Après une absence - ou est-ce une pause ? Mes questionnements et tâtonnements au sujet de mon blog sont au rendez-vous dans cet article mise au point.

Cela fait plusieurs semaines que l’idée de cet article germait dans mon esprit. D’ailleurs le titre même m’a posé beaucoup de souci. « Pourquoi je blogue » serait sans doute plus juste, cependant, rien à faire, ce verbe me déplait (au même titre que vloguer).

Blog, blog, blog

Je tiens mon blog depuis bientôt 5 ans – le premier article a été publié en 2014, mais j’ai mis en place ce site fin 2013. Cela me fait tout drôle lorsque je repense à mes premiers pas, mes premiers articles. Cela coïncide plus ou moins avec mon arrivée au Japon. J’écrivais (très mal) avec candeur et passion sur tout un tas de sujets. En vérité, je n’ai jamais su me fixer sur une ligne éditoriale particulière. J’avais envie de parler de voyage, de lieu, de culture, de société, de ma vie – tout ça à la fois. Sauf qu’en pratique, j’ai réalisé que je n’avais aucune envie de parler de voyage. Qu’écrire à propos de lieux, de monuments, de petites adresses ? Cela nécessite beaucoup d’investissement (et je suis une très mauvaise photographe !). Enfin,  lorsque l’on parle de culture et de société, il faut un temps considérable pour rechercher et digérer des informations, et sans doute encore plus de temps pour formuler ses idées et finalement trouver les mots.

Bref, pendant 5 ans, j’ai tenu ce blog en ayant des objectifs et des idées changeant constamment. J’ai même eu une petite période fiction avec cette série sur la vie à Tokyo – une initiative parfois mal comprise, car la ligne est mince entre la réalité et mes inspirations. Dernièrement, j’ai dressé une liste longue comme le bras d’articles que j’ai envie d’écrire. Et alors que je me fixais des objectifs, *pouf* mon envie d’écrire s’est évaporée. Fatigue, manque de temps, découragement. Le côté technique – gérer WordPress, mon hébergement, mon thème, m’aura aussi collé pas mal de migraines ces derniers temps. J’aimerais avoir le temps d’apprendre et d’approfondir. Malheureusement je n’ai ni le temps, ni la patience de me coltiner des tutoriels.

Et puis (et puis…) j’ai envie de reprendre possession de mon blog. Pendant longtemps, j’ai écrit en ayant en tête les attentes des lecteurs (avides de découvrir le Japon !) et leur curiosité naturelle sur ce qu’est la vie locale, la découverte de la culture et ainsi de suite. Parfois, j’ai vraiment juste envie de déverser mon quotidien – une sale journée au boulot, les clients relous, les bonnes rencontres, ma passion pour les pommes japonaises, sans mise en forme, sans recherche, sans complément. En fait, j’ai réalisé que j’avais envie d’écrire pour moi. Vous me pardonnerez le côté journal intime qui se profile dans ces lignes !

Le Japon, c’est ma maison…

Un élément clef de cette réalisation tient à ma participation au podcast Mensetsu. Il m’est de plus en plus difficile d’écrire sur le Japon (notamment sa culture), parce qu’avec l’habitude, le Japon m’est devenu tout à fait ordinaire. Ne vous imaginez pas (mais alors pas du tout) que je sois incollable sur le sujet – je suis probablement la moins bien informée qu’il soit lorsqu’il s’agit de parler culture locale. Seulement, ce filtre de l’ordinaire émousse ma curiosité et la réalisation que « tiens, c’est différent ». Je pense que le fait de vivre avec une personne japonaise, d’être très bien intégrée dans sa famille et d’avoir travaillé dans une entreprise 100% japonaise a fait de ma vie à Tokyo une normalité on-ne-peut-plus banale.

… Mais j’ai envie de partir ?

Oui et non. Disons que je ne m’étais jamais imaginée vivre au Japon, mais que je me suis toujours vue à l’étranger. Qu’advient-il lorsque l’étranger devient le familier ? Bonne interrogation…

En réalité, ce qui me motive principalement à être mobile, c’est la recherche des meilleures conditions de vie possibles pour moi, pour mon couple et une éventuelle future ‘famille’. Or, et si vous me suivez depuis quelque temps vous connaissez mon opinion, le Japon est loin d’être le pays idéal pour avoir un bon équilibre vie professionnelle / vie de famille. D’ailleurs, en tant que femme, c’est aussi un pays loin (genre la distance Terre – Lune x 2) de m’offrir les chances d’avoir une carrière et de m’épanouir. Le rapport de la société japonaise aux femmes me gonfle, m’exaspère et me désole. C’est la France des années 50 – et on ne brillait pas à cette époque là.

Donc, vous partez ?

Je traîne mentalement des pieds, mais cela se fera tôt ou tard. Autant pour mon cher et tendre que pour moi, il est inenvisageable d’élever nos enfants au Japon. On a pesé le pour, le contre, mais on ne voit absolument pas comment faire tant financièrement, que du point de vue éducatif. J’ai énormément réfléchi à l’éducation que je souhaite pour mes enfants – ce depuis même avant d’avoir l’envie de fonder une famille. Les options au Japon sont à des années-lumière de ce que j’estime nécessaire pour leur futur – et inaccessibles financièrement. Par ailleurs, les rôles-modèles offerts par la société japonaise, non merci. Au delà de l’école et de la famille, ce qui influence les enfants, c’est la société, leurs pairs, ce qu’ils observent et intègrent au quotidien…

Je m’égare, mais c’est essentiel pour expliquer le rythme ralenti de mon blog. Je me suis aussi éloignée de l’écriture parce que c’est une activité chronophage et qu’actuellement, je me pousse à développer de nouvelles compétences professionnelles sur mon temps libre pour un éventuel départ. Autre conséquence, je me suis aussi grandement interrogée sur le devenir de mon blog avec mon état d’esprit actuel. Ai-je envie de continuer à parler de ce pays ?

Mais pas tout de suite !

Bon, je parle en long, en large et en travers, mais le sayonara Japon n’est pas encore arrivé. Professionnellement, autant l’un que l’autre, nous souhaitons avoir un peu plus de bagages. Linguistiquement, aussi, mon mari doit améliorer son français. Notre objectif, c’est l’Europe.

D’autres causes de cet éloignement ?

Yes! À commencer avec mon ras-le-bol des réseaux sociaux, de l’absence de réflexion et de recul à laquelle on est confronté en permanence dans ce monde ultra connecté. Manque de chance, mon travail m’oblige à y être exposée. J’ai frôlé la saturation mentale, morale, physique. Avoir à gérer l’intolérance, la haine et la violence verbale écrite dans le cadre de mon travail m’a (me) poussée à me protéger dans le cadre privé et malheureusement, tenir un blog amène à s’exposer au jugement des autres.

… Y-a-t-il des causes positives au moins ?

Yes!  À commencer par le sport. Beaucoup de sport. Beaucoup de lecture, beaucoup de podcasts aussi. Et la cuisine. Je me suis mise à cuisiner et on ne m’arrête plus. Beaucoup de marche à pied et bien plus d’heures de sommeil à mon compteur. Du coup, dur dur de prendre véritablement le temps d’écrire ! Tout ça pour vous dire que je ne sais pas trop comment vont se profiler les prochains articles, mais que ça sera sans doute un peu plus personnel (et il est vraiment temps que je dépoussière mes catégories…) et peut-être un peu moins travaillé.

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11 Comments

  1. Répondre

    Béné no Fukuoka !

    6 novembre 2018

    Je réagirais juste sur l’avant dernier paragraphe. Quand tu n’as plus la pression des réseaux sociaux et des autres, l’envie de bloguer revient. Enfin pour moi ! Depuis que je ne suis plus sur Twitter et que je ne lis plus les blogueurs Japon certes mon lectorat et mes visites ont sûrement beaucoup diminué (j’ai désinstallé Google Analytics, je ne sais absolument pas mes chiffres) mais au niveau mental il n’y a pas photo : je suis beaucoup mieux maintenant. La clef c’est de ne pas se mettre de pression et de faire son blog pour soi.
    J’espère que l’envie de bloguer te reviendra !

    • ameliemarieintokyo

      6 novembre 2018

      Merci beaucoup ! Je crois que tu mets le doigt sur mon souci et je comprends parfaitement ta démarche. Lentement mais sûrement je vais très certainement essayer la déconnection des réseaux histoire de retrouver ma liberté :).

  2. Répondre

    Jo

    6 novembre 2018

    Me concernant, expatriée depuis un an en famille avec mon époux et nos 2 très jeunes enfants, je peux comparer ce que c’est d’élever des enfants en France et au Japon. Et bien y’a pas photo : le Japon l’emporte haut la main ! C’est nettement plus « family friendly ».
    Je ne vais rentrer dans les détails, mais aussi bien dans le quotidien (gratuité transports, sortie resto, toujours un endroit dédié pour allaiter dans les centres commerciaux,…), dans les subventions sans plafond de revenus (à la naissance, allocations 3 fois par an,…), dans les frais médicaux (gratuits),…. Ca permet déjà de soulager le budget familial, et d’être plus serein.

    Tout se passe toujours bien, il y a toujours une place pour les enfants où qu’on aille (en France, on s’est déjà fait jeter de restaurants parce qu’on avait osé se pointer en poussette !!! Genre t’as un bébé, ça y est, tu n’as plus de vie…).
    Au moins ici, tu peux vivre ton quotidien en famille sereinement, même si tu es étranger.
    Je ne sais pas s’il y a autant de pays dans le monde qui font aussi bien ? Mais j’espère que oui.

    Pour l’éducation, je pense qu’à partir du primaire, c’est n’importe quoi… L’école japonaise, nous l’avons fui également, mais j’ai entendu beaucoup de mamans ravies de la maternelle japonaise par contre.
    Il reste l’option de l’enseignement privé, il y a plusieurs types d’école, et c’est ce que nous avons choisi (LFIT). C’est hors de prix mais à l’époque où nous ne savions pas encore que nous irions vivre au Japon, nous avons économisé pour mettre nos enfants dans le privé en France (car l’enseignement public se détériore d’année en année). Du coup, l’argent part dans le privé, mais au Japon…

    Désolée pour le pavé, c’était ma petite opinion personnelle sur la vie en famille au Japon.
    D’ailleurs nous songeons à nous y installer définitivement

    • ameliemarieintokyo

      6 novembre 2018

      Pas de souci ! J’apprécie tous les retours 🙂 et je suis bien sûre ravie de voir que cela se passe bien pour vous et que vous avez pu faire les choix qui vous conviennent (c’est vraiment essentiel à mon sens).

  3. Répondre

    Mikki Forever

    5 novembre 2018

    L’écriture, c’est organique. J’aime beaucoup la tienne, le feeling passe, que tu parles du Japon, de toi, toi au Japon, le quotidien, manger, dormir un peu, bouger beaucoup, vivre, enfin ! Tu as raison de ralentir, dans ce joyeux monde en mode go fast. Bonne continuation !

  4. Répondre

    Eva

    5 novembre 2018

    Bonjour Amelie ! Tout d’abord je tenais a dire que quelque soit le motif de ton absence tu n’as absolument pas a te justifier, tu fais ce que tu veux et tu ne dois rien a personne. Merci pour cet article plein de sincérité. En ce qui me concerne je ne te lis pas pour le Japon en particulier mais pour ton style d’écriture que je trouve clair et drole. J’aime beaucoup que tu nous parles de ta vie et de tes ressentis sur ton environnement (ayant le projet de faire un PVT au japon prochainement je suis avide de toute experience). Je te suis particulièrement sur Twitter ou tu partage plus de petites anecdotes autour de toi ou de ton mari. Bref tout ça pour dire qu’il ne faut surtout pas te forcer. Si tu as envie d’arrêter, arrête, si tu as envie de changer de thème je suis certaine que des gens te suivront malgré tout. L’important c’est que tu t’epanouisse dans ce que tu fais 🙂 passe une bonne journée !

  5. Répondre

    tetoy

    2 novembre 2018

    Bah moi j’aimais bien ces articles décousu qui avait un style de journal intime.
    Plus simple. Plus amical. Moins prise de tête. Parler du Japon, oui ok c’est un peu le but de ton blog. Mais moi j’aime bien quand ça parle de la vie de tous les jours. Et si en plus, vous envisagez de partir ailleurs, c’est génial. Ca fera (enfin j’espère) plus d’articles sur les questionnements, l’organisation et les changement lié à ce déménagement.
    Faut pas se prendre la tête… C’est déjà tellement chiant avec le boulot et les râleurs à tout va !
    Faut profiter des moments présents (enfin surtout quand ils sont bien). Je t’admire pour t’être mise au sport ! Je n’y suis toujours pas arrivée…

  6. Répondre

    linemourey

    2 novembre 2018

    Difficile de tenir une ligne éditoriale claire pour son blog ! On a pleins d’idées à tester, développer, expérimenter. C’est tout un travail, qui demande de temps, de l’énergie et de l’investissement. Heureusement pour moi, C’est Monsieur qui gère WordPress et OVH ! Sinon, je crois que j’aurai même pas commencé l’aventure…

    En tout cas, cet article de fond fait réfléchir et plus que la découverte du japon, j’aime découvrir un pays à travers la personnalité de quelqu’un, comme une histoire…

    A très vite

    Line de https://la-parenthese-psy.com/

  7. Répondre

    Viedeherisson

    2 novembre 2018

    Quelqur soit le sujet c’est toujours un plaisir de lire tes articles !

  8. Répondre

    Arisa Homma

    2 novembre 2018

    Oh je comprend certains points! Comme l’éducation au Japon. Niveau étude, le Japon est vraiment super. Ils sont en avance que la Suisse, niveau amitié et ouverture d’esprit, je suis contente de vivre en Suisse. Mais paraît que la meilleure en éducation c’est l’Islande. Je suis une japonaise qui à toujours vécu a l’étranger: Philippine, Espagne, États-Unis, Suisse, France, etc.
    Et je suis bien contente d’avoir une grande ouverture d’esprit, d’avoir appris l’autonomie et l’adaptation en voyageant beaucoup plutôt que suivre ma grand-mère japonaise et me marier et rester dans le rôle de la mère au foyer qu’elle veut.
    En tout cas, je suis toujours vos articles et j’apprécie beaucoup de les lire. Je vous encourage vivement pour la suite!

  9. Répondre

    japankudasai

    2 novembre 2018

    Hello,
    En tout cas merci pour cet article à coeur ouvert et sans concession car comme tu le dis, y’a pas de honte à reconnaître que son quotidien est une routine, je comprend tout à fait. C’est en partie pour cette raison que je ne veux pas tenter l’expatriation au Japon, pour rester dans cette découverte et surprise (naïve mais assumée !) à chaque voyage.
    Je ne pensais pas que le manque de solution pour élever un enfant et le poids de la société puisse encore être à ce point déterminants dans le choix d’avoir un bébé. C’est triste…

    Je te souhaite une bonne continuation dans tes réflexions, et merci pour cet article fort utile que je t’avais réclamé sur les télécommandes des clims japonaises

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