Si vous avez un coup de mou au mois de mai, caractérisé par une petite déprime accompagnée de léthargie et d'un je ne sais quoi d'envie de rien, un japonais vous dira que vous souffrez du gogatsu-byô, du "blues du mois de mai". Car au Japon, printemps rime avec déprime passagère et mélancolie, entre renouveau et routine.

Au Japon, si le mois de mai annonce l’arrivée de la chaleur et des beaux jours juste avant que la saison des pluies ne s’installe, c’est aussi une période de l’année qui coïncide avec un pic des dépressions. Ce phénomène particulier, remarqué durant les années 60, a donné lieu à l’expression gogatsu-byô, littéralement, “la maladie ou blues de mai”. 

Le printemps est synonyme d’un nouveau départ… 

Le saviez-vous ? Au Japon, l’année scolaire ne débute pas en septembre, après deux mois de vacances d’été, mais avril, après à peine deux ou trois semaines de vacances en mars avant que les élèves ne passent à l’année suivante. Le système de recrutement traditionnel, ainsi que l’année fiscale d’un bon nombre d’entreprises japonaises, se sont calqués sur cette dernière. C’est au printemps que les jeunes diplômés font leurs premiers pas dans le monde du travail et que les mutations entre département ont lieu.

Il n’est pas difficile de comprendre l’attachement des japonais pour la floraison des fleurs de cerisiers. Cette période qui rappelle la beauté éphémère de la nature accompagne les élèves qui reprennent le chemin des classes tandis que les jeunes salariés découvrent leur entreprise.

L’arrivée du printemps est synonyme de nouveau départ, de transition, attendue, appréhendée, durant laquelle beaucoup de japonais prennent leurs marques dans un nouvel environnement : nouvelle école, nouvelle entreprise, nouvelle équipe, nouveau lieu de vie. Car c’est aussi une période de déménagement

Plus qu’au nouvel an, au Japon les bonnes résolutions se prennent au printemps. 

… et donc d’enjeux.

Mais l’excitation de la nouveauté, l’importance d’une sorte de rite de passage, place haut les enjeux et peut donner lieu à une forte inquiétude. Et avec elle, s’installe une mélancolie qui peut tourner à la dépression chez les personnes les plus fragiles ou buttant sur des difficultés à l’école ou au travail. 

Cette déprime saisonnière s’accentue bien souvent après la Golden Week, une semaine de jours fériés plus ou moins longue en fonction du calendrier de l’année, qui marque le passage de avril à mai. Il faut dire que le mois de mai apparaît alors interminable, le Japon n’ayant pas de jour férié avant la fin du mois de juillet. L’excitation fait place au train-train, parfois décevant après tant d’espérance. 

Gogatsu-byô : un blues du mois de mai, des étudiants aux travailleurs

C’est dans les années 1960 que l’expression gogatsu-byô, littéralement « mois de mai » et « maladie », est apparue pour décrire l’état dépressif des étudiants quelques semaines après leur rentrée universitaire. Dans le Japon de l’après guerre, les japonais se mettaient une pression monstre pour réussir les durs concours d’entrée, car être admis est alors la garantie d’un emploi à vie à la sortie. Les médecins de l’époque constatent que de nombreux étudiants s’effondrait mentalement quelques semaines après avoir réussi leur objectif. C’était une forme de burn-out, caractérisé par un épuisement mental et physique, avec une léthargie à l’université pouvant aller jusqu’au retrait complet de la vie sociale.

Au fil des décennies, l’expression qui n’est pas officiellement reconnue par la médecine, mais largement comprise et utilisée par les japonais, s’est élargie pour parler de tous les phénomènes d’épuisement, d’anxiété, de dépression, dans les écoles, universités et entreprises, qui amènent le Japon à enregistrer un très grand nombre de suicides chez les jeunes et les salariés entre mars et mai. Si le Japon est encore à la traîne pour la prise en charge des troubles psychologiques, cette période est tout de même marquée par plus de vigilance de la part des établissements scolaires et des entreprises, ces dernières organisant souvent la visite médicale annuelle du travail entre avril et juillet. 

Une rentrée en septembre pourrait-elle faire disparaître le gogatsu-byô ?

La pandémie de coronavirus a complètement chamboulé cette transition pour les élèves et les jeunes salariés. Si la majorité des élèves doivent reprendre le chemin des classes au premier juin, l’année 2020 sera difficile à rattraper. Quant aux jeunes recrues, beaucoup n’ont pas pu faire leur rentrée professionnelle, ou du moins, pas dans les meilleures conditions… 

Cette situation inédite et difficile à vivre a donc de quoi déprimer les plus fragiles socialement et économiquement. Et pourtant le Japon a noté une baisse spectaculaire du nombre de suicides pour le mois d’avril: – 20% par rapport à 2019. Dans un récent sondage, les japonais ont déclaré être bien moins stressés. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, le confinement, en mettant le holà à cette période de transition, a réduit le phénomène du gogatsu-byô. L’état d’urgence a aussi révélé que les japonais semblent tenté de changer leur mode de vie, avec 60% des salariés déclarant être en faveur du télétravail. 

Ce bouleversement du calendrier scolaire a donné de quoi réfléchir au ministre de l’Education japonais, qui a (re)mis sur la table un plan pour repousser de manière pérenne la rentrée scolaire et universitaire à septembre pour enfin s’aligner sur les systèmes universitaires étrangers. Cette refonte, à la fois attendue et décriée, permettrait aux étudiants japonais de faire des échanges universitaires à l’étranger plus facilement.

Elle pourrait aussi mettre fin au recrutement traditionnel et pousser les entreprises japonaises à enfin changer leurs méthodes de recrutement, plus tellement adaptées au marché du travail aujourd’hui.

Si le calendrier japonais devait changer et ouvrir la porte à plus de flexibilité, tant dans le milieu scolaire que professionnel, l’expression gogatsu-byô perdrait sans doute quelque peu de son sens, tout au moins dans le sens précis de blues de mai.

Malheureusement, la majorité gouvernementale semble avoir décidé de s’opposer à ce projet avec pour argument que le symbole de la floraison des fleurs de cerisier est culturellement trop précieux pour remettre en cause le calendrier. Ça, et le fait que cela très coûteux à mettre en place.

Vocabulaire japonais

Japonais Romaji Français
五月病ごがつびょう gogatsubyou Blues du mois de mai
ochikomu Être déprimé
ストレス sutoresu Stress
精神病せいしんびょう seishinbyou Trouble psychologique
くるしい kurushii Douloureux, pénible
無気力むきりょく mukiryoku Léthargie
プレッシャー puresshaa Pression (sociale)

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1 Comment

  1. Répondre

    Crisitane Jeforu

    1 juin 2020

    Encore un point commun entre les Antilles et le Japon. Le mois de mai a été, pour moi, le mois le plus difficile car la chaleur ré-augmentait après une période d’hivernage et avant la saison des pluies commençant en juillet.
    Mais rien à voir avec une pression quelle qu’elle soit !
    Vous pouvez souffler, le mois de juin a commencé.
    Qu’il vous soit favorable !

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