (ニラネギ), seiyounira negi (西洋ニラネギ, le nira negi de l’ouest) ou encore le powaroo (ポワロー), mot directement piqué au français. Dans les restaurants, il est le plus souvent dit riiki (リーキ), de l’anglais leek.

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15 Commentaires

  1. Répondre

    tetoy

    22 février 2019

    Et Canarticho il porte un poireau ou pas finalement ?

    • ameliemarieintokyo

      22 février 2019

      En voilà une question cruciale !!!! (Merci, je l’attendais :,)). Moi je dis oui !!

  2. Répondre

    chloe

    22 février 2019

    la fameuse animation japonaise de la chanson du « poireau » connue dans les année 2000 ne serai donc pas un poireau ???? je suis choquée

  3. Répondre

    Stéphanie

    22 février 2019

    J’ai exactement eu cette interrogation culinaire quand j’ai voulu cuisiner une bonne tarte aux poireaux à Tokyo ! Je me suis rendue compte en les coupant qu’ils avaient plus la texture de grands oignons verts et blancs en effet… Ça a bien fait l’affaire , avec une vraie pâte et un peu de crème on était content de revenir aux bonnes bases françaises en pleine saison des pluies..

  4. Répondre

    Anne Sophie

    21 février 2019

    On en parlait justement avec une amie cet après-midi.
    Je crois que tu vas en surprendre plus d’un. Lol ^^ moi la première ^^
    Mais n’ayant jamais une quelconque différence ça passe très bien dans mes soupes.

    • ameliemarieintokyo

      21 février 2019

      Tout à fait !!

  5. Répondre

    Audrey

    21 février 2019

    Mais ? Quoi ? Tu me mets le doute… je commande bien toutes les semaines mes poireaux sur amazon fresh.. ça s’appelle 国内産 長ねぎ
    https://www.amazon.co.jp/gp/product/B01J6Y6DCE/ref=oh_aui_frsh_dp_o00?ie=UTF8&fpw=fresh
    Ou alors je rêve et ça fait des mois que je pense manger des poireaux qui n’en sont pas ?

    • ameliemarieintokyo

      21 février 2019

      Eh bien… c’est bien du naga negi, donc de la ciboule ! 😀

  6. Répondre

    crisitane

    21 février 2019

    Cela me manquerait aussi. Pas de pot au feu, de bouillons, sans. Bien que j’aime manger japonais, manger français est important. Mais on s’habitue au manque. J’ai vécu 25 sans bon pain, moutarde, fraises, poires, abricot, pêche, etc. Et bien, en rentrant, je ne pensais même pas à en acheter.
    Amicalement

  7. Répondre

    Veronik

    21 février 2019

    Deux légumes de la même famille, alors c’est pas si grave. …☺
    Une de mes recettes préférées : oignon et poireau coupés en petits morceaux, passés à la poêle. On y ajoute du quinoa cuit, des épinards (pour la couleur) et quelques flocons d’avoine.

    • ameliemarieintokyo

      21 février 2019

      Ohlalalala, je salive et je prends bien note de cette recette. Je suis bien d’accord, l’un dans l’autre ils sont verts et blancs tous les deux et sont bien interchangeables :p !

  8. Répondre

    Maye

    21 février 2019

    Naniiiiiii ?!?
    Mais enfin, mais mais mais … De la ciboule, vraiment ? Je jure que ça a le goût de poireau ! Je suis choquée Oo

    • ameliemarieintokyo

      21 février 2019

      Soooo soooo sooo !! J’étais vraiment surprise en découvrant cette affaire. Enfin, l’un ou l’autre, ça va très bien dans l’omelette.

  9. Répondre

    Philippe

    21 février 2019

    Peut-être que chez Picard ?… 😉

    • ameliemarieintokyo

      21 février 2019

      Ah oui, très certainement ! 🙂

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