La dispute au sein du couple franco-japonais

couple franco-japonais

Diplomatie, zen et tact. Voilà des supposées vertus japonaises souvent mises en avant. Mais comment les disputes, en particulier au sein d'un couple franco-japonais, sont-elles gérées ?

Les japonais sont souvent mis en avant pour leur courteoisie et leur habilité à tourner et contourner les difficultés avec moult précautions pour éviter de froisser leur interlocuteur. Ce, même s’ils sont en plein débat. Les français, eux, sont plutôt perçus comme fonceurs, frondeurs, grande gueule et fort caractère. Bref, prêts à en découdre jusqu’à l’aube sur des questions aussi triviales que le nombre de fromages en France. Et dans le couple franco-japonais alors ?

Le couple franco-japonais et l’iceberg

C’est une question que j’avais précemment abordée dans un article. J’y décrivais la manière d’aborder le débat selon nos cultures respectives. Le manque de communication de mon mari face à ma nature de grande bavarde entraine souvent des conflits issus de petits rien à la mord moi le noeud, parce que l’un n’a pas écouté l’autre, ou l’autre n’a pas exprimé le problème.

Néanmoins, je n’avais pas parlé du cas d’une discussion houleuse avec un sujet piège tendu par l’ennemi.

Entre français, qui ne s’amuse pas à lancer un grand débat à propos de la politique gauche / droite lors d’une tablée festive (finissant parfois à l’hôpital, brisant des assiettes, voir des amitiés) ? Eh bien dans ce contexte, les intervenants ont au moins le même point de vue culturel de départ. Ils ont baigné dans la France, son histoire, sa politique. Peu import qu’ils aient été élevés d’un bord ou de l’autre, ils connaissent les deux. Dans le contexte d’un couple franco-japonais, la dispute politique (ou de grands sujets de société) tend à devenir pire que la guerre du Vietnam.

  • La barrière culturelle

La discussion commence par quelques échauffourées durant lesquelles on échange son point de vue sur, admettons, l’homosexualité (pif paf pouf). Échauffement gentillet. S’y l’on y songe sérieusement, entre la France et le Japon, un monde nous sépare. Nous avons une histoire chrétienne, puis une histoire occidentale (et l’image du colonisateur, et de l’ethnocentrisme culturel), tandis que les japonais ont une histoire orientale, liée au shintoisme et au confucianisme, une histoire aussi d’une ouverture au monde forcée par l’occident. Avant de vivre en couple avec mon homo japonicus, je n’avais jamais véritablement compris cette différence de positionnement face à l’Histoire. Pour certains c’est peut être une évidence, mais à vivre c’est devoir se recentrer par moment, par égard pour l’autre, mais aussi pour devenir plus humble.

Et puis ça tourne aigre. Le mari sort de ses gonds et pour la diplomatie, on y repassera. En tant que française, le sang bout dans mes veines et mon caractère latin (euphémisme pour tête de cochon) ressort au grand jour.

  • La barrière linguistique

Je baragouine le japonais, il baragouine le français, nous baragouinons l’anglais. Lorsque la tension monte, le vocabulaire décroit et la mauvaise foi débarque avec les gros canons. Les phrases deviennent plus tranchées à mesure que la frustration de ne pouvoir dire « justement » ce qui nous tient à coeur. Déjà qu’entre natif francophone, on est capable du pire grammaticalement parlant lorsque l’on se prend le chou. Alors en passant par une langue tierce, c’est l’ouverture en fanfare d’une boucherie (et les professeurs d’anglais du monde entier sont pris d’un mal de tête). On est piqué au vif par le ton direct que prend la dispute. On trébuche sur les mots, on finit par couper court et argumenter à coup d’artilleries lourdes. Parce que la subtilité ne permet plus de faire passer le message.

  • L’opposition culturelle

« Vous les français … » « Oui, mais les japonais …« . La dispute nous oppose non plus en tant qu’individu, mais en tant que représentants de notre culture. Les pays sont sur les bancs des accusés et le conflit s’enlise. Finalement, le sujet devient un grand match opposant deux cultures, essayant de se dominer sur un sujet, oubliant qu’il n’existe pas qu’une vérité. Que tout le monde a un peu tord, et un peu raison. Que rien n’est noir, ni blanc, et que français et japonais ont des perspectives trop différentes pour pouvoir toujours être partagées. On s’emporte comme des cons. Parce qu’à un point donné, on ne peut pas comprendre tout à fait le point de vue de l’autre. Des milliers de kilomètres et une éducation nous séparent et rendent les mots impossibles à bien transmettre.

Les disputes ne sont ni un mal, ni un bien. Elles font partie des relations humains, et elles se vivent ou se subissent, mais se terminent toujours. Parfois après une guerre froide, parfois sur l’oreiller, parfois au drapeau blanc. Dans le couple franco-japonais réside peut être un obstacle de plus …

Le japonais vient d’une culture pas tant du silence, que du sous-entendu et de la réserve. Homme et femme n’échangent pas de la même façon au Japon qu’en France. Dans le cas d’un couple mixte, c’est un point relativement délicat (pour ne pas dire la patate chaude du concept de différence culturelle … . La femme au Japon se doit d’ailleurs, d’être mesurée dans la prise de parole. Si cela ne signifie pas qu’elle doive se taire, en présence d’hommes elle reste à sa place en étant discrète et en acquiesçant aux propos masculins. Dans le couple et la famille, un équilibre plus égal se retrouve. Toutefois, communiquer sur ses sentiments reste tabou.

L’autre n’est pas un autre comme les autres

Je citerai enfin, ce passage très juste issu d’une recherche sur le metissage :

« En plus de cette mixité de base dans le couple biculturel, chacun des membres est spécifique et distinct de l’entité de ses collatéraux : Jacques est différent de tous les Français au même titre qu’Isaora est différente de toutes les Brésiliennes… Dans le couple dit mixte, l’identité culturelle est la plus mise à l’épreuve vu que, pour reprendre les mots de Pierrette Beday , « l’autre n’est pas un autre comme les autres ». (…) En conséquence, un couple biculturel est un couple comme tous les autres, qui n’a ni plus ni moins de difficultés que les autres, mais certaines spécificités dues à sa mixité. La société environnante peut les tolérer, les encourager ou les proscrire. C’est donc la représentation des autres qui constitue souvent le vrai problème de la biculturalité. »

 


Sur le sujet de la mixité au Japon, un très bon manga a été écrit (puis adapté au cinéma), My darling is a foreigner, par Saori Oguri, à propos de sa relation avec un américain aux origines européennes.

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4 Commentaires

  1. Répondre

    Miles of Happiness

    19 novembre 2014

    J’aime beaucoup ton blog.. Plus je vais au Japon, plus je rêve de m’y installer un jour pour quelques annéeS… C’est un plaisir de te suivre!

    • Amélie-Marie

      20 novembre 2014

      Merci beaucoup ! Je te souhaite de réaliser ton rêve et peut être nous croiserons nous un jour à Tokyo!

  2. Répondre

    Béné

    18 novembre 2014

    C’est drôle, mon copain me faisait remarquer dimanche dernier qu’en un peu plus d’un an de relation on ne s’était jamais disputés 🙂

  3. Répondre

    Bérénice

    18 novembre 2014

    Excellent le manga ! Je n’en avais jamais entendu parlé. Je me demande si les comportements sont « réels » ? Ça me fait rire aussi cette façon qu’on les japonais de « gaikokujin », comme si tous les étrangers étaient les mêmes, que dans le monde il y avait 2 cultures : la culture japonaise et l’étranger.

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