Professeur de français au Japon, une expérience enrichissante, un complément financier, mais difficilement un gagne-pain !

Tous les candidats au visa vacances-travail pour le Japon le savent : un des seuls arguments vendables auprès de l’ambassade en terme d’emploi est l’enseignement du français. Cependant, on ne s’improvise pas professeur de français au Japon en un claquement de de doigts !

Un diplôme ou une certification de FLE est toujours utile pour être professeur de français au Japon

Côté dossier de demande de visa, si vous n’avez pas de diplôme FLE vous pouvez difficilement avoir la prétention d’inscrire « cours de français ». Mieux vaut rester modeste auprès de l’ambassade et de cocher la case « conversation de français ». Je savais que j’allais partir pour le Japon environ un an à l’avance. Mon mari – à l’époque mon copain japonais, m’y attendait. Ne sachant trop ce que j’allais pouvoir y faire, je me suis inscrite à un DU de FLE. En somme, ce fut une petite introduction à la linguistique de la langue française et une très succincte introduction à son enseignement. Mais je n’ai absolument aucun regret, car cela m’a donné de bonnes bases.

Professeur de français au Japon

Alors, professeur de français au Japon, ça marche ou bien ?

Pour être honnête, les échos que j’avais n’étaient pas positifs. Un marché avec trop de professeurs, peu d’élèves et donc une compétition assez élevée. Bien que le français soit toujours très bien vu au pays du soleil levant, il ne fait guère le poids face au marché écrasant des cours d’anglais…

À l’époque, je ne visais pas à me faire embaucher par une école. Je souhaitais donc travailler en free-lance. Dans ce cas, les cours se déroulent presque toujours dans un café, pour des raisons à la fois pratique, culturelles et de sécurité. Les japonais font difficilement entrer un étranger chez eux et il n’est pas recommandable de s’isoler avec une personne que vous ne connaissez pas. Côté horaires, les élèves sont le plus souvent disponibles avant leur travail ou leurs cours (tôt le matin), après le travail ou leurs cours (fin de journée, soirée) ou encore le weekend.

L’idéal, si vous cherchez vraiment à vivre de ce métier, c’est tout de même de trouver une bonne école pour un mi-temps, voir un temps plein. Bien souvent, ils vous formeront à leur méthode et vous pourrez ainsi rester au Japon à la fin de votre visa vacances-travail si l’école sponsorise votre visa.

Lorsque vous êtes professeur de français au Japon en free-lance, avoir une quinzaine d’élèves réguliers suffit pour s’en sortir raisonnablement. Attention à ne pas trop vous reposer sur les élèves que vous avez, car ils peuvent « disparaître » dans la nature très rapidement ou avoir des empêchements. Il faut être constamment à la recherche de nouveaux élèves.

Concrètement, comment trouver ses élèves ? 

Je suis passée par des sites de mise en relation élève – professeur. Après avoir créé mon profil, je le mettais régulièrement à jour, avec un maximum d’information en anglais et un peu en japonais (je ne le parlais pas vraiment à ce moment là !). Après, il faut attendre la prise de contact par les élèves. Bien sûr, on peut être proactif et tenter de contacter les élèves, seulement je n’ai pas eu de retour par ce biais. Aujourd’hui, les réseaux sociaux et les groupes tels que Meet-Up sont aussi de très bons moyens de trouver de nouveaux élèves. Facebook est particulièrement utile si vous trouvez des communautés qui vous laissent poster des annonces.

Arrivée fin août, j’ai ouvert mon business, c’est-à-dire je me suis inscrite à de multiples sites, fin septembre. Certains valent le détour, d’autres sont payants et ne rapportent rien. Certains ne payent pas de mine mais fournissent finalement un retour plutôt positif. Il ne suffit pas de s’inscrire : la procédure va de sa présentation détaillée à l’envoi des documents officiels de votre statut au Japon et éventuellement des copies de vos diplômes.

Ensuite, il faut décrire précisément ce que l’on propose : cours particulier complet, conversation, préparation aux examens, culture… Il était essentiel pour moi de le faire de manière très sérieuse. Peut-être trop. Mais loin de moi l’envie de voler le temps et l’argent d’un élève qui recherche un type de cours particulier. Ainsi, j’ai clairement annoncé mes compétences, la manière dont j’envisageais d’enseigner et avec quel matériel.

Je ne m’attendais pas à avoir autant d’élèves les premières semaines. Une bonne préparation et une bonne maîtrise de son calendrier permet d’avoir une dizaine voir une quinzaine d’élèves.

Comment fixer un tarif ?

C’est difficile ! Premièrement, il faut s’avoir s’évaluer et voir si l’on est capable ou non de transmettre du savoir. Si vous êtes à l’aise avec la grammaire et les explications pédagogiques, offrir des cours n’est pas difficile. Si réfléchir à des stratégies d’enseignement ne vous botte pas, tournez-vous plutôt vers la conversation. Deuxièmement, il faut connaître un peu le marché du professeur de français au Japon. En moyenne un cours de 60 minutes est rémunéré entre 1,500 yen et 3,000 yen. Il faut prendre en contre d’autres variables : transports compris ou non, consommations au café comprises ou non. L’avantage d’avoir une formation FLE (ou un diplôme, ou de l’expérience) est de pouvoir fixer direct un bon tarif horaire.

Soyez sport, et adaptez aussi votre tarif :

  • 3000 yen : les personnes ayant une bonne activité pro,
  • 1500 / 2000 yen : les étudiants.

Il va de soi que diplôme ou pas diplôme, on peut être désemparé face à la réalité de l’enseignement. Rappelons que c’est bien un métier et qu’à ce titre, on ne sera pas le champion du français dès son premier cours. Cela s’apprend avec un minimum d’intérêt pour la question et l’expérience sur le tas. Sans diplôme et sans réseau d’élèves vous faisant déjà confiance, n’envisagez pas de fixer un tarif horaire trop élevé (sauf si vous êtes sûr.e de votre coup !).

Quels genres d’élèves vais-je croiser ?

De tout. Des personnes qui travaillent, ayant les moyens et le temps ou encore un projet professionnel avec la France. Les étudiants, bien sûr, en littérature ou en langue. D’ancien expatriés en France, japonais (ou étrangers !).

Parmi les élèves japonais auxquels j’ai été amenée à enseigner la langue de Molière j’ai eu :

  • Un CEO d’entreprise de tourisme de luxe,
  • Un avocat d’affaires,
  • Une mère, ancienne expatriée à Paris, et sa fille,
  • Un gérant de café Jazz,
  • Un ingénieur,
  • Un architecte,
  • Des étudiants,
  • Une chef d’entreprise dans l’industrie de la mode et des shooting photo pour magazines.

J’ai aussi eu des élèves étrangers, principalement européens, ayant besoin d’améliorer leur français pour des raisons professionnelles.

La difficulté est toujours d’établir le courant et de satisfaire leurs attentes en s’adaptant aux objectifs qu’ils se fixent. Si vous n’êtes pas sûr.e de vous, pas passionné.e par l’idée d’enseigner ou que vos cours ne sont pas consistant, vous perdrez très vite votre temps. Et vos étudiants. Les japonais sont des clients très sérieux (sauf quant il s’agit de faire ses devoirs…). Ils recherchent et sélectionnent les professeurs avec attention. Attention aussi aux avis qu’ils peuvent laisser en ligne. Ils n’hésitent à louer vos qualités… Ou à détruire votre réputation.

Pourquoi ce feedback frileux sur le statut de professeur de français au Japon ? 

Mon expérience m’a enseigné que trouver des étudiants n’est pas la partie difficile. C’est bien d’assurer un service qui convient aux étudiants. Vouloir enseigner c’est bien gentil, encore faut-il en être capable. Ensuite, il faut aussi jongler avec les us et coutumes de l’enseignement au Japon. Enfin, travailler en free-lance signifie aussi être responsable, accepter de grignoter sur votre temps pour la découverte du Japon et l’apprentissage de sa langue ou tout autre activité et faire des vrais cours.

Être responsable

Bien que l’on dépende des revenus de cette activité, se pousser à rencontrer de nouveaux élèves, préparer ses leçons, faire le choix de passer ses soirées à enseigner… Tout cela n’est pas facile à faire ! Il faut être sérieux et ne pas annuler une leçon parce que mince, vos potes vous ont invité à une soirée. Bref, être son propre boss veut dire s’auto foutre un coup de taloche au popotin pour aller gagner des yen.

Gérer les us, les coutumes et puis les humains (aussi)

Vous voilà avec vos premiers rendez-vous. Et vous êtes un peu angoissé. C’est normal. En plus de gérer un lieu inconnu (je vous conseille vivement de rester sur des territoires déjà explorés, et de faire une reconnaissance des lieux), vous devez gérer une interaction avec une personne ayant une autre culture (dans une autre langue, le plus souvent).

On le sait, les japonais et le respect c’est tout une affaire. Arriver à l’heure, être prévenant, faire attention si l’on vous donne une carte de visite (extension de l’individu au Japon)… Soyez aussi clair avec ce que vous attendez (salaire, ce qu’il inclut, vos horaires). Laisser de l’incertitude dans une relation avec un élève, c’est risquer la débâcle. Celui qui part en oubliant de vous payer, celui qui s’attend à 1h30 de leçon, celui qui vous embarque dans un lieu inconnu, celui qui pense pouvoir baisser votre salaire… Il va falloir dépasser l’effet professeur en vitrine !

Dans votre lot d’expériences, vous allez forcément tomber sur celui qui, dès le premier quart d’heure de cours, décide que vous n’êtes pas ce qu’il recherche. En général, le spécimen est très précis dans ses questions (du genre à vous demander de réciter votre subjonctif). Il attend de vous que vous soyez grammairien et traducteur automatique. Ou que vous connaissiez l’intégralité des oeuvres du Louvre. Bref, vous n’y pourrez rien, le japonais apprend les langues étrangères à coup de grammaire, de traduction systématique ou est féru d’un point de culture ultra précis. Et s’attend à ce que vous le soyez aussi.

Et puis, de votre côté, vous pouvez aussi tomber sur l’élève que vous n’appréciez pas. Que cela soit en raison de ses propos, ses manières ou attitudes. Si vous ne pouvez pas encaisser, vous devrez couper les ponts (gentiment, proprement, définitivement).

Accepter de perdre son temps

Être professeur de français à Tokyo, c’est courir à droite, à gauche. Vous allez crapahuter dans toute la ville – au moins au début. Délimitez clairement les gares que vous connaissez et qui sont accessibles pour ne pas vous laisser dépasser par les temps et le coût du transport. C’est aussi se lever tôt – mon avocat voulait des leçons à 8h du matin, travailler tard (mon architecte me rencontrait après le travail, vers 20h) et n’importe quel jour. Puis c’est le temps passé à domicile pour créer du contenu. En bref, ce temps est décousu et nuit particulièrement à tout travail scolaire ou universitaire que vous pouvez avoir en parallèle. Ainsi qu’à votre vie sociale.

Assurer de (vrais) cours

Vousbatman-fle voilà inscrit, heureux de recevoir vos tous premiers messages, puis les premières rencontres. Vous vous sentez enfin officiellement tel un professeur de français au Japon. Et là patatras, comment enseigner (captain obvious passe par ici) ?

  • Comment expliquer les modes temporels, alors que la langue japonaise ne connait de « temps » que le passé et le non passé ?
  • Au secours, c’est quoi le subjonctif ? Le conditionnel ?
  • Comment expliquer le féminin et le masculin quand le japonais ne connait pas le genre ?
  • Les articles ?
  • Le possessif ?
  • Comment enseigner si vous ne parlez pas japonais ni anglais, ou si votre élève ne parle pas anglais ou n’a que des bases rudimentaires de français ?
  • Comment enseigner à un enfant ? À un professionnel ?
  • Comment enseigner quand votre élève ne comprend rien (mais fait mine de comprendre ?)

La liste est infinie, et chaque nouvel étudiant est une nouvelle occasion de se débattre avec ces interrogations.

J’ai été tour à tour motivée, dépassée, découragée, motivée de nouveau, puis blasée. Malgré toute ma bonne volonté, lire des articles, découvrir des méthodes, faire des leçons en m’inspirant de leçons existantes, utiliser des documents audio, vidéo, authentiques… Ce n’est ni tout le savoir du monde, ni internet qui vous confère la fibre pédagogique. Pour moi, ce fut le plus dur. Ce tâtonnement pour réussir à transmettre le savoir, en y mettant toute mon énergie, qui rate lamentablement. J’ai gardé un bon souvenir de certains de mes élèves, mais j’ai su qu’être professeur de français au Japon n’était pas pour moi sur le long terme.

Songez-vous à être professeur de français au Japon (ou ailleurs) ? Quel petit boulot avez-vous fait durant un visa vacances-travail ?

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10 Comments

  1. Répondre

    yamene

    1 août 2016

    bonjour , y’ a t-il des possibilité pour un enseignant algérien dotant d’un diplôme de FLE du français de trouver un poste de travail d’enseignement du français au japon ?

    • Rajaa

      26 avril 2017

      Bjr .pourriez-vs me dire si vs avez trouvé un emploi comme enseignant du fle.car j’ai le même objectif que vs.je ss enseignante au Maroc et je veux b1 vivre avec mon mari qui réside au Japon.mais j’ai des craintes

  2. Répondre

    Sparkes

    22 juin 2015

    Diplomate britannique à Tokyo cherche professeur français pour cours de conversation particulier hebdomadaire. Duncansparkes@hotmail.com

  3. Répondre

    Virginie H.

    25 avril 2014

    Je n’ai pas testé à l’étranger, mais je pense qu’enseigner les matières scientifiques est plus simple que les langues. Contrairement aux langues, les mathématiques (par exemple) sont universelles… on peut aisément se faire comprendre par des exercices ou uniquement en écrivant les équations. Quand tu vois que certains élèves français ne comprennent qu’en faisant les exercices, je me dis que je pourrais bosser avec une extinction de voix, ce qui t’est interdit ^^
    Bon courage avec tes nippons en tout cas !

  4. Répondre

    Amélie-Marie

    29 mars 2014

    Je crois que pas mal de WHV que j’ai croisé sont passés par cette case. Peut-être que je suis vraiment stressée par mes cours, car beaucoup ont l’air plutôt détendus sur le sujet :). Je comprends tout à fait cette honte, c’est bien pour cela que je trouve cette activité difficile. Peut-être est-ce « propre » aux langues d’ailleurs. Je suis pas particulièrement douée en sciences mais j’imagine que par l’explication et la pratique on peut « transmettre » le savoir. Un cours de français, si ton élève n’apprend pas son vocabulaire, ne lit pas bien les documents, ne comprends pas un point de grammaire, tu es vite dépassé xD. Par contre, la « conversation » offre une alternative sympa je pense, d’autant que tu peux pratiquer soit en particulier soit par le biais de café langue (Mickey House ou autre …). Par contre question salaire, c’est de l’exploitation !

  5. Répondre

    liochandayo

    29 mars 2014

    Oh, oui, j’imagine que ce n’est pas le petit job sympa que s’imaginent les working-holiday qui débarquent…
    Pour ma part, j’ai été prof particulier dans mes spécialités (les sciences), et ça s’est très bien passé. En revanche, j’ai tenté, une fois, de donner des cours d’Anglais, et, bien que j’aie un bon niveau… ce fut une catastrophe ! J’avais honte qu’on me paye pour cela !
    Du coup, ce n’est vraiment pas dans mes objectifs de donner des cours de Français au Japon… excepté en dernier recours…

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