La rentrée professionnelle du Nippon

rentrée professionnelle Japon

Le Nippon – enfin revenu de ses vadrouilles ouzbèkes, a fait sa rentrée professionnelle lundi dernier (tout comme 890,000 personnes nous l’apprend Dozodomo).

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C’était un peu l’angoisse car nous n’avions aucune idée de l’environnement dans lequel il allait être projeté pour l’année à venir – minimum.

En effet, s’il a bien reçu une offre d’embauche, celle-ci ne précise ni les conditions de travail, ni la section, ni le poste. Tout cela va être déterminé au cours de ce mois d’avril, après une formation de 4 semaines. Ne pensez pas que le choix du poste et du département par la suite découle d’un raisonnement logique (du moins, notre logique à « nous »). Le Nippon est féru de sciences politiques et versé dans les questions internationales, sans compter qu’il parle plusieurs langues étrangères, mais on lui a recommandé de passer une certification de comptabilité en mai.*

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(*Je pense qu’avoir des expériences diverses est toujours bénéfique, cependant, l’épanouissement au travail à travers des missions pour lesquelles on a des affinités est aussi important!)

Le premier jour fut consacré à la cérémonie de bienvenue, aux présentations des uns et des autres et il faut l’avouer, à la picole. Un premier restaurant était reservé à 17:30, et ils ont continué de trinquer jusqu’à plus de 23:00 dans un bar. Il s’agit pour les nouveaux venus de se mettre à l’aise et de rencontrer les chefs et employés de diverses sections de l’entreprise. Le problème avec le concept de se présenter et de descendre pas mal de bières, c’est le risque de déballer pas mal d’informations sur soi ou les autres. Exemple pratique, la responsable des ressources humaines qui en présentant le nippon a lâché de manière théâtrale le fait qu’il soit marié. Aucune honte à avoir bien sûr, et ce n’est guère une information gênante encore que tenant de la vie privée. Mais le Nippon à juste titre ne savait plus où se mettre. Précaution à prendre donc, si un beau jour, vous êtiez amené à vivre cette expérience!

Le deuxième jour… Le département des ressources humaines leur a appris la procédure pour demander leurs jours de congés.

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Bien entendu, rien ne me réjouit plus que de savoir que le Nippon ne sera pas un esclave 365 jours par an. Mais lui qui me dépeignait un sombre tableau de l’Entreprise japonaise sans merci pour ses employés, succube et démoniaque, s’est retrouvé un peu benêt, une Cassandre manquée.

– Tu te rends compte? On a eu un séminaire sur les procédures pour demander nos jours de congés. J’ai 6 jours de congés à prendre les 6 prochains mois, c’est complètement fou! La responsable a commencé par « je sais très bien que vous êtes impatients de poser vos premières vacances ». Non, mais tu te rends compte? Normalement, un nouvel employé n’a pas le droit de poser des congés les 6 premiers mois!

– Eh bien, tu vois. Quand je t’expliquais qu’il ne servait à rien de s’angoisser et de se faire des montagnes. C’est très bien que tu aies des jours de congés.

– Oui, bon… Tout de même c’est compliqué. On a un formulaire différent pour chaque type de congés, hein.

Il fallait bien qu’il noircisse un peu le tableau.

Le Nippon s’inquiétait aussi des サービス残業 (saabisu zangyou, heures supp de service), c’est à dire des heures non-payées officieusement dues à l’entreprise. J’avoue que c’est une perspective cauchemardesque dont les français auront peut-être eu vent avec le scandale de l’entreprise Dentsu. Le surmenage est un mal terrifiant qui ronge véritablement le monde de l’entreprise japonaise et le Nippon craignait déjà d’avoir à faire des journées de 12 heures.

Un peu plus courageux que ses camarades de rentrée, il a eu l’audace de tourner autour du sujet en évoquant les horaires du contrat de travail.

– Et donc… On commence à 9 heures et on finit à…?

– Oh, du moment que vous faites vos 7 heures par jour, vous pouvez commencer à 9:00 ou 10:00 et finir entre 18 et 19 heures. Bien sûr, vous pourriez avoir des heures supplémentaires. Mais nous mettons un point d’honneur à les payer.

Vous pourriez vous faire l’avocat du diable et avancer que les actes importent plus que les paroles. Entre ce qui se dit et ce qui se fait, il peut y avoir un gouffre. Tout à fait. Mais excellente nouvelle, le Nippon est dans le département de l’entreprise qui emploie des étrangers. C’est très souvent au Japon un gage d’un bon environnement de travail.

– « Demain, vous allez faire un stage pratique dans la section ABC de l’entreprise… L’environnement est typiquement japonais… Vous pensez que ça va aller? »

Tel que me le raconte le Nippon, la RH les sourcils froncés, semblait vraiment inquiète de jeter les petits nouveaux – tous japonais, au sein d’une section traditionnelle…

Avez-vous des anecdotes au sein d’une entreprise professionnelles japonaises à partager?

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ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

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6 Comments

  1. Répondre

    Bella

    25 mai 2017

    Hello,
    Je n’ai pas d’anecdotes à raconter vu que je ne vis pas au Japon, mais j’ai pris un grand plaisir à lire votre article. Par contre, je ne comprends pas très bien pourquoi il y a eu une gêne lorsque la responsable des ressources humaines a dit que le Nippon était marié.

    • ameliemarieintokyo

      26 mai 2017

      Bonjour, merci beaucoup de votre commentaire! Au Japon, la famille fait partie du cercle ‘privé’. Ce n’est pas un sujet qu’on aborde à la légère – surtout avec des personnes que l’on ne connait pas encore très bien. D’un point de vue japonais, la RH n’avait pas à prendre la décision de laisser les autres employés être au courant. En plus, le mariage mixte peut toujours amener des jugements malvenus (heureusement son entreprise a vraiment l’air moderne!).

  2. Répondre

    Bella

    26 mai 2017

    Ah, d’accord, je comprends mieux ! 🙂 Merci pour cette explication.

  3. Répondre

    Claire

    4 août 2017

    Salut ! Super blog.
    Moi je me prépare à ma rentrée « salariale » en avril 2018 dans une entreprise nippone.
    C’est une grande entreprise donc ma formation sera assez longue (elle va durer 2 mois + quelques années de travail sous l’aile d’un senpai).
    Pas de サビース残業 non plus, mais je me doute que je vais devoir faire des heures supp’ vu le domaine où je vais travailler.
    J’espère qu’il n’y aura pas trop de nomikai car à part être une pompe à fric fatiguante je vois pas trop à quoi ca sert 😀
    Bref je n’ai pas encore vécu cela mais ca ne sait tarder, je reviendrai si j’ai des anecdotes à raconter !

  4. Répondre

    Rill in Japan

    26 août 2017

    Oh làla, oui des tonnes xD

    Ici, pas de payement pour les heures sup, ni de bonus annuel. La boite est trop petite. Ou trop endettée. Heureusement que l’équipe et formidable et le boulot absolument passionnant, parce que parfois…
    Si mon patron fait une erreur dans le calcul des congés, personne ne bronche.
    A chaque fois, il faut que j’ignore les regards outrés de mes collègues, et que je brandisse le texte de loi faisant référence à mes droits, pour pas me les faire sucrer. Mon patron savait très bien, lorsqu’il m’a embauché, que mon mémoire de licence portait sur la législtation du travail et ses dérives.
    Mais c’est frustrant de passer pour l’emmerdeuse de service alors que je demande que le minimum…

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