Youpi ! Demain est le seijin no hi, et c'est un jour férié du calendrier japonais !

Rien de tel qu’un weekend de trois jours pour reprendre goût à la vie. Et se remettre psychologiquement du boulot. Le rythme japonais serait insoutenable sans la perspective des jours fériés. Certains ne vivent d’ailleurs que pour ces derniers.

Demain, donc, est le deuxième lundi du mois de janvier et il marque un évènement important pour les jeunes japonais (si tant est qu’ils soient à cheval sur les symboles). Le seijin no hi, traduit par « le jour de la majorité », symbolise le passage à la majorité des jeunes ayant eu 20 ans ou qui auront 20 ans au cours de l’année scolaire en cours (d’avril de l’année passée au 1er avril de l’année en cours).

À cette occasion, les plus fortunés (et les plus tradi), enfilent de jolis vêtements (kimono type furisode pour les filles, hakama pour les garçons, quoique ceux-ci privilégient de plus en plus le costume occidental) et prennent part à une cérémonie (seijin no shiki) durant laquelle on leur explique ce que symbolise l’entrée dans la vie adulte (beaucoup d’emmerdes pour pas beaucoup de benef’, si vous voulez mon avis). Après c’est la teuf et l’alcool à gogo. Parce que 20 ans marque officiellement le droit de se coller une murge et de fumer comme un pompier.

Un peu d’histoire sur la majorité

Comme je n’ai pas la science infuse, je suis allée fouiner du côté de Wikipédia. Si le sujet vous botte et que vous êtes mordu(e)s de culture japonaise, je vous suggère donc de vérifier – parce que je ne suis jamais à l’abri de raconter des bêtises !

La majorité à 20 ans (pour les garçons et les filles) daterait de 1876 (ère Meiji) – auparavant (ère Edo), elle était fixée à 15 pour les garçons et 13 pour les filles. Pourquoi cette majorité précoce pour les nanas ? M’est avis que c’était afin de les marier au plus vite – la majorité sexuelle est d’ailleurs toujours fixée à 13 ans au Japon.

Récemment – enfin, récemment, en 2015, a été décidé de baisser l’âge du droit de vote de 20 à 18 ans (changement qui sera effectif en 2022). En somme, voter avant la picole. Mais vu que les jeunes japonais n’ont que très peu d’intérêt pour la politique, je ne suis pas sûre que cela mobilise qui que ce soit. Le Japon n’est qu’un simulacre de démocratie et à part la génération des 60/70 ans, peu de monde se bat contre la machine de la sokagakkai.

Seijin no hi n’a pas toujours été le 2ème lundi de janvier.

En fait, à l’origine, cette célébration a à voir avec le shintoisme, sans grand lien avec le calendrier. C’est en 48 (l’après guerre, donc) que le gouvernement fixe au 15 janvier un nouveau jour férié pour célébrer avec pompe la majorité de leurs rejetons. Pour les fanatiques d’astrologie, cette date correspondait au premier jour de pleine lune de la nouvelle année. Bon, mais voilà qu’en 1998 apparait le magique système dit « Happy Monday » – soit une redéfinition du calendrier des jours fériés afin d’éviter que ça ne tombe sur des weekends. Véritable bénédiction des divinités pour les workaholic nippons. Grosso modo, certains jours fériés ne sont plus rattachés à une date particulière mais systématiquement à un lundi.

Les jeunes s’en tamponnent le coquillart.

Drame au pays des nippons, avec une natalité en mode éboulement de montagne catastrophique et une jeunesse ultra déprimée, la cérémonie du seijin no hi est (serait ?) carrément boudée du public. Bon, si vous vous promenez dans les grandes villes ce lundi là, vous ne manquerez pas de voir des jeunes sur leurs 31. Mais à l’échelle du pays, il semblerait que de moins en moins de personnes participent aux cérémonies (moitié moins que dans les années 70). Paraitrait même que les jeunes japonais se sentent de moins en moins « adultes » à 20 piges – qui peut leur en vouloir ? Vu l’ambiance de rat mort qui règne en politique et en économie et l’esclavage qui les attend, on comprend bien l’envie de rester dans son cocon d’adolescent encore pour quelque temps.

Du coup, l’industrie du kimono (aka les vieux filous qui se graissent bien les pattes comme il faut) flippe à mort – et le passage du droit de vote de 20 à 18 ans a fait grommeler dans les chaumières parce qu’en prime, on y voit flou : « attends Marceline, tu pourras voter pour LDP, LDP ou LDP aux prochaines élections, mais du coup, ça veut dire que tu s’ras déjà adulte ? Sauf que tu pourras pas trinquer le sake avec pépé ? C’est quoi ce bordel ? Tu m’expliques la logique ? ».

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10 Comments

  1. Emilie

    14 janvier 2019

    très intéressant! Mais il n’y a pas qu’au Japon qu’on ne se sent pas (plus?) adulte à 20 ans..

    • ameliemarieintokyo

      18 janvier 2019

      C’est tout à fait vrai !

  2. Coline

    14 janvier 2019

    Merci pour ce point de vue intéressant ! J’ai beaucoup de mal à saisir ce qu’il y a dans la tête des jeunes japonais de mon entourage donc je m’aventure peu sur ce terrain là, mais je crois en effet que le « passage à la majorité » en fait cogiter beaucoup.

    • ameliemarieintokyo

      18 janvier 2019

      Merci ! Et en effet, que ce soit au Japon ou ailleurs, la majorité (être adulte) est devenue un peu floue (en dehors des droits et devoirs qui débarquent !).

  3. Arisa Homma

    14 janvier 2019

    Japonaise de 27 ans, pas très heureuse mais couci-couça. Bah le Japon n’est pas le seul pays à être illogique. En Suisse, les jeunes de 16 ans peuvent fumer mais ne peuvent pas acheter des cigarettes. C’est à 18 ans qu’on peut acheter des cigarettes. WTF?! M’enfin, au moins, on a beaucoup plus de choix niveaux politiques et on la communauté japonaise en Suisse ont les yeux beaucoup plus ouvert sur ça et accepte de voter. Moi je vote la partir socialiste parce qu’ils aident les étrangers et je n’ai pas les papiers suisses. Ou la partie Vert qui est écolo et bobo. Sinon, un truc que j’aimerais bien que ça change au Japon c’est la majorité sexuelle. Sérieusement, 13 ans, faudrait changer parce que c’est dangereux ça. Quelqu’un peut mettre du laxatif dans le café du Ministre pour qu’il se décoince le cul?

    • ameliemarieintokyo

      14 janvier 2019

      Merci de ce retour (et de tous tes commentaires ! je n’ai pas toujours le temps de répondre à tous, mais merci encore de me lire :)). Oui, en effet, le Japon n’est pas le seul et je suis bien d’accord, 13 ans c’est bien trop jeune !

    • ameliemarieintokyo

      18 janvier 2019

      Merci de ton commentaire ! En effet, un peu de laxatif ne serait pas de trop 😉 (et le Japon n’est certainement pas le premier dans l’illogisme, loin de là – ce qui est un peu effrayant, n’est-ce pas ?!).

  4. kimitake

    13 janvier 2019

    Finalement, sont-ils heureux les Japonais de 20 ans aujourd’hui ?

    • Arisa Homma

      14 janvier 2019

      Sont dépressifs plutot et devenu no Life. Heureusement que ça existe les échanges linguistiques pour qu’ils apprennent quelques trucs d’ouverture d’esprit dans les autres pays.

    • ameliemarieintokyo

      18 janvier 2019

      Très bonne question !

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