Avec 11 jours par an seulement, mes jours de congés payés se comptent “presque” sur les doigts de la main. Les occasions de prendre des vacances sont (trop) rares et la culture locale, qui incite les employés à s’en passer, en rajoute une couche. Bouffée d’air pour les travailleurs, des petites périodes de congés nationaux ponctuent heureusement l’année. La plus connue est la Golden Week, “la semaine d’or”, une série de 4 jours fériés concentrés sur 7 jours. Mais avec la pandémie de coronavirus, les japonais ont ironiquement renommé la Golden Week, la “Gaman” Week, c’est-à-dire la semaine de l’endurance. 

Triste, triste Golden Week pour l’année 2020. Avec l’instauration de l’état d’urgence et les appels au confinement, les japonais qui attendaient avec impatience cette période propice à rentrer dans sa famille ou à voyager ont vu leurs plans tomber à l’eau. 

Les vacances ? Quelles vacances ? 

Je m’estime heureuse. Mes 11 jours de congés payés, je peux les poser sans trop de difficulté. J’ai même le droit à un jour spécial anniversaire que je chéris précieusement. Si certaines entreprises se révèlent plus généreuses (= attractives) que d’autres, en principe un travailleur japonais acquiert 10 jours de congés payés à partir de 6 mois d’ancienneté. Ce nombre insolent grimpe jusqu’à 20 jours (20 !!!) maximum après 6 ans à travailler pour le même employeur. Si vous changez de travail, vous repasser par la case départ sans garder vos jours. Un mécanisme qui explique pourquoi les japonais, même malheureux au bureau, ne changent pas volontiers d’emploi. 

Et si cela semble faire peu, sachez que les japonais n’osent en prime pas les prendre, et pas de manière concomitante, avec une moyenne de 8,8 jours de repos par an pour les salariés. Au pays de l’esprit d’équipe avant tout, la pression du groupe l’emporte sur le besoin de recharger ses batteries. 

Les jours fériés pour tenir le coup moralement

Les japonais tiennent le coup grâce aux jours fériés. Ces mini bouffées d’air permettent d’alléger un peu le rythme de travail des nippons. Si les salariés peuvent tout de même choisir de les travailler (comprendre : être forcé par leur employeur), il est moins culpabilisant de prendre du repos en même temps que les autres. Ainsi, à l’exception du mois de juin, le calendrier japonais compte au moins UN jour férié par mois et deux périodes idéales pour faire un strike : la fameuse Golden Week de mai et la Silver Week (“semaine d’argent” en voie de disparition), plus courte et plus aléatoire selon l’année, en automne. 

La Golden Week regroupe 4 jours fériés : le 29 avril, les 3, 4 et 5 mai. Si les 1er et 2 mai ne sont pas fériés, d’une année sur l’autre, la période est plus ou moins propice à prendre seulement un ou deux jours de congés pour faire le pont. L’abdication de l’empereur du Japon en 2019, a conduit à un miracle qui a fait couler de l’encre : une Golden Week de 10 jours. 

Une Golden Week à la maison à se tourner les pouces = la GAMAN Week

Le gaman est un concept qui vient du bouddhisme et qui vraiment est essentiel à l’harmonie de la société japonaise. Être capable de faire preuve de gaman, c’est-à-dire de patience, d’endurance et d’abnégation face à la douleur ou aux difficultés, est bien ce qui permet aux japonais de faire passer les besoins du groupe avant ceux de l’individu. J’en avais parlé ici

Avec la pandémie de coronavirus, les autorités locales de bien des préfectures ont craint des déplacements importants de voyageurs lors de la Golden Week. Certaines ont même publiquement appelé à ce que les visiteurs annulent leurs séjours. Heureusement, beaucoup de japonais ont finalement annulé leurs déplacements prévus pour la Golden Week déclarant rester chez eux durant la Gaman Week, expression apparue à l’occasion. Une formulation bien trouvée et marquante pour inciter les autres à faire de même qui a heureusement fait mouche…

Avec le mari, notre semaine de congés de la Golden Week s’est résumé à rester à la maison toute la sainte journée, avec d’excitantes escapades sur le balcon (pour boire un café), au supermarché (se nourrir, tout ça) et tard le soir à faire le tour du quartier pour se dégourdir les jambes…  Et vous, qu’avez-vous fait durant votre Golden Week ? 

Japonais Romaji Français
ゴールデンウィーク gooruden uiiku Golde Week
我慢がまんウェーク gaman uiiku Gaman Week
祝日しゅくじつ shukujitsu Jour férié
休日きゅうじつ kyuujitsu Jour de vacances
有給休暇ゆうきゅうきゅうか yuukyuu kyuuka  Congé payé

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3 Commentaires

  1. Répondre

    mlsre

    25 mai 2020

    La société où je travaille nous donne 35 jours de congé par an! Oui, c’est un grand privilège =D
    La belgique aussi commence tout doucement à dé-confiner… Magasins rouverts, avec distanciation sociale bien sûr. Et visite à 4 personnes max possible. J’ai pris quelques jours la semaine dernière, occupations : couture, balades et yoga!

    Courage à tous!!

    • ameliemarieintokyo

      31 mai 2020

      35 jours ! Wahou ! C’est vraiment chic de leur part et cela devrait être la normalité :). C’est une bonne nouvelle pour la Belgique, bon courage pour la suite !

  2. Répondre

    Crisitane

    25 mai 2020

    Ici, c’est le déconfinement depuis deux semaines, déjà. Un jour sur deux, je me rends chez une copine boire un thé mais surtout pour parler. Etun jour sur deux, c’est une copine qui vient me voir. Cette semaine, nous iront toutes, au Bois de Vincennes ! En espérant être les seules. Une vraie escapade qui ressemble, dans nos têtes à une échappée vers les forêts d’avant la civilisation. On finira par vivre avec la covid comme on vit avec la grippe, courage !

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