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Danshari, le minimalisme japonais dans mon chez moi

danshari minimalisme japonais

Danshari : lâcher prise

Les kanji de danshari (断捨離 ) sont très symboliques: refuser  – jeter  – séparer . On ne peut pas faire plus clair en matière de modus operandi pour votre ménage de printemps. L’auteur Hideko Yamashita, ayant plusieurs unes de magazines à son actif, et pas moins de 2,5 millions de livres écoulés sur le sujet, a établit trois étapes pour se purifier – matériellement mais aussi psychologiquement.

1) Refuser de s’encombrer de nouvelles possessions dans sa vie;

2) Jeter le fatras qui encombre votre espace de vie;

3) Se séparer du désir de nouvelles possessions matérielles.

Pour certains cela parait être une évidence, pour d’autres, c’est un chemin initiatique qu’il faut emprunter avec difficulté. Se libérer de ses possessions dans un monde de plus en plus matérialiste et à la surproduction galopante, demande un engagement et une volonté de se recentrer sur l’essentiel.

Danshari :

L’essentiel

« Qu’est-ce qui est le plus important, la vie ou les objets ? Les objets ne sont pas nécessairement hostiles à la vie – ou ne le deviennent-ils pas lorsqu’ils ne vous rendent pas la vie meilleure ? Demandez-vous: ai-je besoin, maintenant, de ce que je possède ? Si non, pourquoi ne puis-je pas abandonner mes affaires, tout ce que j’ai pu accumuler au cours de toutes ces années, et que je continue d’accumuler ? Qu’est-ce qui me lie à celles-ci ? Mes affaires dominent-elles ma vie ?
Hideko Yamashita, qui a développé l’idée du danshari, pour Spa! Magazine

Bien sûr, nous avons tous des affaires auxquelles nous tenons, pour des raisons probablement sentimentales. Cela me rappelle cet épisode traumatisant, où mon chat avait fait tomber une petite boite à sucre en verre. Alors que je l’ai vu se briser en milles morceaux, je me suis mis dans des états pas possibles. Petite fille, j’aimais la regarder tant elle était belle avec son verre ciselé, et la sachant fragile, j’en prenais soin – ce qui n’était pas le cas d’une bonne partie de mes jouets. Les objets qui nous entourent peuvent avoir un pouvoir sur nous dépassant la raison.

Pourquoi consommons-nous ?

Peu d’entre nous résistent aux sirènes de l’achat. Les courants appelant à ralentir notre production et notre consommation, s’ils se sont enfin fait une place, restent minoritaires. Qui n’a jamais acheté un vêtement, un outil, un objet, pour le mettre au placard ? Je n’ai pas honte de l’avouer, ça m’est arrivé. Plus d’une fois. Plus d’une fois nous achetons non pas par besoin de l’objet, mais pour nous satisfaire à un autre niveau.

En découvrant ce courant de pensée, danshari, au pays de l’extrême, je me demande si ce n’est pas là une réaction immunitaire au mal des temps modernes: l’excès. Prochainement peut-être, nous nous réveillerons fatigués de cette course absurde, à la production de masse d’objets dont on programme l’obsolescence de plus en plus vite. En attendant, nous n’avons qu’une terre et les ressources qu’elle nous offre.

Une tradition

Les japonais ne sont pas étrangers au minimalisme. C’est une notion très prégnante dans la philosophie zen, et connue sous le nom de wabila plénitude que l’on ressent dans une vie austère, simple, économe. C’est ce qu’avance Michael Hoffman dans son article, lorsqu’il cite un maître zen, Daisetsu T. Suzuki, pour définir la notion.

« wabi signifie être satisfait avec une petite cabane, une pièce de deux ou trois tatamis… avec un bol de légumes récoltés dans les champs d’à côté, et peut être l’écoute du bruit d’une douce pluie de printemps… C’est en réalité, le culte de la pauvreté, probablement approprié à un pauvre pays comme le notre« .
Zen and Japanese Culture (1959)

Une libération

Cela fait plusieurs mois que j’ai entrepris de rendre mon intérieur minimaliste. Je n’ai pas encore atteint un degré de détachement suffisant pour dire adieu à mes affaires, mais de plus en plus, je m’interroge sur ce que je possède. Quelques mois auparavant, j’étouffais. Je me sentais ensevelie sous les problèmes et l’inquiétude – trouver un travail, déménager, mon compagnon qui vit loin, et lorsque je rentrais chez moi, j’avais la sensation d’être en cage, prise au piège de ce qui m’entourait.

C’est alors qu’en France, plusieurs articles ont été consacré à Marie Kondo, une consultante, surnommée la papesse du rangement. Ma première réaction fut mitigée. Pourtant, le lendemain, en rentrant de mon cours de japonais, je me suis mise en pyjama, et j’ai trié. Trié. Trié. Pendant quasiment 7 heures d’affilées. J’ai sorti 4 sacs poubelles – en prenant soin de faire le tri. J’ai dit adieu à mon fatras le plus obscur – des bouts de ci, des objets cassés, des fringues abandonnées dans un recoin de placard. Appelez le danshari ou ménage par le vide, toujours est-il que je me suis sentie soudain libérée.

Un minimalisme modéré

Plusieurs semaines plus tard, je me suis attelée à un deuxième cycle de tri. Se détacher de certaines choses m’est devenu plus aisé. Je suis de plus en plus attirée par l’idée d’une habitation épurée de tout. Sans aller jusqu’à l’excès inverse, jusqu’à une austérité religieuse, mon nouveau chez moi m’est devenu précieux. Je suis heureuse de rentrer, heureuse de profiter de mon espace. Je vous présente de nouveau mon petit intérieur japonais.

À vous de jouer !

Appliquer le danshari dans la vie de tous les jours n’est pas particulièrement évident. Que nous vivions seuls, avec un conjoint ou une famille, les normes sociales font qu’il n’est pas évident d’échapper à la consommation d’objets inutiles. Voici quelques règles que je tente d’appliquer dans ma vie quotidienne.

断 refuser 

  • Ai-je vraiment besoin de faire cet achat ?
  • Ne pas se laisser envahir.
  • Appliquer le DYI pour les cadeaux – les friandises étant mon option favorite.
  • Ne pas remplacer mes affaires à tord et à travers, les user jusqu’au bout.

捨 jeter

  • Un objet n’est qu’un objet. Les sentiments que j’y attache sont en moi. Je n’ai pas besoin d’un ticket de concert pour me rappeler une bonne soirée (jeter / recycler).
  • Ce que je ne porte plus, ou que je n’ai jamais porté, ira sans doute mieux à quelqu’un qui en a vraiment besoin (donner /recyler).
  • Être économe en cuisine, ne plus faire de gâchis et utiliser les restes.
  • Faire régulièrement le tri et jeter ou recycler ce qui est inutile.

離 séparer

  • Apprécier le nouvel espace;
  • Se séparer du matériel, se recentrer sur l’essentiel: nous ne sommes pas définis par nos possessions.

Et vous, appliquez-vous ou seriez-vous tentés d’appliquer cette philosophie japonaise dans votre vie et votre espace de vie ?