Au Japon depuis 7 ans, Amélie nous confie son parcours, ses expériences et le muay thai comme philosophie de vie

Amélie et le muay thai

Voilà plusieurs mois que cet entretien dormait au chaud dans mes brouillons. Parce qu'il n'y a rien de mieux que le prisme de l'expérience pour mieux comprendre la vie quotidienne japonaise, Amélie s'est très gentiment laissée prendre au jeu de mes questions sur sa vie à Tokyo pour nous enseigner une belle leçon de vie, il n'est jamais trop tard pour trouver sa voie, celle qui nous pousse à nous épanouir. Pour Amélie, la révélation, c'est le muay thai ainsi que le bouddhisme zen.

Amélie et moi pratiquons toutes les deux le muay thai au même club de boxe à Kagurazaka. Pour nous éviter les confusions, il fut très vite décidé que du haut de mon mètre 65 je serai la « petite Amélie » et ma copine, la « grande Amélie ». Aujourd’hui, chiisai Amélie interviewe donc ookii Amélie et offre une virée dans son univers de passionnée de la vie. 

Amélie nous vient du pays des Ch’tis et a habité 10 ans à Lille avant de déménager au Japon… 

Amélie (la petite !) : Qu’est-ce qui t’a amenée à venir au Japon ? Tu peux nous en dire un peu plus sur ton parcours ? 

Amélie (la grande ;)) : Alors, il faut dire que plus jeune, je ne savais pas trop ce que je voulais faire dans la vie. J’aimais beaucoup la langue anglaise et devenir enseignante me paraissait une chouette perspective. Je me suis inscrite en LLCE anglais avec ce projet en tête. Depuis mes années collège, j’avais aussi beaucoup d’intérêt pour la culture japonaise. Je jouais aux jeux vidéos, je lisais des manga. Je pense que comme pour beaucoup de gens de ma génération (ndlr: Amélie a 34 ans), ça a été une porte vers la culture japonaise au sens large. Arrivée à la fac je me suis mise à apprendre la langue en autodidacte, pour le plaisir. Je m’étais faite des amies japonaises sur le campus et je pratiquais avec elles. 

Amélie (1 mètre 65) : As-tu eu l’occasion de partir ?

Amélie (c’est vrai qu’elle est grande…) : Oui ! En 2005 – 2006, j’ai fait un échange universitaire à Fukuoka. J’ai pu grandement améliorer mon niveau ! En plus, durant ce séjour j’ai aidé une professeur de français et réalisé que je préférais de loin enseigner la langue française. Je me suis donc dirigée vers le FLE (Français Langue Étrangère) et j’ai été professeur pendant 4 ans. 

Amélie : En France ? 

Amélie : Oui, en France, mais être professeur de FLE ce n’est pas un métier très stable… Le Japon me manquait aussi beaucoup. J’ai donc pris la décision de partir en PVT (Programme Vacances-Travail). Cela fait aujourd’hui sept ans que je suis partie pour un an !

Amélie (la petite) : À Tokyo ?

Amélie (la grande) : Oui. Hormis mon échange à Fukuoka durant mes études, j’ai toujours vécu à Tokyo. 

Amélie : Qu’avais-tu en tête à l’époque ? 

Amélie : Eh bien, je voulais voir un peu ce que travailler sur place pouvait donner. J’avais envie de voyager et aussi de retrouver les petites choses de la vie quotidienne qui m’avaient tant plu lors de mon séjour étudiant. C’est vraiment curieux de réaliser que ce que j’avais effleuré à travers la culture populaire est devenu partie intégrante de mon quotidien.  D’ailleurs, j’en profite pour citer GTO et Nana, des manga dans lesquels le lecteur apprend beaucoup sur le Japon de tous les jours et sur les problématiques de la société nipponne, deux oeuvres qui m’ont marquée et ont été déterminantes dans mon expérience du Japon.

Amélie (1m65, ça va encore, non ?) : Qu’est-ce qui te plait, alors, dans cette vie à la japonaise ? Et qu’est-ce qui te botte moins ? 

Amélie (elle me regarde de haut, mais c’est parce qu’elle est grande) : Alors, je vais ressortir les poncifs habituels, hein, mais me sentir en sécurité à peu près partout, même tard le soir, le côté très pratique de la vie quotidienne, la bonne organisation des transports, la vie culturelle très riche de Tokyo, font que je me plais beaucoup ici. Il m’a fallu du temps avant de me faire de véritables amis, mais les gens que j’ai rencontrés, en particulier à travers notre club de boxe thaï, me sont très précieux. Je ne sais pas ce que je ferais sans eux !

Par contre, les conditions de travail sont vraiment un problème au Japon. Je n’ai pas à me plaindre, ça va encore avec ma boite. Mais je regarde autour de moi et je me dis qu’il y a bien plus de black kaisha (ndlr : entreprises qui ne respectent pas le droit du travail) que l’on ne le croit. Le travail prend trop de place dans la vie des gens. Beaucoup de tokyoïtes ont l’air d’être seuls ou de se sentir seuls. Pour beaucoup, c’est parce qu’ils n’ont tout simplement plus le temps ou l’énergie de s’investir dans des relations amicales ou amoureuses. 

Heureusement, cela évolue avec la jeune génération qui semble rejeter ce modèle de vie. Mais les habitudes ont la vie dure. La pression sociale à l’égard des femmes pour qu’elles se marient et fassent des enfants est très forte. Je passe au travers, car je suis étrangère, mais cela n’empêche pas des japonais, même jeunes, de me demander de but en blanc « pourquoi tu n’es pas mariée ? Il faut te dépêcher de faire des enfants ! » alors que je ne les connais que depuis 10 minutes. 

Amélie : Autre point ? 

Amélie : Ben c’est pas toujours marrant-marrant de faire des sorties resto avec des amis lorsque l’on est végétarien. Je finis un peu par toujours manger la même chose !

Amélie : Je compatis ! Tu as évoqué les conditions de travail tout à l’heure… Cela fait 7 ans que tu vis au Japon. Peux-tu nous en dire plus sur tes expériences professionnelles ? 

Amélie : Mon premier boulot ce fut 3 ans dans une boulangerie française. J’ai décroché ce poste vraiment vite, trois jours après avoir commencé à chercher du travail. J’avais très envie de faire l’expérience du fameux service à la japonaise de l’autre côté de la barrière. Mes collègues étaient chouettes et être au milieu des petits pains c’était plutôt sympathique ! En plus, 95% du temps, je parlais en japonais, alors sans m’en rendre compte, j’ai sacrément progressé ! J’aimais beaucoup discuter avec les clients français qui passaient régulièrement.

Par contre, j’appréciais moins les longues heures et les piètres conditions de travail de mes collègues artisans boulangers.

Aussi, je vais briser un mythe, mais les clients japonais peuvent être très désagréables. Être vendeur, c’est être socialement, hiérarchiquement, en bas de l’échelle. Certains aiment vous le faire sentir. Venant de France où les rapports sont à peu près égaux, certains jours furent plus durs que d’autres. Au Japon, c’est normal de ne dire ni bonjour, ni merci. Les règles de politesse sont différentes. 

Amélie : J’aurais été incapable de tenir dans une boulangerie, je dois l’avouer ! Et ensuite ?

Amélie : Ensuite, j’ai bougé pour travailler à l’aéroport de Haneda, dans un magasin de location de routeurs Wi-Fi et de cartes SIM pour les touristes et les hommes d’affaires qui partent à l’étranger. C’était top pour croiser des gens du monde entier et travailler en trois langues !

Bon point là encore, mon entreprise tenait à un service impeccable. J’ai beaucoup appris et je parle japonais à un niveau professionnel. Par contre, pour ceux que l’idée de bosser à l’aéroport tente… Les horaires étaient violents. Je commençais à 6 heures du matin. Et les hommes d’affaires japonais sont des clients très difficiles. Les règles de travail changeaient constamment et il était facile de faire des erreurs. 

Amélie : Oui, tu m’avais déjà laissé entendre que les conditions étaient assez intenses  … Du coup, c’est quoi ton retour sur le travail avec les japonais ? 

Amélie : Hmm… Je ne sais pas s’il y a quelque chose que j’apprécie particulièrement en comparaison des collègues ou supérieurs que j’ai eus en France. Ce qui est parfois énervant ce sont les longues réunions pendant lesquelles on ne décide de rien au final, et la tendance des supérieurs à vouloir rejeter systématiquement toute idée qui paraît un peu trop nouvelle. « On a toujours fait comme ça alors il faut faire comme ça » est une rengaine locale !

Amélie : Entre (beaucoup) de traditions et (peu) de modernité, n’est-ce pas ? (rires) Et maintenant, que fais-tu ? 

Amélie : Aujourd’hui, je suis en CDI dans une entreprise dont l’objectif est de soutenir les régions et artisans locaux, notamment le Tohoku. Nous avons une section dédiée à l’accueil des touristes et offrons un hébergement entre le ryokan (auberge traditionnelle) et la guest house, à Shinjuku (Tokyo). Mon entreprise est aussi derrière le site internet Tadaima Japan. Bon, à l’origine, j’avais été embauchée pour rédiger des articles et développer le site. Mais ces derniers temps… Mon rôle ressemble plutôt à celui de « consultante étrangère » sur tout un tas de petits projets.  

Amélie : Merci ! Travail et parcours mis à part, ce qui m’a beaucoup marquée au cours de nos rencontres et au début de notre amitié, c’est à quel point ton univers intérieur, tes passions, sont essentielles pour toi. C’est clé pour ton épanouissement, n’est-ce pas ?

Amélie (grande ET épanouie) : Oui, tout à fait ! Avec le temps j’ai fini par réaliser que je ne m’épanouirais sûrement pas en me contentant du monde du travail et que ma vraie voie était ailleurs…

Amélie : Peux-tu nous ouvrir la porte sur ton univers de passionnée ? 

Amélie : (rires) Bien sûr ! Commençons avec l’art si tu le veux bien. C’est, je crois, durant ma seconde année à Tokyo que j’ai débuté le dessin et la peinture. J’ai toujours bien aimé dessiner et j’avais fait un peu d’aquarelle à l’occasion mais rien de très sérieux jusqu’alors. Un jour, une cliente de la boulangerie où je travaillais m’a invitée à l’exposition de l’atelier où elle commençait à apprendre le dessin (l’atelier roseaux). Je m’y suis rendue et ai été très surprise de voir la diversité des styles qui y étaient représentés. On sentait bien que chaque personne avait été libre de s’exprimer dans son genre préféré.

J’y ai notamment admiré plusieurs peintures nihonga, c’est-à-dire la peinture traditionnelle japonaise. Cela m’a donnée envie de m’inscrire et d’apprendre – étant au Japon, j’avais cette opportunité ! Pendant deux ans, j’ai fait exclusivement du nihonga. J’ai appris à coller des feuilles d’or, à utiliser des pigments naturels… Malheureusement, mon emploi du temps est venu contrarier mes cours à l’atelier. Ayant commencé à travailler le dimanche, j’ai changé de classe. Avec ce nouveau professeur, nous pouvions faire du dessin, de la peinture à l’huile, de l’aquarelle… Du coup, je me suis mise à alterner nihonga et acrylique.

Amélie et peinture

Peinture offerte à son instructeur à l’occasion de l’anniversaire du club de plongée Laut (https://www.laut.jp/)

L’année dernière (2018) m’est venue l’envie d’améliorer mon coup de crayon et je n’ai fait que du dessin. Dès que le dessin sur lequel je travaille en ce moment sera terminé, je compte bien renouer un peu avec la peinture traditionnelle.

L’atelier roseaux est vraiment chouette parce que ce n’est pas tant un cours d’art qu’un lieu où les professeurs nous guident, nous forment aux techniques, en nous laissant une liberté complète. Chaque élève a vraiment le champ libre pour s’exprimer. C’est vraiment un atelier où nous pouvons nous enrichir aux contacts des autres et nous influencer mutuellement. 

Amélie et la peinture

J’en profite pour glisser qu’une exposition est organisée chaque année en décembre. C’est l’occasion de montrer notre travail au public et j’y participe à chaque fois. Une année, une élève, une dame de l’atelier que je ne connaissais pas, a eu le coup de foudre pour ma peinture. Elle a insisté pour l’acheter avant que quelqu’un d’autre ne la veuille. Me séparer de mon travail fut vraiment une expérience étrange, mais j’étais heureuse qu’elle l’aime autant ! Et grâce à l’achat de cette peinture, j’ai pu investir dans mon autre passion… 

Amélie : Qui est… ?

(Roulement de tambours)

Amélie : La plongée ! 

Amélie et la plongée

Amélie : Allons bon ! Comment est venue cette passion ? 

Amélie : Je dois poser un peu le contexte, si tu le veux bien. J’ai toujours été cette fille trouillarde, pas très dégourdie et surtout, la moins sportive du monde. Toujours dans les dernier.e.s pendant les cours de sport. Ce n’est pas que je n’apprécie pas l’activité physique, mais je croyais que je n’étais pas faite pour bouger (ndlr : commentez si vous aussi, vous faisiez partie des dernier.e.s sur le banc !). 

Bon, voilà. Un jour, je crois que c’était il y a 4 ans, j’ai visité Yakushima. J’ai remarqué un bon paquet de publicité pour les clubs de plongée locaux. Sur le coup, je me suis dit que c’était bien là une expérience à faire au moins une fois. Curieux hasard de la vie, une de mes collègues plongeait régulièrement. Elle m’a emmenée faire un baptême de plongée à  Hatsushima, une île près d’Atami.

Trente-cinq minutes morte de trouille la Amélie ! Sous le choc, mais émerveillée, j’ai réalisé que ça n’avait mais alors rien à voir avec les images de la mer diffusées à la télévision. J’étais dedans !

Entretien Amélie et la plongée

Amélie : … C’est le cas de le dire !

Amélie : (rires) C’était comme être sur une autre planète… Sauf que c’était la mienne ! 

Amélie : … C’est le cas…

Amélie : Rooooh !  

Amélie : Pardon ! 

Amélie : Cette expérience a changé ma vie. Après ce baptême, j’avais la pétoche, mais je voulais y retourner. Petit à petit, le désir de passer mon permis plongée a pris le pas sur mon manque de courage. Cette fois-ci, c’est avec Kotaro-san, le guide de chez Laut à Kamakura, que j’ai plongé. 

Mon amie m’avait dit : « Tu vas voir, c’est un guide qui va te faire aimer la mer ». C’était vrai ! J’ai eu moins peur pendant cette nouvelle expérience. Cela m’a décidée pour le permis. Kotaro-san est un excellent guide et instructeur. Il met en confiance, il fournit beaucoup d’informations sur la mer et sait où se rendre pour que la plongée soit intéressante. 

Amélie : Comment se passe une de tes journées plongée ?

Amélie : Il faut se lever tôt ! Je le rejoins au magasin très tôt le matin et il nous emmène en voiture au meilleur spot de plongée, selon la météo et les conditions maritimes du jour. En général, on plonge vers Izu. J’ai d’abord passé le permis PADI puis le permis avancé l’année d’après. Dès que mes finances me le permettent, je vais plonger. C’est une activité magnifique, mais qui coute un peu cher. 

Ma famille était très surprise de me voir faire ça, moi qui avais toujours été timorée ! Maintenant avec le recul, je crois que ça m’a prouvé à moi-même que j’étais plus courageuse et capable que ce que je croyais. Ce qui a été déterminant pour mon véritable amour… le muay thai !

Amélie et le muay thai

Amélie : Tu as commencé à faire de la boxe avec moi, mais clairement, ce fut une révélation. Qu’est-ce que le muay thai t’apporte ? Je sais que tu te prépares pour des combats amateurs, mais aurais-tu envie de faire plus ? De passer semi pro un jour ? 

Amélie (la boxeuse) : Oui, ça a clairement été une révélation. La première fois que je suis venue essayer avec toi, lors des exercices de frappe sur le sac à la fin, j’ai pensé, très sincèrement « Je pourrais faire ça toute ma vie ». Je me suis inscrite tout de suite !

Au début je suivais les cours pour femmes deux fois par semaine, principalement pour être en forme et évacuer le stress de mon boulot. C’était rassurant parce qu’il n’y avait pas d’exercice contre un adversaire, donc aucun risque de se prendre des coups. Mais j’ai tout de suite adoré ça. Avant que je m’en rende compte, je faisais du shadow boxing dans la cuisine en attendant que ça cuise. Je me suis dit « deux cours par semaine, ce n’est pas assez ». Et à force d’entendre les instructeurs expliquer les mouvements en évoquant un adversaire fictif, j’ai commencé à vouloir essayer contre quelqu’un. Donc j’ai sauté le pas et je me suis inscrite aux cours basiques, mixtes pendant lesquels on apprend les bases de l’attaque et de la défense.

Puis un des senpai du club m’a invitée à venir dans le ring, un mercredi après-midi. C’était vraiment très amusant. En entrainement tout le monde fait bien attention : même lorsqu’on se prend des coups, c’est rare que ça fasse mal… C’était le début de la fin pour moi ! J’ai commencé à rêver de faire des matchs !

Amélie et le muay thai

Amélie : Respect, meuf !

Amélie : Je suis très reconnaissante ! Notre club est vraiment excellent parce qu’ils ont mis en place un système d’évaluation à passer pour être autorisé à faire des matchs en compétition amateur. Imagine, il y a des clubs qui envoient les gens faire des matchs au bout de deux mois alors qu’il ne sont pas prêts. J’ai passé les tests les un après les autres et j’ai fait un match d’exhibition au sein du club l’été dernier – tu étais là pour me soutenir ! J’ai fait mon premier vrai match en compétition amateur en octobre dernier, que j’ai gagné face à une adversaire un peu plus expérimentée. 

Amélie : C’était assez ouf de te voir danser sur le ring. Le plus drôle, c’était de te sentir tellement concentrée que le reste du monde semblait avoir disparu autour de toi !

Amélie : Eh eh ! En tout cas, j’adore notre club. On a toujours l’occasion de s’entraîner avec les autres ; il paraît que dans d’autres clubs c’est plus difficile de trouver quelqu’un avec qui s’entraîner, où que les pros sont prioritaires et les amateurs mis de côté. Chez nous tout le monde s’entraide physiquement et mentalement, sans distinction. Je crois que c’est pour ça qu’on a autant d’amateurs dans le club qui sont champions dans leur catégorie de poids. Lors des matchs c’est toujours notre club le plus bruyant à crier des encouragements…

Bref… Le muay thaï m’a apporté une meilleure forme physique et plus de force mentale, c’est certain. Il m’a aussi donné des amis incroyables qui sont comme une deuxième famille, mais c’est parce que notre club est extraordinaire ! D’ailleurs, est-ce que je peux faire un aparté sur le sujet ? 

Amélie : Fais-toi plaisir, je t’en prie !

Amélie : Eh bien, le muay thaï porte tout un tas de valeurs typiquement liées à la culture thaï. Ne serait-ce que dans les rituels d’avant match durant lesquels les boxeurs dansent des mouvements qui font référence au Ramakien, le ring, comme un espace sacré. Les boxeurs doivent conserver une attitude de contrôle de soi et de respect qui sont très liées au Bouddhisme. La boxe thaï transmet des valeurs de courage, de respect de l’adversaire, d’une lutte contre soi – des valeurs qui se retrouvent d’ailleurs dans les arts martiaux japonais. 

Amélie et le muay thai

Attachée aux symboles et rituels, cela a fait écho pour moi et je me retrouve beaucoup dans le Bouddhisme. J’ai commencé à pratiquer la méditation Zen l’année dernière et, même si le muay thai vient de Thaïlande, les deux pratiques sont comme deux faces d’une même pièce. Quand je boxe, je fais directement l’expérience de certains concepts Zen, comme le zanshin, une forme de vigilance en pleine-conscience. C’est une expérience à la limite du spirituel. Les pratiquants de sports comme le karaté comprendront sans doute de quoi je parle !

Pratique bouddhisme zen

(Amélie : Lecteurs, lectrices karateka, n’hésitez pas à commenter, je suis curieuse ! )

Je dois dire qu’exprimer exactement ce que le muay thai m’apporte réellement, mais c’est ce qui me fait me lever le matin ! Lorsque je boxe, j’ai l’impression de m’accomplir en tant que personne, non seulement intérieurement, mais aussi, dans la vie, en tant qu’être humain. Vraiment, c’est dur de trouver les mots, mais comme évoqué par les arts martiaux japonais, le muay thai est ma « voie » (ndlr: dans les termes judo, aïkido, iaïdo, bushido, se retrouve le kanji « do » , 道, qui symbolise « la voie »). 

Dernièrement, une amie m’a confié, « Quand je faisais de l’aïkido, j’avais l’impression de ne faire qu’un avec l’univers. ». C’est tout à fait ça ! Mon seul regret c’est d’avoir découvert ça sur le tard, mais je suis reconnaissante de l’avoir découvert.

Amélie (petite et impressionnée) : Les lecteurs ne te « voient » pas, mais comme je te l’ai dit récemment, ce changement, ce bouleversement intérieur que tu as vécu t’a transformée et cela se voit. C’est fou ce que tu as gagné en assurance. Tu dégages une aura tellement différente de l’Amélie que j’ai rencontrée !

Amélie : Et tu n’es pas la seule à me le dire ! Désormais, mon but est d’aller le plus loin possible sur cette voie. Je vais participer à un maximum de combats amateurs et voir où cela me mène. Je ne rêve pas de gloire, je veux juste m’accomplir en tant que personne. Si cela devait me mener à faire des combats pro, alors je ferai des combats pro. Pour l’instant je n’y pense pas. 

Amélie et le muay thai

Amélie : Qu’est-ce que cela signifie de passer pro en muay thai ? 

Amélie : Un pro se bat à un plus haut niveau et reçoit de l’argent pour le faire – mais ce n’est pas vraiment une manière de gagner sa vie. Qui gagne sa vie en faisant du kickboxing ici, à part Nasukawa Tenshin ? Ils doivent se compter sur les doigts de la main. Je connais un pro, double champion de grandes compétitions, et pour gagner sa vie, il vend les gyozas fait main. Une copine pro en K-1 est professeure de maternelle. Au Japon, pour gagner sa vie avec la boxe thaï ou le kickboxing, il faut soit avoir énormément de sponsors, ou devenir instructeur, ou ouvrir son propre club  – et c’est loin d’être simple ! En ce qui me concerne je travaille pour vivre, et je vis pour boxer.

Amélie et le muay thai

Amélie : … Sacré motto ! Pour conclure, qu’as-tu envie de dire aux personnes qui souhaitent déménager au Japon ? Des conseils ? 

Amélie : Le Japon n’est pas un pays parfait. C’est un très beau pays. Mais comme les autres, il a ses qualités, ses problèmes et il est bourré de contradictions. Toutefois, si vous vous sentez attiré.e par sa culture, si votre rêve c’est de venir, et que vous le pouvez, faites-le. N’attendez pas d’avoir 80 ans pour regretter ! Au pire vous regretterez d’être venu. Mais je pense que c’est mieux que de regretter ne pas l’avoir fait. 

Avant de venir, apprenez le japonais si possible, car cela sera plus simple pour trouver un travail, vous faire des amis… Et si vous êtes blanc.he, soyez prêt.e à découvrir, relativement gentiment, ce que ça fait que d’être une minorité à qui on ne voudra peut-être pas louer d’appartement et sur laquelle on a des préjugés. 

À mes yeux, il est aussi essentiel de planifier très soigneusement votre budget et de prévoir bien plus que ce qui est nécessaire. Vous vous épargnerez beaucoup de stress et pourrez faire un maximum d’expériences enrichissantes.

Enfin, ne tournez pas complètement le dos aux français qui sont sur place parce que vous voulez vous faire des amis japonais. C’est difficile au Japon de se faire des amis dans le sens où on l’entend en France, car la conception l’amitié peut être très différente. Trouver les personnes à qui se confier et sur qui compter peut prendre beaucoup de temps ! Si vous vous sentez un peu isolé rejoignez un club de quelque chose qui vous intéresse. En particulier, fréquentez les petits izakayas intimistes de votre quartier, devenez-y client régulier et vous serez à la maison !

 

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2 Commentaires

  1. Répondre

    Pascal

    30 juin 2019

    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt et surtout appris que ce sport de combat etait autre chose que donner des coups , j’ai encore du mal a comprendre mais je vais creuser la question et son parcours est impressionnant.Le monde du travail , surtout au Japon est souvent ravageur et je vous souhaite a toutes les deux de vous épanouir .
    Bravo!

    • ameliemarieintokyo

      10 juillet 2019

      Merci beaucoup !

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