Ma journée de travail à Tokyo

Récemment en période d’essai dans une école de langue à Tokyo, j’ai découvert le monde du travail à la japonaise et avais déjà fait le point sur cette expérience dans un précédent article. Ayant plutôt bien réussi la transition, je suis passée d’un temps partiel à un temps plein après quelques semaines et je vais bientôt signer mon premier contrat de travail. Oui, oui, avec des congés payés. J’ai désormais épousé un tout autre rythme de vie découvrant les avantages du travail à Tokyo… mais aussi ses inconvénients. À la découverte de ma journée et de ses dimensions alternatives!

7:15 Mon réveil me tire du sommeil au son de la dernière piste sur laquelle j’ai jeté mon dévolu. Les bons jours, je suis debout en 5 secondes montre en main. Les mauvais jours… Je remercie l’inventeur du rappel de réveil. Je Skype avec le Nippon, toujours dans ses steppes russes. Il est 1:00 du matin en Russie, tout va bien.

7:30 Je commence à préparer mon bento (panier repas japonais). J’ai en général programmé l’autocuiseur la veille, pour que mon riz soit prêt au saut du lit. Comme je n’ai aucune imagination culinaire, ni aucune patience en cuisine, le combo riz, omelette, légumes est récurrent. Agrémenté de légumes marinés, fromage ou du tofu au sésame.

7:30 J’ai une flemme phénoménale. Ce midi, ce sera restaurant avec les collègues. Du coup je traîne sur les réseaux sociaux et je vérifie ma boite de réception. J’ai déjà des mails en provenance du travail, mais je ne répondrai qu’une fois arrivée au bureau. J’ai mis de l’eau à chauffer pour mon café.

C'est du café moulu avec un filtre. Contrairement aux apparences le café est vraiment bon. En revanche, je suis bien consciente que ça ne soit guère environnement friendly...

C’est du café moulu avec un filtre. Contrairement aux apparences le café est vraiment bon. En revanche, je suis bien consciente que ça ne soit guère environnement friendly

Je dois reconnaître à la caféine un effet coup de fouet bienvenu en début de matinée. Et milieu de matinée. Et début d’après-midi. Et.

J’écoute patiemment le Nippon et sa dernière lubie en date (les bienfaits d’apprendre le Tchétchène, Israël ces gros méchants, le développement économique de l’Arctique…). 

7:45 Le ravalement de façade effectué, je m’habille. Les bons jours, j’ai déjà tout préparé et je suis la reine du monde. Les mauvais jours, je suis en retard.

8:00 Je dis bonne nuit au Nippon et ma tasse de café en main, j’essaye de lire. Ça m’arrive encore entre deux tweets. Si mon estomac se signale, je me prépare un porridge.

8:15 Il serait temps de bouger.

8:20 Oups.

8:25 Mes talons résonnent dans le couloir de l’immeuble. Depuis que j’ai trouvé mon travail à Tokyo, je suis passée de 4 paires de chaussures (bottes d’hiver, chaussures de sport, bottines et petites baskets) à… Je ne compte plus. D’ailleurs j’attends la livraison de mes deux prochaines paires.

8:30 Je traverse le passage piéton au rouge. Parfois je me fais siffler par le policier en poste. Pardon m’sieur, mais y a zéro voiture à l’horizon et j’ai un train à prendre.

8:32 Je suis bloquée à un passage à niveau de mon quartier et je râle contre la compagnie ferroviaire qui tous les matins me fait le coup. Tous. Les. Matins. J’ai bien tenté de filouter en allant à un autre passage ou en changeant mes horaires. Faut toujours que la barrière soit abaissée à mon arrivée. Parfois je filoute et je traverse quand même. Ne me jetez pas la pierre, ce sont les japonais qui ont commencé hein.

Le passage ferroviaire honnis qui est toujours fermé que je passe à 8:20, 23, 26 ou 30...

Le passage ferroviaire honnis qui est toujours fermé que je passe à 8:20, 23, 26 ou 30…

8:41 J’ai enfin passé le passage à niveau mais j’ai encore 10 bonnes minutes de marche avant d’arriver à ma station de métro. Je crâne avec mes talons qui font clac clac clac.

8:50 Je m’engouffre dans la bouche de métro et je râle derrière tous ces japonais qui-sont-lents-mais-c’est-pas-possible-d’être-lents-comme-ça. Et encore, je ne suis pas parisienne. Un parisien deviendrait fou.

9:01 Je sors dans l’ascenseur et lance un « bonjour » à la volée. J’ai deux types de fonction: m’occuper des réseaux sociaux & le développement de projets et faire de l’accueil à la réception.

  • À la réception du 3ème étage: je rejoins mon poste et je commence le tri du courrier. Je vérifie la liste des étudiants, les rendez-vous du jour. Il m’arrive de répondre au téléphone, quand je ne peux vraiment plus ignorer la sonnerie. Quand les étudiants ont des questions, j’y réponds du mieux que je peux. Ce n’est pas toujours évident, car dernièrement, mes tâches ont sensiblement évolué, sans que je ne bénéficie d’un crash course « how to… for dummies« .13:00 Si la déferlante des emails / appels / élèves s’essouffle, j’ai l’espoir de manger un morceau. Je pense que c’est encore plus dur pour mes collègues qui parfois ne trouveront une seconde que vers 14:00.
  • Les journées réseaux sociaux sont toujours un peu chaotiques car je fais alors un peu de tout. Du community management, de la web-rédaction, sans compter la participation à des projets mis en place par l’école où je ne suis pas certaine de bien encore définir mon rôle. Travaillant avec la stagiaire de l’établissement, je trouve très enrichissant d’enseigner – mais aussi d’apprendre à son contact, certaines tâches. Il faut dire que c’est une perle compétente et intelligente, tout droit sortie de l’éducation élitiste de Singapour.12:30 Les estomacs grognent. Selon les jours et les humeurs, on part tous manger ensemble dans un restaurant des environs ou chacun fait son pique-nique. L’ambiance est vraiment détendue et c’est toujours l’occasion de vivre des mini chocs culturels entre la France, le Japon et Singapour.

Jusqu’ici mes après-midi sont consacrés aux réseaux sociaux et au développement du site de l’établissement. À partir du mois de Janvier, j’aurai des plages horaires plus longues consacrées à la réception et l’accueil des élèves. Je me suis habituée à ce travail qui me faisait peur et j’apprécie beaucoup rencontrer plein de monde et assister les autres.

17:00 Mes capacités en japonais sont en chute libre. C’est à peine si je peux aligner une phrase grammaticalement correcte. Travailler en anglais ne m’avait jamais posé de difficulté, mais le japonais demande un gymnastique vraiment épuisante à la longue. Je m’en veux de ne pas réussir à être plus performante et professionnelle.

Quand mon japonais se barre en couille.

Quand mon japonais se barre en couille.

Travailler aux côtés de japonais est vraiment intéressant mais aussi très frustrant. L’environnement dans lequel j’évolue est vraiment ouvert, je pense l’avoir déjà fait remarquer. Mais il reste que, tant dans le mode de pensée que dans la gestion du travail et du temps, le Japon me semble bien lointain, voir parfois mystérieux. Ce n’est bien évidement pas une découverte, mais c’était une chose de le savoir, c’en est une autre de l’expérimenter!

Je suis vraiment reconnaissante de la compréhension de mes collègues face à mes réactions probablement brut de décoffrage et mon incapacité à crypter mon visage. C’est quelque chose sur lequel je travaille – dois travailler, mais loin de moi l’idée de vouloir devenir japonaise. D’ailleurs, si j’ai été embauchée, s’ils se tournent vers des stagiaires étrangers, c’est bien parce que nous pensons et voyons les choses différemment, leur permettant de se remettre en question pour mieux améliorer leur service.

18:30 Je rentre chez moi après avoir vaguement tenté d’étudier dans le lounge de l’école. Il m’arrive souvent de travailler en dehors de mes horaires, que cela soit pour des petites demandes ponctuelles ou – plus problématiques – parce que je n’ai pas de budget pour les réseaux sociaux et dois donc gérer pas mal de choses manuellement.

20:00 Si j’ai le courage je me fais à manger. Sinon c’est au bonheur la chance, un cornichon en coin de table accompagné d’un bout de fromage hors de prix.

23:00 Extinction des feux.


Si vous voulez découvrir plus de mes pérégrinations, je suis toujours active sur Twitter, je découvre Instagram et vous pouvez me retrouver sur ma page Facebook

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21 Comments

  1. Répondre

    Béné

    21 octobre 2015

    J’ai adoré cet article !
    Je crois qu’on a tous quelque chose qui se ligue contre nous le matin (ou le soir) : passage à niveau, ou feu qui passe au rouge pile quand j’arrive : tous les soirs ça me fait le coup !! Rageant xD

  2. Répondre

    Châtaigne

    21 octobre 2015

    Belle journée bien remplie ! Et surtout belle paires de chaussures ^^ Même si ça ne doit pas être tous les jours faciles, vu d’ici ça laisse rêveur malgré tout … 🙂 Beh oui, c’est plus sympa d’aller au travail dans les rues de Tokyo, que dans les rues de Valence !

  3. Répondre

    Red Hair & Beauty

    21 octobre 2015

    J’ai adoré lire ta journée type 🙂 ton travail a l’air sympathique, et découvrir un tout autre endroit me fait vraiment envie !

  4. Répondre

    ivoyagepromo

    21 octobre 2015

    C’est génial !!

  5. Répondre

    Eugenie

    20 octobre 2015

    Eh beh quelle journée bien remplie, c’est un exercice interessant comme type d’article. Ca force à analyser le rythme de la journée 🙂

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Bonsoir! Merci beaucoup de ton commentaire! Je suis une grande bavarde et j’aime bien parler de mes journées, je dois l’avouer ;). Comme j’aime l’organisation et gère mal « l’imprévu », j’apprécie beaucoup d’avoir une routine (mes heures de sommeeeeeeeil!). En tout cas, merci encore!

  6. Répondre

    vampaiaa

    20 octobre 2015

    Super intéressant cet article, j’ai eu l’impression d’entendre le bruit de tes talons pour tout te dire ahahah
    Pour une working-girl, je trouve que tu rentres relativement « tôt », mais c’est un rythme qui doit quand même fatiguer, surtout à Tokyo !

    Tu as le samedi et dimanche de libre uniquement?

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Bonsoir! Merci beaucoup de ton commentaire! Hihi, je ne me lasse plus de mes talons. Je pense que cela me donne une certaine confiance en moi. Oui, le rythme est plus fatiguant qu’il n’y parait, d’autant que ma pause déjeuner est très courte (quand elle existe!). Les gens s’arrêtent à peine 10/15 minutes avant de se remettre au travail (et dehors de cela nous n’avons pas de pause). À partir de janvier, je finirai à 22:00 certains soirs, gloups! Pour le moment, oui j’ai le weekend de libre, mais il se pourrait que je travaille le samedi à l’occasion! Merci encore de ton passage!

  7. Répondre

    sanjuro

    19 octobre 2015

    Le parisien que je suis n’est pas devenu fou dans le métro de Tokyo, mais a appris à zigzaguer entre les tokyoïtes.
    Mais j’avais la chance d’être dans un terminus et de toujours avoir une rame vide lorsqu’ j’y grimpais le matin.

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Bonsoir! Merci de ton passage. Je suis rassurée de savoir que certains résistent! Mon soucis, c’est que bien qu’en début de ligne, ma station est toujours bondée le matin, et je n’arrive pas à me faufiler. Du coup je peste en piétinant. Un jour je m’y ferai sans doute!

  8. Répondre

    lazuli 羅守璃

    19 octobre 2015

    Ton article me fait penser a ce qu’il y avait a la TV heir soir sur ゆとり世代 – les jeunes qui ont un comportement un peu different du comportement traditionnel.

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Oh je ne connais pas cette émission, c’est quelle chaine? Merci de ton passage!

    • lazuli 羅守璃

      21 octobre 2015

      c’etait dans 行列のできる法律相談所 sur euh la 4 dans ma region ;D
      mais je pense que tu peux trouver des jeunes sur la « jeune generation qui derange les regles sociales » bref ;D

  9. Répondre

    Célestine Causette

    19 octobre 2015

    Hello,
    toujours intéressant de te lire. Avec ce rythme, as-tu encore le temps (courage) de sortir un peu, te promener, visiter Tokyo?
    Tu ne te sens pas trop seule maintenant que ton homme est loin? Pas trop difficile de se faire des amis?

    PS: ces passages à niveau japonais…. toujours fermés au moment où on doit passer! ^^

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Bonsoir! Merci de ton passage et de ton gentil commentaire. Au début j’étais sur les rotules. Je commence à tout doucement prendre mon nouveau rythme avec le sourire! Par contre je me force à sortir tous les week-end, même si ce sont souvent des lieux familiers (le stress des endroits nouveaux me fatigue sans doute un peu d’avance). Pour me motiver, j’embarque la stagiaire qui ne connait pas du tout Tokyo ^^. Les amis ça va! Tous sont étrangers par contre, je n’ai quasiment pas d’amis japonais. Pour l’homme, on tient plutôt bien la route! Je réalise que lorsqu’on se verra en Décembre (en France), cela fera pile 5 mois! Heureusement qu’il existe Skype ;).

      ps: toujours x).

    • Célestine Causette

      20 octobre 2015

      Oui, heureusement qu’il y a Skype! 😉
      Pour les amis, tu n’es pas la première à me dire que c’est difficile de se faire des amis japonais, en général, les expats se font des amis… expats!
      Tu connais les soirées PechaKucha? C’est vraiment chouette, y a des intervenants d’un peu partout et dans tous les domaines. Chaque intervenant fait une petite présentation de 20 images et il a 20 secondes par image pour parler de son projet. Le tout dans une ambiance décontractée, les gens bavardent, boivent un verre etc. En général, ça se passe une fois par mois, dans la salle Super Deluxe à Roppongi. J’ai été plusieurs fois, c’est une idée de sortie sympa qui sort de l’ordinaire 🙂

      http://www.pechakucha.org/cities/tokyo/events/55c1895bbfb6ffe869000001

    • judhiroshima

      22 octobre 2015

      Je n’ai jamais commenté sur ce blog, que je suis de temps en temps, mais si je peux me permettre, le fait que « les expats se font surtout des amis expats » semblent surtout vrai à Tokyo. En région, beaucoup d’étrangers ont beaucoup, une majorité, voire exclusivement des amis japonais. En ce qui me concerne, quelques connaissances parmi les étrangers, mais les vrais amis, seulement des Japonais, pas par volonté de n’avoir que des amis japonais, mais par affinité.

    • ameliemarieintokyo

      2 novembre 2015

      Bonsoir! Merci de ton commentaire!
      En région, vu qu’il se trouve aussi moins d’expatriés, il me parait normal que les cercles d’amis puissent être plutôt japonais.

      Je ne sais pas si c’est une vérité qui s’applique « à Tokyo » en particulier. J’ai vraiment du mal à rencontrer des japonais avec qui je sens que je pourrais avoir une amitié. Ceux avec qui j’ai pu établir des liens de sympathie sont tous en couples avec des étrangers au final.

      Vu que le ressenti est quand même général et souvent relayé – pas que sur Tokyo, je pense qu’il existe tout de même une difficulté ^^.

    • judhiroshima

      2 novembre 2015

      C’est vrai que c’est ce qu’on lit souvent sur les blogs / forums et ça m’étonne toujours un peu. Je me suis toujours demandé à quel point c’était représentatif et si ce n’est pas simplement que les gens qui rencontrent ce « souci » s’expriment plus. On en parlait en commentaire sur mon dernier article http://www.jud-hiroshima.com/2015/10/30/matsuri-dautomne-et-wtf-on-me-prend-pour-une-japonaise/

  10. Répondre

    Senchihirobento

    19 octobre 2015

    Une journée bien rempli ^^ J’aime beaucoup ton article!

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Bonsoir! Merci beaucoup de ce commentaire. En effet, je les trouve remplie mes journées x) je n’avais pas l’habitude de « travailler » de manière régulière avant, donc je finis bien souvent fatiguée, prête à dormir sur un bout de banquette du métro ;).

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