Alors que nous venions de nous poser à Naha, nous avons réalisé, qu’en bons couillons, nous avions oublié le carton d’invitation avec toutes les informations relatives à la cérémonie. Tout au plus, je me rappelais l’hôtel où nous devions nous rendre.

« – Voyons, contacte donc tes amis, tu dois bien connaître quelqu’un ici qui saura nous aider ! – Mais je sais pas qui vient ! Olalala, olalala, que faire ». Le mari panique un peu et parcourt les contacts de son téléphone. Longtemps à avoir eu un vieux téléphone portable sans applications de messagerie et peu présent sur les réseaux sociaux, il s’est retrouvé de fait un peu exclu des conversations groupées de copains.

H. à notre rescousse

Finalement, il se rappelle de H. qu’il arrive à joindre via Messenger. Après quelques minutes d’attente insoutenable, apparaissent les trois points de suspension salvateurs. Quelques messages plus tard, le téléphone sonne. H. est un homme pratique et puisque nous venons d’arriver, autant se voir !

« – On s’apprête à aller manger (…) Amélie veut manger du taco rice alors on se dirige vers un restaurant dont c’est la spécialité. Oui, oui. Dans 15 minutes ? Ok ! ». Il raccroche.

  • Excellente référence pour un délicieux taco rice : Lucky Tacos

« – Il est en chemin, il arrive dans 15 minutes. – 15 minutes… – … … Donc en fait, autant dire 1 heure ». On part dans un éclat de rire complice. Les habitants d’Okinawa sont aux japonais ce que sont les latins aux allemands. Leur interprétation du temps qui passe est pour le moins approximative. C’est la philosophie du on arrive, lorsqu’on arrive, ni plus tôt, ni plus tard. De fait, on se retrouvera 45 minutes après le coup de fil, après que nous ayons mangé, alors que nous attaquions notre dessert : un cornet de glace Blue Seal.

H. respire la bonté et la gentillesse. Il est très drôle, serviable, sensible. Et célibataire. Comme la majorité des amis hommes de mon mari le sont. Je songe souvent que c’est fort regrettable, car ce sont, du moins en apparence, de chic types, au physique loin d’être désagréable et qui ont, semble-t-il, tout pour eux. Avant de fermer cette parenthèse, je me dois d’ajouter que les japonaises de nos connaissances sont aussi dans cette même situation. Je n’exclus bien sûr pas la question de l’homosexualité (délicate aujourd’hui au Japon) dont on évite de faire mention même avec ses proches amis.

Une soirée à Naha

Assis à l’une des tables du glacier Blue Seal nous échangeons des nouvelles et nous parlons du mariage de demain. H. se propose de passer nous prendre avec sa voiture. À Okinawa, la voiture domine largement le paysage. Ça va de pair avec la supposée farniente locale. En effet, les japonais de l’île principale ont, entre autres, comme préjugé que les habitants des îles Ryukyu sont paresseux et n’aiment ni marcher, ni travailler. Ces préjugés, qui prennent racine dans le complexe de supériorité aux relents de racisme des japonais à l’égard des ethnies dont ils ont volé les territoires, sont bien évidement totalement infondés.

Nous achevons la soirée avec une petite balade dans ce quartier très animé. H. nous amène au yatai-mura, c’est à dire village de yatai (stands mobiles qui vendent de la nourriture à manger sur le pouce). Ici point de mobilité, cependant l’atmosphère est chaleureuse et les lieux bondés de clients assis sur des tabourets autour de petites tables, mangeant des brochettes de poulet, des edamame et autres mets d’apéritifs, tout en buvant de la bière.

Nous poussons plus en avant dans les ruelles aux alentour. Notre ami nous fait découvrir des petits bars cachés. L’ambiance rappelle un peu Golden Gai à Shinjuku. Derrière les portes, le son étouffé des chants de karaoke nous parvient…

Naha est souvent critiquée pour être sans intérêt, une ville grise et moche. Mais moi, elle me plait cette ville et ses vieux immeubles décrépis, conséquence de l’histoire et faute de moyens financiers. Elle respire un peu la pauvreté, mais absolument pas la tristesse.

La misère du petit déjeuner

Après une chouette soirée à Naha, nous avons rejoint notre moins chouette, mais néanmoins raisonnablement confortable chambre d’hôtel pour une nuit réparatrice. Au programme de la matinée, nous promener, manger et prendre notre temps pour nous préparer. Nous n’avions pas fait de plan particulier pour notre weekend – l’idée était vraiment de se reposer et de simplement profiter d’être loin du stress tokyoite.

Néanmoins, j’avais en tête de faire quelques restaurants dont j’avais eu des échos. C’était oublier qu’au Japon, popularité rime avec galère.

Mon premier choix était l’hôtel Daiichi et son petit déjeuner très traditionnel avec 50 plats. Je n’avais pas réalisé qu’à moins d’y séjourner, il fallait réserver une table au moins un jour à l’avance. Déçue mais pas découragée, j’opte en second choix pour Marutama, à deux pas de notre hôtel. Le pas léger, l’estomac dans les talons et le coeur vaillant, on se met en marche alléchés par la perspective d’un très bon casse-croute… Pour trouver porte close. Victime de son succès, le restaurant a épuisé son stock, alors qu’il est à peine 10 heures.

Alors que nous regardions avec tristesse le menu affiché, nous sentons une présence derrière nous. Mon mari se retourne et reconnait avec surprise l’une des amies du cercle d’Okinawa. « – Oh non, c’est fermé… – Oui, incroyable n’est-ce pas ? ». Je sens le nippon mal à l’aise, et finalement, nous prenons des chemins différents. « – Bah alors ? – Je ne me rappelle plus comment elle s’appelle… Que c’est embarassant ! ».

Ohacorte Bakery est fermée pour rénovation et, lassés de tourner en rond, j’opte pour laisser tomber les références prisées et aller au hasard dans les environs.

La meilleure omerice de ma vie

Kurisutaru ne paye pas de mine. Allure de vieux café un peu poussiéreux et d’une décoration douteuse, entre photographie de forêt, tableau de nature morte et petits anges en porcelaine posés dans un coin. La salle est un peu sombre. Les tables en bois vernu à l’usure visible, sont massives et semblent avoir été faites à l’intérieur même du restaurant.

Nous sommes accueillis par le propriétaire des lieux, un peu bougon, comme dérangé alors qu’il regarde la télévision. Il s’agit d’une émission pour les enfants sur les métiers qu’ils peuvent choisir pour leur futur. « – Tu te rends compte ? Le chômage est tellement fort ici que les enfants n’ont pas vraiment de repères de carrière et qu’il faut ce genre de programme ! ». Les métiers du tourisme sont particulièrement mis en avant et l’on apprend qu’il faut avant tout « sourire au client, même si ce sont des étrangers et qu’on ne comprend pas ce qu’ils disent ».

Le menu écrit à la main est difficilement lisible, mais déjà je porte mon choix sur une omerice – une omelette qui enveloppe du riz, avec une soupe miso. Fidèle à son habitude, mon mari opte pour du curry, parce qu’à midi ou à minuit, le curry c’est la vie. Le café nous arrache des grimaces, mais c’est satisfait et repus que nous repartons pour une balade dans les rues animées du centre ville.

Se faire beau !

De retour à l’hôtel, en nage et les jambes raides de notre longue balade, on enfile nos parures de fête. Si le mari est prêt en 10 minutes chrono, je tergiverse quant à porter ou non un soutien-gorge. Quand même, ma robe est plus jolie sans, mais être la seule étrangère parmi les invités équivaut à être sous les projecteurs. Je remballe mon courage et opte pour rester sage. Un choc culturel à la fois s’il vous plait. Un coup de rouge sur les lèvres plus tard et nous empruntons l’ascenseur pour sortir de l’hôtel et attendre notre généreux chauffeur.

Mon mari, que le port de la cravate exaspère, ronchonne qu’il fait tout de même un peu chaud. Non vraiment, a-t-on besoin d’être ainsi attifé ? Oui, vraiment. Je lève les yeux au ciel. « – Dès que vous aurez un coup dans le nez, tu pourras l’enlever, va ! ». H. nous fait signe depuis la route, nous prend au vol et nous voilà partis sur les routes de Naha.

« – Je m’excuse, mais je dois faire un saut à un supermarché. Après il faut que je prenne T. à son hôtel. ». H. porte une chemise de style kariyushu, inspirée des vêtements traditionnels du royaume de Ryukyu. Le mari s’écrie « – J’aurais pu porter cela au lieu de mon costume ! ». Ce à quoi H. répond en riant « – Mon costume est dans le coffre, tu penses donc bien que je ne vais pas me rendre au mariage ainsi ! ». Banane, va !

Au supermarché, H. achète des CD-rom vierges. Il se trame quelque chose, mais je perds le fil de la conversation. Puis, c’est avec le retard prévu que nous passons prendre notre dernier passager. Nous voilà enfin en route pour l’hôtel où se déroulera le mariage…

(À suivre…).

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3 Comments

  1. Répondre

    Béné no Fukuoka !

    28 novembre 2018

    Du tacorice ! Youpi !

    • ameliemarieintokyo

      13 décembre 2018

      Je savais que tu allais apprécier 😉

  2. Répondre

    Dides

    18 novembre 2018

    J’adOre te lire ! Vivement la suite ! Tu pourrais écrire un roman, je suis sur que tu aurais du succès !

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