Le moindre que l'on puisse dire, c'est que les facteurs japonais ne chôment pas le premier janvier ! C'est en effet le grand jour de la distribution des cartes de voeux du nouvel an, les nengajô.

En décembre, les écoles de japonais sont au taquet pour offrir des ateliers d’écriture de cartes de voeux à leurs élèves. Car au Japon, envoyer ses voeux pour le nouvel an, avec de jolies nengajô (年賀状(ねんがじょう)) écrites à la main, est un art de la correspondance loin de se perdre. Et tous les ans, c’est le même branle-bas de combat pour la poste japonaise qui met en place un circuit spécial de ramassage et de distribution. 

Cette tradition épistolaire remonte à l’aristocratie.

Je ne compte plus le nombre de traditions japonaises découlant des pratiques observées par la noblesse du pays. Ainsi, l’art d’écrire des nengajô remonte à l’ère Heian (794-1185). 

Durant cette période, les aristocrates japonais prennent la plume pour écrire des lettres afin de présenter leurs meilleurs voeux à leurs pairs habitant trop loin pour une visite de courtoisie. Des siècles plus tard, au XIXème, l’apparition de la carte postale, un format plus court et facile à poster, popularise la tradition auprès des autres classes sociales du Japon. 

Et c’est véritablement à partir de 1949 que tout le pays se prend d’engouement pour la carte de voeux du nouvel an. En effet, pour la première fois, la poste japonaise imprime un format de carte spécifique aux voeux du nouvel an. Franc succès puisque les japonais se sont envoyés pas loin de 180 millions de nengajô pour célébrer la venue de 1950.

Les japonais envoient des nengajô par milliards.

La carte de voeux a fait son petit bout de chemin depuis les années 50 ! Avec la reprise économique du pays et l’accroissement de la population, le nombre de cartes envoyées chaque année a considérablement augmenté pour atteindre le pic phénoménal de 4 milliards 590 millions en 2003. 

Bien que l’habitude perdure, le vieillissement de la population japonaise a tout de même entraîné une chute du nombre de nengajô ces dernières années. En 2019, 70 ans après l’impression de la première carte du nouvel an, les postiers nippons ont distribué plus de 2 milliards 400 millions de cartes de voeux. Ce qui fait tout de même une belle moyenne de 15 cartes par personne ! 

Quoi ? Qui ? Quand ? 

 

La majorité des cartes de voeux du nouvel an sont prépayées et vendues dans les bureaux de poste et les papeteries jusqu’au début du mois de janvier. 

 

Mais, les amoureux du DIY (Do It Yourself) sont aussi nombreux à créer des cartes originales à partir de cartes vierge de toute décoration et de tout message (mais bien prépayées). Il faut dire que les papeteries japonaises ont de quoi faire rêver !

La palme de la paresse revient en revanche aux expéditeurs nippons qui “transforment” une carte postale banale en carte du nouvel an en ajoutant l’affranchissement approprié et en écrivant « 年賀 (nenga) » à côté de l’adresse du destinataire. Après tout, peut-être est-ce là un bon moyen de recycler de vieilles cartes.

(Psst : vous pouvez très facilement faire faire vos propres cartes en ligne, à commencer par le site kit design de la poste japonaise qui propose pas moins de 400 modèles. )

Voici un petit aperçu des salutations les plus communes : 

  • 今年(ことし)もよろしくお(ねが)いします。
    C’est une expression fortement utilisée au Japon et sa traduction varie donc selon le contexte. Sur une carte de voeux, on peut la comprendre comme : « j’espère recevoir vos faveurs cette année aussi. » 
  • (新年(しんねん))あけましておめでとうございます。
    Tous nos voeux à l’aube de cette nouvelle année.
  • 昨年中(さくねんちゅう)はお世話(せわ)になりました。
    Merci pour tout ce que vous avez fait l’année dernière. 
  • 健勝(けんしょう)とご多幸(たこう)をお祈り(もう)()げます。
    Meilleurs voeux de santé et de bonheur. 
  • 年始(ねんし)のご挨拶(あいさつ)を申し上げます。
    Tous nos meilleurs voeux pour l’année à venir. 

Veuillez ouvrir votre carnet d’adresse à la lettre A, et remonter jusqu’à Z. Voilà à « qui » vous devez (en théorie) envoyer vos voeux. 

Les nobles japonais se prenaient-ils déjà la tête pour savoir à qui écrire ? La question reste ouverte. En théorie, les japonais polis sont sommés de transmettre leurs voeux à tout  leur carnet d’adresse. Budget mis à part, cela fait un bon paquet de carte à signer…

Une nengajô est bien plus qu’une carte, c’est un symbole. Elle transmet notre gratitude à l’égard de notre famille, de nos proches, de nos collègues, de nos clients et partenaires dans le monde de l’entreprise. Ainsi, les voeux sont une forme de remerciement pour le soutien et les encouragements reçus tout au long de l’année passée. Ils viennent aussi renouveler nos liens d’amitiés pour l’année à venir. En résumé, les japonais envoient des cartes plutôt aux personnes qu’ils apprécient ou envers qui ils se sentent redevables. Au passage, une carte de voeux se révèle aussi un bon moyen de renouer des liens avec une personne perdue de vue. 

En revanche, il ne faut surtout pas envoyer de carte de voeux à quiconque dont la famille a eu un décès au cours de l’année. Pas de panique ! Les familles en deuil envoient des cartes postales appelées “喪中(もちゅう)はがき (mochuu hagaki)” à l’avance à leur carnet d’adresse afin de leur faire savoir qu’ils ne célébreront pas la fin de l’année. 

nengajô - carte de voeux japonaise

Ne ratez pas la date butoir pour poster vos nengajô. 

Si la poste japonaise embauche à tour de bras des intérimaires à la fin de l’année (jusqu’à 100 pour les plus grands bureaux de poste), c’est qu’elle a du pain sur la planche. 

La montagne de cartes envoyées à cette période de l’année compte pour pas moins de 13% de tout le courrier traité dans l’année. Et toutes (absolument toutes) les cartes du nouvel an doivent être distribuée, dans tout le pays, le premier janvier. Ça vous en bouche un coin, hein ? 

Afin de se préparer pour ce tour de force logistique annuel, la Japan Post embauche une flopée de lycéens et d’étudiants en décembre et commence à collecter les nengajô à partir du 15 décembre, jusqu’au 25 décembre. Les cartes sont triées et stockées en prévision de la distribution le jour J. Postées après le 25 décembre, la poste ne peut pas garantir que les cartes seront bien distribuées le premier janvier.

Et si vous recevez une carte de voeux d’une personne à qui vous n’avez pas souhaité la nouvelle année (monstre que vous êtes !) ? No panic, il est d’usage d’envoyer une nengajô en réponse. Bémol, votre réponse doit arriver au plus tard le 3 janvier, traditionnellement le dernier jour des congés de début d’année. 


Au Japon, tout est une affaire de timing. Que vous ayez tardé à envoyer vos voeux ou à répondre aux voeux reçus, n’envoyez surtout pas de nengajo après le 7 janvier, ce serait un impair. Passée cette date, il est alors préférable de simplement envoyer des salutations hivernales.

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2 Commentaires

  1. Répondre

    Emilie

    21 décembre 2019

    Super intéressant, comme d’habitude! Une de tes remarques m a interpellée, sur les familles en deuil qui ne font pas cette tradition. Comment ça se passe le deuil au Japon?

    • ameliemarieintokyo

      22 décembre 2019

      Merci !! Eh bien, je ne sais pas trop à vrai dire. Il y a tout un ensemble de coutumes, notamment basées sur le nombre de jours passés depuis le décès, avec certains paliers (il me semble que cela joue sur les couleurs des vêtements, l’alimentation et la visite de la tombe familiale et cette fameuse histoire de carte). Je n’en sais pas plus, parce que ma belle-famille n’est justement pas du tout traditionnelle. Cependant, lorsque ma belle grand-mère est décédée, s’ils semblent avoir zappé l’ensemble des coutumes, ils ont bien envoyé la carte. C’est peut-être le strict minimum que les japonais qui s’en fichent font ? Je creuserai un petit peu le sujet à l’occasion.

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