J'attendais avec impatience l'arrivée du mois de mars, le printemps, les fleurs... Et surtout la fin de notre contrat de location ! Depuis plus de 6 mois, j'épluchais avec attention les annonces immobilières de mon quartier, lorgnant sur des appartements plus grands. J'étais prête à dévaliser Ikea avec un objectif en tête : notre déménagement.

Depuis mon installation à Tokyo, j’ai eu l’occasion de déménager une fois en urgence. Ce déménagement fut épique, dur à vivre et drôle en y repensant. Depuis, l’eau avait coulé sous les ponts et j’étais fin prête à retenter l’expérience.

Plus grand, toujours plus grand !

Avec mon mari, je vis dans un studio de 26 m2, à proximité d’une route majeure de Tokyo. Mon quartier est maudit, puisque depuis presque 2 ans, nous vivons au rythme des travaux de nuit. Je ne parle pas là de quelques coups de marteau. Non. Les ouvriers dégomment le bitume avec joie et allégresse de 20 heures à 2 heures du matin, pour y faire Dieu sait quoi entre 2 heures et 4 heures, puis ils rebouchent la route avec la satisfaction du travail accompli entre 4 heures et 6 heures. Et le soir suivant, c’est reparti pour un tour de manège.

Mon mari avait prévu de revenir de sa mission à l’étranger en mars et notre bail prenant fin en juin, je pensais tenir là l’occasion parfaite. Celle d’un déménagement vers un nid plus comfortable.

Budget et préférences à l’esprit, c’est avec naïveté que nous avons fait nos premiers pas dans l’univers impitoyable des agences immobilières japonaises. Ma première expérience n’avait pas exactement été fructueuse. Je l’avais mise sur le compte de mon japonais très limité d’alors. Ma foi, avec le recul, c’est peut-être pire que de parler la langue couramment.

Après des expériences très désagréables et des visites décevantes, nous avons jeté l’éponge et décidé d’améliorer le confort de notre studio. Retrospective d’une étape éprouvante de ma vie tokyoite.

Visiter un appartement à Tokyo: plus difficile que de sauter dans un cercle en feu?

À force, je connais les sites SuumoChintai et Athomes comme ma poche. D’ailleurs, ils me connaissent moi aussi tellement bien qu’aujourd’hui encore je vois leurs publicités absolument partout sur les réseaux sociaux sur lesquels je suis présente.

Des semaines durant j’ai épluché les petites annonces, tentant vainement de démêler le vrai du faux. Les agences immobilières japonaises ont une fâcheuse tendance à mal indiquer les adresses, à créer de fausses annonces ou mettre des photographies trompeuses pour attirer la clientèle. Le but est bien évidemment de vous faire prendre rendez-vous pour vous annoncer, l’air de rien, que le bien n’est pas disponible. Mais qu’ils ont mieux à vous proposer (sic).

Avec mon mari japonaise, nous esquivons les rendez-vous en agence. Nous demandons à visiter l’appartement directement. Conséquence de quoi, nous avons eu beaucoup de « désolé, mais cet appartement n’est pas disponible à la location ». Deux mois plus tard, l’annonce est bien sûr toujours en ligne.

Être étranger équivaut à se tirer une balle dans le pied.

Lorsque les annonces ne sont pas fausses, les propriétaires ne sont pas « gentils avec les étrangers ». Euphémisme employé par l’un de nos agents, cherchant à m’expliquer la situation avec tact. Au total, une douzaine de visites nous ont été refusées en raison de ma nationalité. Mon mariage avec un citoyen japonais n’y changeait rien. Être française (parce que le racisme au Japon varie selon votre origine) non plus. Avoir un CDI, non plus.

La pire expérience que nous ayons vécu eut lieu dans une petite agence de Nakano. À la suite d’une visite particulièrement décevante d’un appartement (l’agent a cassé la cloison au passage…) nous nous sommes retrouvés assis dans son étroite boutique. L’air était étouffant. La radio allumée diffusait une musique techno à provoquer une crise d’épilepsie même aux amateurs. Deux autres couples se trouvaient assis aux autres bureaux, pour une ambiance très… Intime. Le jeune agent tentait de nous pousser vers des locations sans vraiment écouter nos besoins. L’horreur débuta lorsqu’il pris le téléphone pour appeler un à un les propriétaires devant nous.

L’humiliation.

– Bonjour, excusez-moi de vous déranger. Oui, voilà, j’ai un couple intéressé par votre location… Il faut que je vous prévienne, c’est un japonais marié avec une étrangère. Ah… Je vois. Mais elle est russe. Non? Vraiment pas? D’accord.

Véridique, l’agent s’est trompé de nationalité au cours de son laïus, devant mes yeux écarquillés.

– Oui, allô. Je vous contacte au sujet de votre location. C’est un couple marié et je dois vous informer que l’épouse est russe… Très bien… Merci de votre temps.

Véridique. Il s’est planté de nationalité une seconde fois.

Mon mari, excédé, lui a rétorqué que sa femme était française et que nous n’avions plus le coeur à faire des visites après une telle scène. Nous nous sommes levés et sommes partis mortifiés.

 

Déménagement au Japon: attention au calendrier !

Toutes les agences avec lesquelles nous avons effectué nos recherches d’appartement nous l’ont répété. Nous nous y sommes pris trop tardivement. Les locations disponibles étaient très limitées. En effet, au Japon l’année fiscale, scolaire et professionnelle est en avril. Les japonais déménagent donc plutôt de décembre à janvier. Ensuite, pour citer un agent, « il ne reste plus aucun appartement bien ».

Notez donc que vouloir organiser son déménagement après avril, ça pue.

 

Louer un appartement à Tokyo ou l’éloge de la ruine.

Excédée par la nullité des agents, j’ai opté pour ne faire confiance qu’à une seule personne, une japonaise très sympathique et anglophone. Au moins, j’ai pu faire des visites plus agréables en sa compagnie. Cependant, les appartements ne nous convenaient pas vraiment… Et vient la question du coût exorbitant d’un déménagement à Tokyo.

– Et donc, vous êtes au courant que ça va vous coûter cher ? Ça va aller ?

– Ce n’est pas comme si on avait vraiment le choix, n’est-ce pas…

Silence. Je l’ai auparavant mentionné, mais au Japon, pour un déménagement il faut payer :

  • 敷金 : une caution de un à trois mois de loyer (dont vous ne reverrez pas toujours la couleur…).
  • 礼金 : un cadeau, de un à trois mois de loyer, offert au propriétaire.
  • Frais de clefs (je vous vois rouler des yeux, éberlués !) : un à deux mois de loyer.
  • Frais d’agence : un mois de loyer.
  • Nettoyage dans certains cas : jusqu’à un mois de loyer.
    Il faut aussi payer le nettoyage de l’appartement que vous quittez (dans mon cas, 30,000 yen).

De quoi en perdre la tête. Mais nous êtions prêts à casser la tirelire pour une piaule et un salon.

Quand soudain…

– Au fait, je ne vous ai pas dit mais, *tousse*, bon… Même si la famille de votre mari se porte garant pour lui, il vous faudra très certainement signer un contrat avec une société de garants. Vous comprenez, pour rassurer les propriétaires.

– Kezako?

 

– En général, vous payez cette société lorsque votre dossier est accepté. Très probablement un mois de loyer, pas plus! Mais il faut payer tous les ans.

Voici une estimation du coût du déménagement pour l’une des locations qui nous intéressait.

  • 敷金: 110,000 yen
  • 礼金 : 110,000 yen
  • Agence : 110,000 yen
  • Garant : 110,000 yen
  • Premier mois de loyer : 110,000 yen
  • Nettoyage de l’appartement que je quitte: 30,000 yen

*Bruit de caisse enregistreuse* : 580,000 yen (4750 € pour emménager, sans compter les frais d’une entreprise de déménagement)

Ce fut la goutte de trop et nous avons lâché l’affaire du déménagement. Du moins pour un moment. Alors certes, notre appartement est petit, mais petit c’est cosy !  Et l’on y vit ma foi, pas si mal que cela !

Gallerie

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10 Commentaires

  1. Répondre

    Vieux geek

    8 novembre 2017

    Et dire que les locataires se plaignent en France… Bon courage à vous, et sympathique blog que j’ai découvert ce matin. 🙂

    Sinon, après avoir regarder deux trois blogs du même genre, les apparts dans cette région sont essentiellement des petites superficies j’ai l’impression ?

    • ameliemarieintokyo

      24 novembre 2017

      Bonjour! Désolée du délai dans ma réponse :). Alors, oui je trouve les surfaces des logements assez petites. Ou plutôt disons qu’on a du mal à trouver l’entre deux! Beaucoup de studio de 25m à peine et ensuite des grands appart de plus de 60m mais totalement hors de prix pour nous. Trouver un 35/40m au centre de Tokyo, dans notre budget, fut pas mal un parcours du combattant. D’ailleurs les Tokyoites se plaignent et il n’est pas rare de voir des quartiers afficher « non aux immeubles de studio » « stop construction de petites surfaces » car cela force souvent les familles à « s’exiler » en banlieue.

  2. Répondre

    Bella

    26 mai 2017

    Eh bien, c’est un vrai parcours du combattant ! Je n’aurais pas pensé que ça allait être aussi difficile et cher de déménager au Japon. En tout cas, j’espère que vous trouverez un bien immobilier assez rapidement. Bon courage pour la suite.

  3. Répondre

    ngee24

    4 mai 2017

    Je connaissais déjà ce genre de problème au japon, mais c’est un article qui permet de bien voir les frais engendrés pour changer d’appartement. Après soyons clair, à Paris c’est pas forcément beaucoup mieux, le racisme existe (on m’a dit plusieurs fois que vue que j’étais pas noir je pourrais avoir l’appartement), l’homophobie (je cherchais des appartement avec un ami on est tous les deux hétéros on voulait une coloc mais on c’est fait refuser pleins d’appartement clairement car ils pensaient qu’on été gay). Et faire des visites à 3 pour un appartement ça serait le rêve la plus part du temps on est des dizaines (parfois même des centaines j’ai vécu des situations cauchemardesques de visite d’appartement ^^) et bon nombre de gens restent à la fin des visites pour filer une petite enveloppe discrètement à l’agent immobilier… les cautions sont souvent bouffés aussi, et pour les garants on demande l’impossible (on m’a déjà demandé deux garants alors, que mon garant gagnait correctement sa vie et moi aussi, mais que « ‘mon dossier aurait plus de chance d’aboutir si j’avais deux garants sinon… », et que bien sur il faut sur le papier gagner 3 fois le loyer avec un loyer à 900 euros pour un 35m² tout le monde ne gagne pas 2700 euros ^^. J’ai une amie qui gagne 4000 euros net par mois, elle galère pour trouver un appartement sur Paris juste car elle n’a pas de garant et qu’elle n’a pas ses 3 fiches de salaires (elle revient de l’étranger), si 4000 euros net n’est pas suffisant pour payer un loyer on est mal ^^

    Après c’est clair que comparé à Tokyo l’argent à sortir au début n’est pas aussi conséquent (de l’argent perdu en plus) mais on est pas si loin au final c’est désolant. J’ai des amis expatriés dans d’autres pays qui ont les même problèmes, où ils doivent sortir 6 mois de loyer à l’avance pour avoir un appartement même en gagnant bien sa vie. Loin de moi l’idée de défendre le japon mais c’est juste pour dire que ce genre de pratique est hélas assez démocratisé dans pas mal de pays et que c’est vraiment pas la joie de se loger dans les grandes villes 🙁

    En tout cas merci pour cet article détaillé 🙂

  4. Répondre

    nemuyoake

    3 mai 2017

    Et beh, ça fait peur ! Les prix et surtout les réactions des gens et des proprio… C’est étonnant qu’à Tokyo ils soient si méfiants et si « racistes » alors que c’est beaucoup plus facile de trouver à la campagne quand on est étranger (j’aurais parié sur le contraire). Bon, il a fallu que j’ai un garant japonais, c’est sûr, mais je n’ai pas dû galérer comme ça. J’espère que vous trouverez un jour ce que vous cherchez… L’année prochaine ?

  5. Répondre

    Camomille

    3 mai 2017

    Incroyable!! C’est scandaleux cette discrimination… ça me désole que ça soit aussi répandu là bas, qu’il y ait encore tant de retard là dessus! Ça me désole aussi pour toi et les autres étrangers qui vivent au Japon… Et aussi, c’est dingue que ça coûte aussi cher, mais comment des gens de classe populaire ou moyenne peuvent arriver à déménager au Japon? Il est pas mal votre appart actuel, mais avec les travaux de nuit, je comprends que vous n’en pouviez plus!

    • Damax

      3 mai 2017

      Salut
      Sur tout les sites de recherche, tu peux demander sans garantie (敷金) et sans cadeau au propriétaire (礼金).
      Avec ça tu trouves des logements certainement mal situé et/ou de qualité discutable mais tu peux dormir sous un toit.
      Les moins chère possible (20000~25000 yen, 160~200 euro) sont rarement avec salle de bain donc c’est bain public tout les jours … c’est mon point de non retour.
      Pour 40000 yen (330 euro), il y a un bain/douche/toilette. À ce prix là c’est: 40000 (loyer d’avance) + 20000 (agence Able (50%)) + 40000 (agence de garant) + 20000 (frais de clé/serrure, …) = 120 000 yen (980 euro).
      Pour des petits budgets ça reste difficile mais faisable.

      Quand j’ai déménagé de mon studio pour plus grand, j’ai tout fais par Yamato Kuro Beko car c’est peu chère (2000 yen par carton et 2500~3000 le futon) et surtout le livreur est venu jusqu’à mon studio, pas besoin d’aller au bureau de poste.

  6. Répondre

    Damax

    2 mai 2017

    Chez Able エイブル c’est un demi mois de frais d’avance. Pour le garant, la 2ieme année j’ai payé que 10000 yens. Le plus souvent les frais de nettoyage sont pris sur le shikikin. Quand on a de la famille japonaise, l’un des membres peut faire office de garant mais c’est pas simple.
    Personnellement, j’ai visité 4-5 appartements et fait une seule demande qui a été acceptée.

    • ameliemarieintokyo

      3 mai 2017

      Bonjour! Oui j’avais regardé chez Able qui est un poil plus souple! Malheureusement ils n’avaient rien dans les quartiers qu’on visait (rapport au trajet maison – travail) :/. Pour l’histoire du garant, le propriétaire était intraitable (j’ai beau avoir mes beaux-parents ET ma belle-soeur, il voulait une entreprise, gnagnagna).

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