Pour les aficionados du Japon, l'uniforme des élèves japonais et surtout japonaises est bien souvent une source de curiosité. C'est notamment le cas de l'uniforme dit sailor fuku.

La culture de l’uniforme au Japon nous vient de l’Europe et est relativement moderne. C’est en particulier le style européen des uniformes marins qui influence le style formel militaire de l’ère Meiji. Apparu au XIXème siècle, l’uniforme japonais est toujours présent dans quasiment toutes les écoles qu’elles soient publiques ou privées. Découvrons un peu l’histoire de l’uniforme au Japon et en particulier le plus emblématique, le sailor fuku (セーラー服) autrement appelé la marinière.

Regardez-donc la toilette de ces petits enfants blonds !

L’histoire veut que les japonais se soient inspirés des tenues des rejetons des familles royales européennes, les trouvant adorables. Dans tous les cas, l’apparition du sailor fuku remonte aux années 20, lorsque la principale de l’Université de Fukuoka l’introduisit après un échange scolaire en Grande Bretagne. Si l’uniforme marin a été aussi vite adopté pour garçons et filles, c’est qu’il est facile à coudre, en phase avec le style japonais de l’habillement. Un petit ruban s’attache au col marin de la blouse. Les couleurs traditionnelles sont le bleu marin, le blanc, le gris, ainsi que vert clair et noir.

Comment la tenue des marins, originellement portée par les marins occidentaux, a-t-elle pu devenir le standard des uniformes pour jeunes filles au Japon ? En Europe, les enfants des familles royales portaient des uniformes marins cousus sur-mesure (…). Au Japon, ces uniformes étaient perçus comme mignon bien plus que comme tenue de la marine. 

asahi.com

Le sailor fuku et ses évolutions

Côté garçon, aujourd’hui l’uniforme est aujourd’hui moins va-t-en guerre. Les écoles ont opté pour un ensemble chemise – cravate – blazer – pantalon plissé bien plus proche des salarymen que des porteurs de mitraillettes. Et les filles ?

Au cours du XXème siècle, le phénomène des gangs sukeban (suke: femme ban: boss) a un énorme impact sur le style de l’uniforme. La jupe devient longue. Le haut se raccourcit pour donner une apparence plus dure aux jeunes filles prêtes à en découdre à coup de batte de baseball. Côté violence, les filles n’ont rien à envier aux garçons.

sailor fuku

Tenues des sukeban – source: http://ninjaconsultant.tumblr.com/

Face aux modifications individuelles mais aussi à la fétichisation de la tenue, les écoles se rabattent sur l’uniforme type blazer beaucoup plus difficile à « adapter ». Les jeunes filles composent donc avec petite chemise, cravate et jupe tartan. Cependant, en 2012, encore 50% des collèges et 20% des lycées ont le sailor fuku comme uniforme officiel.

sailor fuku

Exemple d’un uniforme blazer typique – source: http://blogimg.goo.ne.jp/

 

La fétichisation est particulièrement poussée par les otaku japonais, prêts à enfiler l’uniforme de leurs rêves… Et on adore ! PS : le monsieur de la photo ci-dessous est très drôle et très gentil. Il a aussi toute sa tête et il vit sa vit ! Vous pouvez le croiser très régulièrement du côté de Takadanobaba à Shinjuku

sailor fuku

Source : http://twitpic.com/ceq3m3

Le sailor fuku n’est pas « qu’un » vêtement

L’uniforme au Japon, c’est du sérieux. Introduit pour gommer les différences, mais aussi pour marquer l’appartenance à la communauté, il est supposé mettre les élèves sur un pied d’égalité. Aujourd’hui, cette volonté est contre-carrée par la grande variété des uniformes. Au premier coup d’oeil, vous pouvez devinez quel établissement fréquente l’élève, et donc le prestige de l’établissement (ainsi que le coût de l’inscription). L’uniforme apparait aussi comme une tenue de travail rigoureuse facilitant l’insertion professionnelle future. Lorsque l’on sait qu’un uniforme coute entre 200 et 500€, on réalise le coût élevé de l’éducation au Japon.

 

Les écoles en ont trois versions, été et hiver, ainsi qu’une tenue sportive. C’est-à-dire un ensemble de course pour l’hiver, un t-shirt et un short pour les températures estivales. Il n’est pas rare que les élèves aient à se changer au cours de la journée. Toutes les écoles n’ayant pas de vestiaires, garçons et filles doivent alors changer en classe, ce qui explique le port de la tenue de sport sous l’uniforme scolaire.

Un règlement strict

Des petits malins tentent toujours de se rebeller en modifiant l’uniforme. Côté filles, elles peuvent par exemple raccourcir les jupes, porter des badges, de longues chaussettes. Côté garçons, c’est faire preuve de sacrilège en le portant mal avec la chemise déboutonnée, oubli de la cravate… Néanmoins ils prennent le risque de la sanction, voir de l’exclusion définitive.

Enfin, les amateurs de manga le savent, les écoles réglementent aussi les coupes de cheveu. Se teindre les cheveux poeut conduire à l’exclusion. Le règlement s’applique aussi aux chaussures, aux sacs de classe et aux divers accessoires que les élèves pourraient vouloir porter.

Les élèves ne peuvent amener n’importe quoi à l’école. Leurs sacs peuvent être aussi contrôlé. Par exemple avoir des préservatifs ou la pilule dans son sac est un motif d’exclusion (non, on ne rigole pas au Japon !).

L’uniforme, même après le gong de la fin des cours !

Il est fréquent de porter l’uniforme en dehors de l’établissement (voir obligatoire). Ce même si la règle prend de l’âge et est de plus en plus ignorée. L’élève, qui représente l’établissement, doit faire très attention à son comportement lorsqu’il porte l’uniforme en ville (pachinko, love hotel, salle d’arcade sont alors à éviter… !). C’est d’autant plus vrai pour les écoles prestigieuses. Les gens du quartier ont l’oeil et n’hésiteront pas à rapporter tout comportement juger inapproprié. C’en est limite envahissant !

Élément incontournable de la culture populaire japonaise, l’uniforme marin se retrouve dans les animés et les mangas, et est devenu un symbole de la culture otaku. Touriste de passage ou habitant tokyoïte curieux, vous pouvez vous procurer des uniformes d’occasion en passant à Koenji, quartier populaire pour ses boutiques de frippes et de vêtements de seconde main.

Ouvrages de référence :

Illustrated Encyclopedia 150 Years Of Japanese Uniforms (English and Multilingual Edition) par Naoki Watanabe (Amazon FR)

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セーラー服と女学生 (らんぷの本/マスコット) (Amazon JP)

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4 Comments

  1. Répondre

    liochandayo

    25 août 2014

    Tu sais que le papi en sailor fuku est une petite célébrité ?
    Je l’ai par ailleurs croisé plusieurs fois à Japan Expo, où il vient parfois comme visiteur.
    Il est très marrant, prend des poses pas possibles quand on veut le prendre en photo, bref, un cabotin !

    • Amélie-Marie

      25 août 2014

      Oui ! J’ai appris ça d’autant… Qu’il habite dans mon quartier ! Je le guette désormais !

    • liochandayo

      25 août 2014

      Hahaha !
      D’ailleurs, tu crois qu’il sort comme ça tous les jours ?

    • Amélie-Marie

      25 août 2014

      Presque tous les jours ! En tout cas mon Nippon l’apercevait environ une fois par semaine, toujours en sailor fuku.

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