La mentalité japonaise en une expression : otsukaresama desu !

otsukaresama desu

La langue d'un pays permet bien souvent d'en comprendre la culture ainsi que la mentalité. Au Japon, le groupe, ainsi que l'esprit d'équipe sont mis en avant et valorisé. Cela se ressent à travers le japonais et une bonne expression pour l'apprendre est : otsukaresama desu.

Dès vos premiers pas dans une entreprise japonaise vous serez amené.e à la connaître et à l’employer : otsukaresama desu est une expression japonaise incontournable. C’est l’une de celle que j’affectionne beaucoup et à laquelle je me suis tout de suite habituée.

Otsukaresama desu est difficile à traduire…

Les japonais eux-même sont conscients que cette expression est spécifique à leur culture et qu’on peut difficilement la transposer dans une autre langue.

otsukaresama desu

« Otsukaresama desu, gokurousama desu se disent comment en anglais ?« 

Voyons très rapidement la construction de cette expression qui s’écrit お疲れ様ですen japonais. お (o) est un prefixe honorique, tandis que です est une copule qui en japonais, associe le sujet à l’attribut de la phrase. Le suffixe 様(sama) est aussi honorifique. Enfin, la racine de otsukaresama desu est le verbe tsukareru (疲れ(る)) signifiant se fatiguer / devenir fatigué. Pour autant, l’expression ne refère que bien indirectement à la « fatigue » physique ! Il faut donc se garder d’une traduction littérale.

otsukaresama desu

 

Une expression de gratitude

Principalement employée au sein de l’entreprise au Japon, l’expression symbolise la gratitude à l’égard des collègues. Si l’on devait vraiment s’atteler à traduire la phrase, ce qui s’en rapprocherait le plus est sans doute : « merci pour ce dur labeur ». Une autre nuance pourrait être « merci de ton dévouement (au travail) ». Tout de suite, l’importance de la phrase otsukaresama desu prend tout son sens. C’est une entrée pour construire de bonnes relations au bureau et au sein de l’entreprise en général. On y lit une reconnaissance et un respect à l’égard de l’autre, très important aux yeux des japonais. N’oublions pas qu’au Japon, les apparences et la paix sociale compte bien plus que l’individu !

Dès mes premiers pas dans le monde professionnel japonais, je l’ai adoptée. C’est notamment aussi parce que lorsque j’apprenais le japonais dans une école, nous avions tous été habitués à remercier nos professeurs en fin de cours avec ce cri du coeur : sensei, otsukaresama desu !

Ensuite, pour être tout à fait honnête, l’expression peut être utilisée tellement de fois dans la journée et dans des contextes tellement variés qu’il est délicat de faire une liste précise. Toujours est-ce qu’il ne faut pas en faire l’impasse si vous êtes amené.e à travailler au Japon ou avec des japonais. En fait, vous pourriez essayer que vous n’y arriveriez pas.

Lorsque l’on arrive sur son lieu de travail.

Les portes de l’ascenceur s’ouvrent sur la réception de votre entreprise et vous avez déjà quelques collègues à l’oeuvre… Et bien, vous pouvez soit dire bonjour (おはようございます, ohayou gozaimasu) ou leur adresser un otsukaresama desu. C’est une manière de les remercier de leur travail effectué avant votre arrivée.

Durant la journée de travail.

Otsukaresama desu peut à la fois débuter et finir une conversation (si, si !). Étrange, sans doute, néanmoins cela rend les relations professionnelles plutôt agréable. Par exemple, les réunions démarrent toujours sur une ronde de otsukaresama desu que l’on s’adresse les uns les autres. Elles finissent de même, afin de remercier les participants d’avoir participer (je vous vois rire). Si votre collègue revient d’un rendez-vous à l’extérieur ou vient de finir un dossier, vous pouvez lui témoigner votre reconnaissance de la même manière (ou l’ignorer, mais ne vous étonnez pas de ne plus être invité aux soirées…). J’ai fini de compléter le dossier d’un étudiant ? Mes collègues me diront « otsukare ! » qui est la version courte de l’expression. N’oubliez pas que le japonais évolue beaucoup selon les rapports sociaux et le contexte. Ainsi, avec des amis, un simple « otsukare » ou « otsukaresama » suffit.

C’est l’exemple même de l’esprit d’équipe japonais. Dans cette culture, il est essentiel que tout le monde se sente reconnu et intégré dans l’entreprise. À mes yeux, se l’entendre dire est à la fois valorisant et apaisant. Si j’ai eu un travail particulièrement pénible, l’attention de ceux que je côtoie tous les jours allège une partie de mon stress. Je suis prête à enchaîner avec autre chose.

Après une dure journée de labeur. 

Le premier jour dans une entreprise donne vite le ton et le rythme. C’est en fin de journée, lorsque les collègues quittent le bureau que vous pouvez leur dire otsukaresama desu. Au lieu de dire simplement « au revoir, à demain », vous les remercier pour le travail accompli. Attention ! Lorsque c’est votre tour de quitter le bureau, ne le dites surtout pas ! En effet, il s’agit alors pour vous de dire une autre expression : « o saki ni shitsurei shimasu » (je m’excuse de partir en premier).

Si vous accompagnez les collègues pour picoler jusqu’à ce que mort s’ensuive boire un coup après le travail, votre petite troupe victorieuse trinquera sans aucun doute d’un cri général « otsukare sama desu ! Kanpai ! ». Traduction : ouf la journée est enfin finie ! Tout le monde est ainsi soudé et les discussions peuvent commencer (l’alcool aidant) afin de soulager des frictions qui peuvent exister au sein de l’équipe.

Otsukaresama des…hita !

Kézako !? Eh oui, une variation existe. Dans le contexte d’un travail achevé ou d’une fin de journée, desu peut être remplacé par sa forme passé : deshita.

Sans plonger dans des explications grammaticales complexes, l’emploi de la forme passée implique une nuance. D’après mon professeur, le passé exprime implicitement l’idée d’un accomplissement, d’une fin. Si vous deviez dire otsukaresama deshita à un collègue encore plongé dans un dossier à boucler, vous lui dites littéralement… « Merci d’avoir fini ». Mieux vaut éviter de vexer votre open space et utilisez de préférence la forme présent.

Gokurosama desu ?!

Votre chef lui, peut se fendre d’un peu de paternalisme avec l’expression gokurosama desu. La phrase, si elle signifie exactement la même chose que otsukaresama desu est connotée. En effet, elle implique une certaine forme de condescendance à l’égard d’un surbordonné. En résumé, votre supérieur peut vous remercier d’un gokurosama desu mais vous non.

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10 Comments

  1. Répondre

    boisson

    9 juillet 2018

    Je passé par là suite à ton tweet sur Osakini shitsurei shimasu. Et du coup j’ai une question stp. Je pars du bureau le soir. Tout le monde dit d’une seule voix « otsukare sama desu ». Mais du coup, je leur réponds quoi ? Ja mata ahita ? Ça va, ça ?

    • ameliemarieintokyo

      9 juillet 2018

      Si tu es proche de tes collègues ou/et que l’environnement de travail est assez classique, tu peux dire simplement « osakini », qui est la version abrégée et toujours correcte de osakini shitsurei shimasu. Bien que l’expression soit discutable, elle reste tout de même très employée. Si l’entreprise est plutôt jeune/moderne, mata ashita est possible. L’idéal serait peut être simplement de demander aux collègues 🙂 ça fait une bonne conversation !

  2. Répondre

    Léa

    14 avril 2016

    je ne connaissais pas du tout… Merci pour les explications, surtout la partie « mise en contexte » !

  3. Répondre

    cali55

    31 mars 2016

    Toujours très intéressants tes articles ! Merci pour les explications !

    • ameliemarieintokyo

      1 avril 2016

      Merci beaucoup!! Cela me fait très plaisir :).

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