Je vous ai précédemment expliqué que, dans beaucoup de contexte, les pronoms personnels japonais sont omis. C'est le cas de je, pour lequel nous trouvons les formes "watashi", "boku" et "ore". Puis, lorsque l'on s'adresse à un interlocuteur japonais, il est plus poli de se référer au nom de la personne plutôt que de lui dire "tu" (anata). Abordons maintenant les pronoms de la troisième personne singulier, à savoir il / elle.

Je vous promets, c’est le dernier article de ma série sur les pronoms personnels japonais. Si vous n’avez pas lu les précédents, je vous recommande de les parcourir en premier, pour plus de compréhension.

Le je en japonais

Le tu en japonais

Révisons nos bases

La langue japonaise est contextuelle, c’est-à-dire que si le contexte linguistique et extra-linguistique est clair, beaucoup d’éléments peuvent être omis. Par exemple, nul besoin de dire « je » dans la phrase « (je) mange du pain », si vous avez du pain à la main ou encore que la conversation parle de pain (ou de nourriture). D’ailleurs, la construction de la langue étant de type sujet-objet-verbe (SOV), la phrase donne plutôt… « pain mange ». Nous avons aussi vu que dire « tu » est dans bien des cas délicat.

Les pronoms personnels japonais il (kare) et elle (kanojo) peuvent-ils être utilisés ?

Dans le japonais moderne, kare se traduit par il, tandis que elle est dit kanojo. Ces pronoms désignent une tierce personne de manière objective uniquement.

Si vous aviez l’espoir que ceux-ci soit plus faciles, détrompez-vous. Voici trois raisons pour lesquelles ces pronoms sont à manier avec précaution :

  • La politesse

Dans une conversation, « il » et « elle » sont tous deux perçus comme une manière impolie de se référer à une personne. C’est un impair total si la personne est socialement supérieure, par exemple plus âgée ou a plus d’ancienneté dans un club de sport, une entreprise.

  • À éviter pour les proches

Je l’avais évoqué avec l’article à propos du pronom personnel tu. Les japonais privilégient le nom (ou le prénom) ou encore le statut, le titre de la personne. Ces pronoms personnels japonais sont donc inappropriés pour mentionner un ami, un membre de votre cercle familier (sport, école) ou encore de votre famille. Naturellement un japonais se réfère au nom ou mentionne leur position sociale : ma soeur, mon père, mon chef, mon senpai (aîné dans un cercle de sport ou scolaire) etc.

  • Kare et kanojo signifient respectivement « petit-ami » et « petite-amie »

Ah ah ! Nous voilà au coeur de la galère romaine. En vérité, ces pronoms personnels japonais peuvent aussi être une référence aux copains et copines des uns et des autres. En d’autres termes, il faut comprendre à 100% le contexte de la conversation et que le ou les interlocuteurs japonais comprennent aussi à 100% . Attention à ne pas sortir un « kare » sans avoir explicité au préalable de qui vous parliez – sinon on pourrait penser que vous parlez de votre amoureux. (Mais en toute logique, si vous avez explicité de qui vous parliez… Vous devriez utiliser son nom !)

Et le pluriel des pronoms personnels japonais alors ?

Je réalise que je n’ai pas abordé la question du pluriel. Bien que les verbes japonais ne s’accordent pas en genre et en nombre, la distinction du pluriel existe toute de même. Elle est relativement facile à construire, puisqu’il s’agit de rajouter le suffixe « tachi » (達, たち) à tous les pronoms personnels japonais que nous avons vu !

  • Je deviens nous : watashi-tachi, boku-tatchi, ore-tachi
  • Tu deviens vous : anata-tachi, kimi-tachi, omae-tachi
  • Il et elle : kare-tachi et kanojo-tachi

Il existe cependant des petites exceptions :

  • Nous : dans un contexte formel, par exemple, une entreprise, le strict 我々 (wareware) est préféré. 我 (ware) est le kanji pour « égo » en japonais, tandis que 々 est un symbole appelé « noma » qui indique la répétition du kanji précédent. Égo+égo = nous !
  • Ils : une alternative à karetachi est karera et une alternative à kanojotachi est kanojora.

Petit cours d’histoire linguistique…

Plongeons-nous  dans l’usage de ces pronoms personnels (il/elle) dans l’histoire japonaise. Si aujourd’hui « karera » est employé comme le pluriel « ils », historiquement, ce terme signifiait « la personne que l’on désigne ». Surprise ! C’est en effet karera qui a donné naissance à la version courte « kare ». Ces deux termes sont, à l’origine, neutres. La distinction homme (il) / femme (elle) est en réalité très récente. Jusqu’à l’ère Meiji karera/kare, peu usités, désignaient indifféremment les hommes et les femmes.

Cependant, l’ère Meiji est marquée par l’introduction de la culture européenne au Japon. Cette importation a eu bien des conséquences sur la culture, les moeurs, la société du Japon ainsi que… sa langue ! Par imitation de la construction des langues occidentales, le japonais kare devient « il » et « karera » devient « ils ». En parallèle, terme « elle » est inventée à partir de kare (彼, neutre) et de jo (女, femme) : kanojo. Son pluriel, souvent ignoré, est à l’image de karera, c’est à dire, kanojora.

Pourtant, si le japonais avait voulu être juste, le neutre aurait du être conservé et la version masculine créée à l’image de la version féminine, c’est à dire kare (彼, neutre) + dan (男, homme). C’est du moins l’un des débats qui court dans la sphère linguistique japonaise.

 

 

 

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1 Comment

  1. Répondre

    Michaël

    3 juillet 2018

    Merci pour cette série d’articles, c’est très intéressant !

    Mais du coup, j’ai eu le cas récemment : je suis allé avec une fille de mon école dans un magasin, et lorsque j’ai du la désigner au vendeur, j’ai utilisé « kanojo ». Je suis sur qu’il a pensé que c’etait ma petite amie, mais du coup comment aurais-je du la désigner ? En utilisant son prénom/nom ? Ça me semblait un peu étrange de dire « Marie san a besoin d’une carte SIM » :D. Il n’y avait pas de statut social particulier entre nous non plus (juste une camarade de classe). 相手 peut être ?

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