En France, il ne me serait sans doute pas venu à l'esprit de rejoindre un club, pour la simple raison que j'ai toujours vécu au même endroit (et quasiment dans le même quartier !). Entourée de ma famille, de mes proches amis, de mes potes de fac, ce réseau de relations était bien suffisant et rendait superflu alors, d'en développer de nouvelles. Si mon installation au Japon a été plutôt facile, recréer un tel réseau le fut beaucoup moins.

Aimant particulièrement le sport, j’ai été tentée de choisir pour titre « un club sportif ». Cependant, je dois en convenir, qu’il s’agisse de culture, de sport ou de volontariat, le résultat est le même : se sentir mieux intégrée et retrouver une communauté. 

Rompre l’isolement de l’expatriation

C’est là le lot de n’importe quel expatrié, quel que soit le pays. Je suis même tentée de dire que changer de région en France a pour conséquence un certain isolement au début (barrière de la langue en moins). Il faut alors prendre sur soi et aller au devant de rencontres. Cela commence souvent par l’école, l’université ou son entreprise. Mais nous n’avons pas nécessairement des affinités pour nos camarades ou collègues. Par ailleurs, si j’adore mes collègues, je n’ai pas forcément envie de passer mon weekend avec eux.

Grâce à internet, il est désormais relativement aisé de faire connaissance avec les expatriés des environs, qu’ils soient français ou étrangers. Passer par sa langue maternelle ou l’anglais facilite les rencontres. L’expérience commune (« vivre à l’étranger ») permet de forger de nouvelles amitiés.

Est-ce judicieux de se faire des amis français ?

J’ai pu lire, et je le comprends parfaitement, beaucoup d’objections à se faire des amis français.

La plus récurrente est ce risque qu’il y a à s’enfermer dans une bulle linguistique et culturelle. En fréquentant les siens, il peut-être tentant de ne pas faire l’effort d’aller vers les locaux et d’apprendre d’eux. Qu’on ne se trompe pas, pour moi c’est loin d’être une solution de facilité, ce que j’ai pu parfois lire à regret. Partir vivre à l’étranger n’est absolument pas facile. C’est une épreuve que l’on vit tous différemment. Certains, plus que d’autres, auront besoin du soutien d’une communauté qui les comprend.

Malgré la présence de mon mari et de sa famille, me faire des amis français précieux a été crucial dans mon expérience de vie au Japon. Ma qualité de vie d’aujourd’hui n’a vraiment rien avoir avec ma première année. D’ailleurs, c’est par ces amis que j’ai pu rencontrer beaucoup de japonais en dehors du travail. 

Comment se faire des amis japonais ?

Se faire un réseau de contacts et d’amis locaux peut se révéler plus ou moins difficile. Cela dépend aussi beaucoup du contexte : 

– études ou travail ? 

– camarades (collègues) étrangers ou japonais ?

– en ville ou en campagne ? 

– appartement en solo ou colocation ? 

– personnalité plutôt timide ou sociable ?

Autant de facteurs qui influencent une insertion plus ou moins réussie avec la communauté locale. 

Je pense que c’est d’autant plus complexe au Japon, que le ciment des relations est le sentiment d’appartenance à un même groupe. La compréhension de ce facteur est sans doute essentielle pour une bonne intégration et rencontrer des japonais. 

Rejoindre un club, c’est rejoindre une communauté. 

Si j’ai mis plusieurs années avant de me prendre par la main et de m’inscrire dans un club (motivée à la fois par le lien social et l’envie de bouger) c’est bien parce que je craignais un peu l’investissement que cela requiert (ainsi que le niveau de langue). Cela dépend bien sûr du type de club, mais s’inscrire équivaut à s’investir pleinement dans le groupe, à participer aux évènements, à boire un coup avec tout le monde, à fournir du temps et de l’aide lorsqu’il le faut et ainsi de suite. 

Pour moi, ce fut vraiment une très bonne décision. C’est difficilement explicable, mais entrer dans mon club m’a fait ressentir cette distinction entre les concepts de uchi (intérieur, l’appartenance) et soto (extérieur, qui n’appartient pas) qui dominent les relations sociales au Japon. 

Je tâtonne encore aujourd’hui à comprendre l’amitié telle que perçue par les japonais.

Ai-je réussi à me faire des amis japonais – à l’exception faite des partenaires d’amis français ? 

Si je me fie à mes repères français, pas vraiment. Je ne crois pas avoir d’amis japonais avec qui je puisse avoir une de ces conversations qui comptent, que je puisse épauler quand ça ne va pas, ou qui m’épaulent en retour, dont je connais les proches et la vie et avec qui nous échangeons des nouvelles régulièrement. 

En revanche, si je suis les repères que je commence lentement à me faire au Japon, la réponse est bien plus nuancée. Ce n’est bien sûr là que mon expérience personnelle que je relate et ce que j’observe avec mon mari et ses amis. Je ne souhaite pas être maladroite, mais la question me taraude depuis longtemps.

Ma première impression est que les japonais sont capables de créer des liens très forts sans nécessairement aller en profondeur, sans investir une part de leur vie privée dans ces relations. C’est-à-dire des amis dont on ne connait peut-être quasiment rien de leur vie, de ce à quoi ils croient, de ce qu’ils aiment. C’est étrange, compartimenté presque. Ce n’est pas dénué d’affection, au contraire. Lorsque mon mari retrouve ses anciens de promo, il est évident qu’ils s’aiment. Pourtant, si je lui pose des questions  à leur sujet, ce qu’ils deviennent, leurs familles, il n’est pas vraiment capable de me répondre de manière sûre. 

Ce sont des liens qui résistent très bien au temps ainsi qu’à l’éloignement physique. Il retrouve une fois tous les 2 ou 3 ans des amis de l’école primaire. Pendant tout ce temps, ils ne s’échangent quasiment aucun message, aucun appel, aucun courrier. 

Ces amitiés sont des affinités fixées à un moment de leur histoire (« nous nous entendons bien ») et qui ne vieillissent pas. Elles sont intemporelles et n’ont besoin de rien pour être nourries, là où, moi en tant que française fraichement débarquée, je cherchais le ressenti de l’échange intime et un investissement dans la relation.

Depuis que j’ai rejoint mon club, ma compréhension de l’amitié à la japonaise (et de l’importance du groupe avant tout !) s’est grandement améliorée.

Ce sont des personnes que j’aime beaucoup, que je suis ravie de revoir chaque semaine. J’attends avec impatience les sorties pour trinquer et échanger sur tout et rien. En dehors du club et de leur intérêt pour la boxe et le sport, je ne sais pas grand chose d’eux, mais ce n’est peut-être pas tant que cela nécessaire. 

Cette expérience m’a fait réaliser à quel point rejoindre un club offre un bon soutien moral pour les expatriés au Japon. J’ai pu en discuter avec une collègue qui a rejoint une chorale religieuse et un ami universitaire qui lui, se rend tous les weekends dans une association distribuant de la nourriture aux SDF de Tokyo. Tous font ce même constat : il peut paraître difficile de faire le premier pas et la barrière de la langue est sans doute un frein au début. Mais très vite, la gêne s’efface pour profiter pleinement de l’expérience inestimable de cette intégration dans un groupe de japonais. 

 

Appartenez-vous à un club – en France, au Japon ou ailleurs ? Quelle est votre expérience ?

 

 

ameliemarieintokyo

Éditeur web basée à Tokyo depuis 2013, travaillant dans la communication et le marketing. Passionnée d'écriture, de nature curieuse et sensible, j'apprécie particulièrement de mettre en scène mon quotidien nippon et de partager mon expérience de la société japonaise.

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4 Commentaires

  1. Répondre

    Jordy Meow

    10 mars 2019

    Très instructif cet article, merci ! Un sujet finalement peu discuté mais tellement essentiel pour les expatriés… et d’autant plus quand on est freelance.

    Je cherche toujours un club à rejoindre mais je ne suis pas sûr de parler aux autres si c’est du sport (et j’ai des problèmes d’audition dans les environnements bruyants, si il y a de la musique notamment). Je me suis proposé à la mairie pour faire du bénévolat en semaine (je rêvais de travailler pour une école, ou donner des cours d’info ou de photo) mais on me m’a proposé que des missions avec des petits vieux chez eux. J’avais aussi tenté l’application Meetup qui est censé rassembler autour d’un même hobby, mais elle a l’air peu utilisée par les locaux.

    Si tu as le temps, un jour, n’hésites pas à partager une liste de clubs à Tokyo (ou au Japon) et/ou les types de club qu’il est possible de rejoindre pour un étranger. Ça serait très intéressant 🙂

    • ameliemarieintokyo

      14 mars 2019

      Merci beaucoup !

      Je comprends ton point de vue – j’ai une mauvaise audition aussi (high five ! ah ah) donc quand ils mettent la musique à fond j’ai un peu du mal à suivre. C’est dommage côté bénévolat (non pas que les petits vieux ne méritent pas notre attention). J’avais été très surprise de découvrir que les écoles japonaises semblent frileuses à l’idée d’accueillir des bénévoles étrangers (nous avions fait des démarches avec mon école de japonais et ça avait été très dur pour un résultat mitigé).

      Je note et j’espère avoir le temps de m’atteler à cette tâche (vaste programme…).

      J’espère que tu trouveras quelque chose qui te botte !

  2. Répondre

    Anne Sophie

    10 mars 2019

    Adhérer un club m’a beaucoup aidé et apporté.
    Selon ton conseil je me suis lancé dans le kickboxing j’adore ça.
    J’ai depuis changé de club et participer aux événements de ce nouveau club m’a permis de me faire quelques bons copains ^^

    • ameliemarieintokyo

      14 mars 2019

      Je suis super contente pour toi ! 🙂

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