Mon mari a un peu trainé des pieds avant d'enfiler son costume de parfait salaryman japonais. Après plusieurs années de vadrouille, il s'est plié au cérémonial de la rentrée professionnelle au Japon, qui a lieu en avril.

Mon mari, enfin revenu de sa mission en Ouzbékistan, est officiellement devenu un salaryman, un employé d’entreprise en avril 2017. Soit en même temps qu’approximativement 890,000 nouveaux employés. Petit topo sur le sujet de la rentrée professionnelle au Japon.

La rentrée professionnelle au Japon, c’est un peu comme ouvrir un Kinder Surprise.

Honnêtement, durant les quelques semaines qui ont précédé, c’était un peu l’angoisse. Nous n’avions en effet aucune idée de l’environnement d’entreprise dans lequel mon mari allait faire ses premiers par pour l’année à venir.

En réalité, mon mari a été recruté en 2016. C’est classique et tout à fait normal du processus japonais. D’où l’importance pour les candidats étrangers de bien comprendre ce système à double vitesse. Les entreprises traditionnelles favorisent l’embauche à des moments précis, tandis que les petites et moyennes entreprises ou encore les entreprises modernes sont plus flexibles. Enfin, si vous visez des postes à haute responsabilité avec 5; 10 ou 15 ans d’expérience, vous pourriez tirer votre épingle du jeu et commencer n’importe quand dans l’année. Tout est question de poste, profil et compétence.

Bref, toujours est-ce que, si mon mari avait alors reçu et signé une offre d’embauche, celle-ci n’indique ni les conditions de travail, ni le département, ni le poste. Encore une fois, c’est absolument normal. J’ai moi-même deux contrats. Un contrat en anglais et détaillé, parce que le manager général de l’entreprise a bataillé pour afin de nous protéger. Puis un contrat japonais très basique avec zéro détail, pour que le COE japonais soit content.

Mais alors à quel poste va-t-il être assigné ?!

Eh bien, son département, son poste et ses missions vont être déterminés au cours du mois d’avril, après une formation de 4 semaines. Ne pensez pas que le choix du poste et du département par la suite découle d’un raisonnement logique (du moins, notre logique à « nous »). Mon mari, polyglotte, féru de sciences politiques, est spécialiste de l’Asie centrale et de l’histoire de la Russie. Néanmoins, on lui a recommandé de passer une certification de comptabilité en mai.

Bien sûr, je pense qu’avoir des expériences diverses est toujours bénéfique. Cependant, l’épanouissement au travail à travers des missions pour lesquelles on a des affinités est aussi important !

Le premier jour, la bière coule à flot

La rentrée professionnelle au Japon se fait en fanfare avec cérémonies, discours et mise dans le bain alcoolisée. Ainsi, dans le cas de mon mari, après une journée de présentation, un premier restaurant était réservé à 17h30. Mais les festivités se sont poursuivies jusqu’à plus de 23h dans un second, puis troisième bar. C’est une manière d’accueillir les nouveaux venus et de les mettre à l’aise. On rencontre les chefs et les employés de tous les départements de l’entreprise.

Ceci dit, se présenter tout en buvant amène une certaine problématique. C’est le risque de déballer pas mal de détails sur soi ou sur les autres. Par exemple, la personne en charge de la formation des nouveaux employés a présenté mon mari en lâchant de manière théâtrale son statut d’homme marié. Ce n’est absolument pas un souci, ni une information encore trop gênante, encore qu’elle tiennent à sa vie privée. Mais mon mari, à juste titre, ne savait plus où se mettre. Précaution à prendre donc, si un beau jour, vous êtiez amené à vivre cette expérience !

Le deuxième jour…

Le département des ressources humaines leur a enseigné la procédure de demande de jours de congés.

 

Bien entendu, rien ne me réjouit plus que de savoir que mon mari ne sera pas un esclave 365 jours par an. Méfiance cependant, car cela semble trop beau pour être vrai. Ceci dit, mon mari qui triste mine, me disait que son entreprise serait probablement horrible, s’est retrouvé comme deux ronds de flan.

Tu te rends compte ? On a eu un séminaire sur les procédures pour demander nos jours de congés. J’ai 6 jours de congés à prendre les 6 prochains mois, c’est complètement fou ! La responsable a commencé par « je sais très bien que vous êtes impatients de poser vos premières vacances ». Non, mais tu te rends compte ? Normalement, un nouvel employé n’a pas le droit de poser des congés les 6 premiers mois !

– Eh bien, tu vois. Quand je t’expliquais qu’il ne servait à rien de s’angoisser et de se faire des montagnes. C’est très bien que tu aies des jours de congés.

– Oui, bon… Tout de même c’est compliqué. On a un formulaire différent pour chaque type de congés, hein.

Il fallait bien qu’il noircisse un peu le tableau.

Les heures supp sur le papier…

Mon mari s’inquiétait aussi des サービス残業 (saabisu zangyou, heures supp de service), c’est à dire des heures non-payées officieusement dues à l’entreprise. J’avoue que c’est une perspective cauchemardesque dont les français auront peut-être eu vent avec le scandale de l’entreprise Dentsu. Le surmenage est un mal terrifiant qui ronge véritablement le monde de l’entreprise japonaise et il craignait déjà d’avoir à faire des journées de 12 heures.

Un peu plus courageux que ses camarades de rentrée, il a eu l’audace de tourner autour du sujet en évoquant les horaires du contrat de travail.

– Et donc… On commence à 9 heures et on finit à…?

– Oh, du moment que vous faites vos 7 heures par jour, vous pouvez commencer à 9:00 ou 10:00 et finir entre 18 et 19 heures. Bien sûr, vous pourriez avoir des heures supplémentaires. Mais nous mettons un point d’honneur à les payer.

Vous pourriez vous faire l’avocat du diable et avancer que les actes importent plus que les paroles. Entre ce qui se dit et ce qui se fait, il peut y avoir un gouffre. Tout à fait. Mais excellente nouvelle, mon mari est dans la branche internationale de l’entreprise. C’est souvent au Japon un gage d’un environnement de travail encore pas trop noir.

Demain, vous allez faire un stage pratique dans la section ABC de l’entreprise… L’environnement est typiquement japonais… Vous pensez que ça va aller ?

Tel que me le raconte le Nippon, la RH les sourcils froncés, semblait vraiment inquiète de jeter les petits nouveaux – tous japonais, au sein d’une section traditionnelle…

… Et la réalité

La réalité, c’est que tout de même, mon mari travaille beaucoup, parfois jusqu’à minuit. L’entreprise gère des dossiers avec des dates très précises et des délais impossibles à gérer avec une semaine à 40. Ce n’est pas la joie, mais sur certains points (paiement des heures supp, congés), son entreprise est au moins correcte.

Bref, la rentrée professionnelle au Japon est souvent une période pleine d’espoir pour les nouveaux employés. On leur fait miroiter gloire, vacances et cocotiers, mais c’est aussi pas mal de bullshitting de la part des entreprises.

Avez-vous des anecdotes au sein d’une entreprise japonaise à partager ? Avez-vous rejoint une entreprise japonaise et vécu cette rentrée professionnelle au Japon ?

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6 Comments

  1. Répondre

    Rill in Japan

    26 août 2017

    Oh làla, oui des tonnes xD

    Ici, pas de payement pour les heures sup, ni de bonus annuel. La boite est trop petite. Ou trop endettée. Heureusement que l’équipe et formidable et le boulot absolument passionnant, parce que parfois…
    Si mon patron fait une erreur dans le calcul des congés, personne ne bronche.
    A chaque fois, il faut que j’ignore les regards outrés de mes collègues, et que je brandisse le texte de loi faisant référence à mes droits, pour pas me les faire sucrer. Mon patron savait très bien, lorsqu’il m’a embauché, que mon mémoire de licence portait sur la législtation du travail et ses dérives.
    Mais c’est frustrant de passer pour l’emmerdeuse de service alors que je demande que le minimum…

  2. Répondre

    Claire

    4 août 2017

    Salut ! Super blog.
    Moi je me prépare à ma rentrée « salariale » en avril 2018 dans une entreprise nippone.
    C’est une grande entreprise donc ma formation sera assez longue (elle va durer 2 mois + quelques années de travail sous l’aile d’un senpai).
    Pas de サビース残業 non plus, mais je me doute que je vais devoir faire des heures supp’ vu le domaine où je vais travailler.
    J’espère qu’il n’y aura pas trop de nomikai car à part être une pompe à fric fatiguante je vois pas trop à quoi ca sert 😀
    Bref je n’ai pas encore vécu cela mais ca ne sait tarder, je reviendrai si j’ai des anecdotes à raconter !

  3. Répondre

    Bella

    26 mai 2017

    Ah, d’accord, je comprends mieux ! 🙂 Merci pour cette explication.

  4. Répondre

    Bella

    25 mai 2017

    Hello,
    Je n’ai pas d’anecdotes à raconter vu que je ne vis pas au Japon, mais j’ai pris un grand plaisir à lire votre article. Par contre, je ne comprends pas très bien pourquoi il y a eu une gêne lorsque la responsable des ressources humaines a dit que le Nippon était marié.

    • ameliemarieintokyo

      26 mai 2017

      Bonjour, merci beaucoup de votre commentaire! Au Japon, la famille fait partie du cercle ‘privé’. Ce n’est pas un sujet qu’on aborde à la légère – surtout avec des personnes que l’on ne connait pas encore très bien. D’un point de vue japonais, la RH n’avait pas à prendre la décision de laisser les autres employés être au courant. En plus, le mariage mixte peut toujours amener des jugements malvenus (heureusement son entreprise a vraiment l’air moderne!).

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