Des vacances à la maison, le rêve.

Soixante-dix ans de Golden Week.

Vous vous rappelez de cette expression la Golden Week ? Cette fameuse semaine, qui n’en est techniquement pas une, est attendue avec impatience par tous les habitants du Japon ou presque. Car bien sûr, les travailleurs dans l’industrie du service, eux, doivent pointer, histoire que la machine à sous continue de tourner à plein balle.

Toujours est-il que la Golden Week est une période de congés pour une bonne partie du pays. L’expression remonte à 1951 et Hideo Matsuyama, directeur du studio de production Daiei. Remarquant une augmentation des ventes de tickets de cinéma à l’occasion de cette série de jours fériés (les 29 avril, 3, 4 et 5 mai), et inspiré par l’expression the Golden Time tirée de l’univers de la télévision et de la radio (notre “heure de grande écoute”), il baptisa cette période la Golden Week.

L’expression a marqué les esprits et reste largement utilisée des décennies plus tard. 

L’année dernière, les vacances à la maison.

En 2020, début de pandémie oblige, nous (les habitants du Japon) avons été invité à gaman-er, traduction : à faire preuve d’abnégation et de patience et à surtout rester chez soi. Je ne saurais trop vous dire avec certitude si cela a été respecté à la lettre. Mais dans les grandes lignes, je pense que oui. « Cet épisode, nous annonçaient alors les vieux croulants qui nous servent de politiciens au Japon, serait exceptionnel ». Sous-entendre, “l’année prochaine, ça ira mieux”.

Vous savez comme moi que bon, voilà, 2021 ne casse pas trois pattes à un canard, encore que nous soyons peut-être un tout petit mieux lotis côté espoir de vivre. 

Cette année, les vacances à la maison aussi. 

Quand le gouverneur de la préfecture de Kanagawa a publiquement demandé aux non-résidents de ne pas venir s’amuser à Kanagawa (Yokohama, Kamakura, Enoshima…), on a rigolé un peu jaune. J’en parle ici : Golden Week Downgraded to Gaman Week Again.

D’ailleurs, personne ne l’a visiblement écouté puisque les taux de fréquentation des lieux touristiques ont explosé (de l’ordre de plus de 100%, voire 300% dans certaines zones, comparé à 2020).

On pourrait jeter la pierre à tous ces égoïstes qui se sont déplacés en pleine crise sanitaire (le système médical japonais est en souffrance, il convient de le rappeler quotidiennement) pour faire vivre les lieux touristiques (en souffrance aussi).

Personnellement, je m’abstiens, parce que bon, on en a tous gros sur la patate. Et puis le gouvernement ne fait que les choses à moitié (et mal). Ici, c’est l’état d’urgence, là bas, c’est pas l’état d’urgence, ici c’est l’état d’urgence mais qu’à moitié, là bas, non. Y a de quoi devenir chèvre. 

On a osé traverser la frontière Chiba – Tokyo.

D’ailleurs, si je devais leur jeter la pierre, je devrais commencer par me caillasser moi-même. Nous avons osé prendre le train (grand Dieu !), pour aller à Tokyo. Exactement ce que la gouverneur Yuriko Koike a demandé aux habitants de la zone du grand Tokyo de ne pas faire. 

Nous nous sommes rendus à une heure et quart de chez nous et on aurait sans doute pu faire l’aller-retour dans la journée, mais bon, quitte à y aller… Nous avons réservé un business hôtel un peu miteux, 100% aux normes sanitaires avec des pshit-pshit pour se désinfecter les mains partout et des barrières de protection plexiglas au comptoir. L’hôtel était nul et je n’ai pas fermé l’œil de la nuit (nous voilà déjà punis). 

En somme, ce séjour de 36 heures était un peu l’angoisse entre le réseau de train au ralenti (une idée pas très lumineuse du gouvernement de Tokyo) et les restaurants qui ferment à 20 heures, mais l’humain s’adapte à presque tous les environnements (la mer, la montagne, les volcans sont des exceptions notables). C’était assez étrange à vivre, disons. Nous avons dîné (à 18h) dans un petit boui-boui qui sert du porc frit (tonkatsu) et ce n’était pas très bon (punition divine, second round). 

Le but de notre séjour n’étant pas tant touristique que pratique (ceci n’est pas une excuse), nous devions aller jeter un œil à notre futur quartier, si tant est que 2021 n’envoie pas en l’air nos projets de vie. Je vous avoue que la pénurie de matière première commence à me coller des angoisses, un peu. Oui, oui, en pleine pandémie Amélie-Marie et compagnie n’ont rien trouvé de mieux que de se dire “et si on construisait ?”. Voilà, voilà. 

Nous avons donc fait un saut éclair pour mesurer notre lopin de terre, la distance entre ledit lopin et les services du quotidien (la poste, la banque, le supermarché, tout ça), et nous sommes rentrés vite fait à nos pénates le lendemain, pas trop fier du bain de foule (très raisonnable ceci étant dit). 

Golden Week 2021

On a profité de notre passage pour aller voir le Lycée français de Tokyo.

Et depuis ? Eh bien, le mari a repris le chemin du boulot, c’est-à-dire chambre-couloir-bureau, et moi le chemin chambre-couloir-canapé, où je coule des journées moyennes à parcourir le royaume d’Hyrule (Zelda, Breath of the Wild, sur Switch) sans rien faire de particulier, ayant complété le jeu.

Je ne sais pas si c’est l’effet pandémie, mais j’ai besoin de vraies (insérez définition ici svp) vacances. Or, me voilà avec une semaine de liberté, et l’angoisse absolue du travail qui m’attend déjà. Et vous ?

5 février 2021

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5 Commentaires

  1. Répondre

    Laura

    3 novembre 2021

    Bonjour Amélie Marie, je te suis avec plaisir depuis longtemps sur ton blog de Courrier International 🙂 Comme tu ne postais plus de nouveaux articles, je t’ai cherché et retrouvé sur celui-ci… Le ton a bien changé dans tes derniers post, j’espère que depuis, tout va mieux pour toi et que tu as retrouvé des tas de bonnes raisons de sourire et prendre la vie du bon côté. Très amicalement.

  2. Répondre

    unefillesanschichis

    2 juin 2021

    C’est au détour de ton article que je découvre que vous avez pour projet de faire construire… félicitations ! Très beau projet, j’espère que tout ira bien pour vous 🙂

  3. Répondre

    Koalisa

    9 mai 2021

    Ici je rêve d’aller au resto ! Et on a enfin le droit d’aller à plus de 10km de chez soi…Allez, courage !

  4. Répondre

    K.S.

    8 mai 2021

    Bon courage à toi et aux lecteurs / lectrices qui passeront par ici 😉
    tu as raison de faire des projets, il ne faut pas s’arrêter de vivre pour autant car la situation serait encore pire niveau moral
    vivement la fin de tout ça, qu’on reprenne un vie « normale » et qu’on puisse prendre de « vraies » vacances (dont je n’ai pas non plus la définition universelle)
    prenez soin de vous et de ceux qui vous sont chers

  5. Répondre

    FABIE

    6 mai 2021

    Bonjour Amélie,
    C’est sur que la situation sanitaire est compliquée !
    Nombres de questions sont sans réponses (comment attrapons nous et transmettons nous la covid; les masques sont ils nécessaires…)
    Vivre l’instant présent certes, mais j’ai besoin de faire des projets même s’ils sont quelque peu différés, il faut avancer et profiter de toutes les choses qui nous font plaisir.
    J’espère que la construction de la maison ne sera pas retardée pour vous.
    Je te souhaite une belle semaine de congés en attendant une vraie évasion !

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