À la rencontre de Marie, entrepreneure au Japon et créatrice de la marque C.MARIE

Découvrez le parcours de Marie, entrepreneure au Japon, ainsi que ses expériences d’études et de travail au Japon. Une aventure passionnante que je ne soupçonnais pas lors de nos échanges sur Twitter. Aussi, lorsque j’ai appris au détour d’un tweet la création de sa marque, j’ai (j’avoue !) sauté sur l’occasion d’en savoir plus et de partager son initiative.

A : Je suis vraiment ravie de pouvoir présenter ton expérience aux lecteurs. J’espère aussi que cela encouragera d’autres français.e.s à se lancer dans l’entrepreneuriat au Japon ! Est-ce que tu peux te présenter très rapidement ?

Entrepreneure au Japon Je m’appelle Marie, j’ai 24 ans. Originaire du Nord-Isère où j’ai grandi, je suis partie poursuivre mes études supérieures à Lyon. Je suis partie vivre au Japon en janvier 2016 et je me suis installée pour de bon à Saga en août de cette même année. Saga, c’est une région qui ne paie pas de mine et rarement recommandée par les guides, malgré ses trésors. J’aime la simplicité de la vie au Japon et j’avoue ne jamais m’ennuyer. Enfin, vu la tranquillité de la vie locale et la qualité de la nourriture, je ne suis pas prête d’en partir ! (Même si comme beaucoup, je n’aime pas l’été japonais !)
Entrepreneure au Japon

A : C’est bien une remarque française ! (rires) À quand remonte ton histoire avec le Japon ?

 

Entrepreneure au JaponJe pense que dès mon plus jeune âge j’ai été attirée par les cultures asiatiques. N’ayant pas voyagé à l’étranger étant enfant, ces pays particulièrement lointains me faisaient rêver. Adolescente, je suis tombée dans la pop-culture japonaise. Les mangas, les animes, la musique, les dramas… La totale quoi ! Mon intérêt s’est affiné pour le Japon.

A : Est-ce qu’étudier le japonais fut une évidence pour toi ?

 

Entrepreneure au JaponAu lycée, je voulais devenir géologue, mais je péchais en physique-chimie… Au dernier moment, j’ai finalement changé d’orientation et opté pour le commerce international. Je me suis dit que j’aurais ainsi l’occasion de partir à l’étranger. Inscrite en Langues Etrangères Appliquées au Commerce International à Lyon 3, j’ai pas mal hésité sur ma LV2 avant d’opter pour le japonais. Ce fut compliqué au tout début. Mais j’ai peu à peu développé une véritable passion pour cette langue. À partir de la 2ème année, j’étais vraiment contente d’apprendre le japonais et de pouvoir le parler. En 2015, je pars d’ailleurs en stage à Kamakura. Un très bon apprentissage. Cependant, amoureuse de la nature et de la campagne, j’avoue avoir détesté la vie à Tokyo !

A : Pas mal ! En plus de ton stage, tu as eu l’occasion de faire un échange universitaire au Japon. Quelle a été ton expérience ?

 

Entrepreneure au JaponOui, j’ai effectué un semestre à l’Université de Shimane, dans l’ouest du Japon. Ayant un profil orienté affaires et marketing, je n’ai pas compris mon affectation pour cette université lors de l’annonce des résultats. Elle n’offrait aucune des matières à valider pour mon cursus dans son programme ! Cependant, vaille que vaille, j’ai décidé de tenter l’expérience. Une fois sur place, j’ai bien apprécié mon séjour. Néanmoins, comme je m’y attendais, beaucoup des cours offerts ne m’intéressaient pas. Un mal pour un bien, j’ai pu prendre des cours d’architecture japonaise, participer à des tutorats de langue… En plus, la région de Shimane est vraiment très belle. Elle regorge aussi de légendes sur la fondation du Japon. À la fin, j’étais vraiment contente de ce séjour !

A : Partir durant ses études est une étape essentielle à mon avis ! Coup de chance, avant ton échange universitaire, tu as en plus eu l’occasion de faire un second stage au Japon. Ce fut une étape décisif pour ton parcours.

 

Entrepreneure au Japon En effet, l’entreprise de mon second stage est aussi celle qui m’a embauchée à la suite de mon échange universitaire ! Cette fois-ci, je me suis tournée vers Kyushu. Mon orientation avortée de géologue m’avait fait retenir cette région pour les volcans. L’entreprise n’ayant personne pour gérer une section marketing à proprement parlé, j’ai eu l’occasion de faire pas mal de missions intéressantes durant les trois mois de mon stage. Notamment, j’ai conduit des études de marché, revu leur catalogue et site internet. Satisfaits, ils m’ont alors proposé de revenir à temps plein après mon échange universitaire, avec un visa de travail à la clé. Ayant bénéficié d’une belle liberté durant le stage et appréciant l’ambiance PME, j’ai dit oui.

A :  Et puis, coup classique d’une boîte japonaise, tu as eu à gérer « plus » que prévu.

 

Entrepreneure au Japon Oui… Lorsque je suis revenue 6 mois plus tard, ma petite « PME » japonaise avait doublé de taille et s’était fixée de nouveaux objectifs de croissance. En soi, mon travail n’avait pas changé, mais l’ambiance et les règles étaient d’un coup très sévères. Adieu liberté ! Ma charge de travail a aussi considérablement augmenté alors que l’entreprise peinait à embaucher. En plus de mes fonctions marketing, je me suis coltiné du secrétariat, ce dont j’avais horreur…

Cependant, mes soucis ont véritablement commencé lorsque j’ai dû travailler avec les commerciaux de l’entreprise. Ça a été dur pour eux de s’adapter et d’intégrer une véritable section marketing (moi !). Par exemple, ils oubliaient de me prévenir pour les réunions ou quand bien même j’y assistais, on me faisait sentir que je n’étais pas la bienvenue. Sur un plan personnel, je m’entendais bien avec eux. Mais professionnellement, ils n’étaient pas prêts à changer leurs habitudes. Même lorsque notre chef d’entreprise me nommait chef de projet à la fin d’une présentation… Les commerciaux allaient se plaindre. Ils sont « plus vieux, ont plus d’experience ». Et ils finissaient par reprendre le projet. Au bout d’un an et demi, j’ai lâché l’affaire. Moralement, je n’en pouvais plus.

A : Tu as bien fait de partir comme tu le relates sur ton blog.

 

Entrepreneure au Japon Je pense aussi que c’était le bon moment. Heureusement, mon expérience n’est pas tout en négatif ! Avoir fait du secrétariat m’a rendue très à l’aise avec les démarches administratives. Et surtout, je me suis habituée au téléphone en japonais dans le contexte de l’entreprise. Aujourd’hui ce sont de gros atouts pour contacter mes fournisseurs et les services clients. Ma souffrance passée m’offre un avantage indéniable aujourd’hui pour être entrepreneure au Japon. Autre excellent point, celui d’avoir travaillé dans le monde du « monozukuri » japonais. Ce concept signifie fabriquer (zukuri) des choses (mono) avec une dimension philosophique que l’on traduit difficilement en français. Si ce terme peut signifier “production” littéralement, il inclut aussi les notions d’amélioration constante pour viser la perfection, et du savoir-faire traditionnel de l’artisan japonais.
Ma précédente entreprise conçoit, fabrique et installe des structures architecturales à la demande des clients. En interviewant des personnes de mon entreprise, j’ai réalisé que beaucoup d’entre eux étaient réellement passionnés par leur travail. Ils me confiaient aimer fabriquer, voir la structure installée et finie. J’ai commencé à passer du temps dans les ateliers pour prendre des photos pour compléter mes catalogues, et les voir fabriquer avec autant de conviction, de savoir-faire et de fierté m’a donné envie de présenter ces valeurs de la production japonaise.

entrepreneure au JaponA : Et finalement, te voilà devenue entrepreneure au Japon ! Tu as conçu ta marque, C.MARIE, avec des engagements plutôt sympa : design français, fabrication artisanale à la japonaise et matériau respectueux de la nature. Tout d’abord, qu’est-ce qui t’a donné le déclic ?

 

Entrepreneure au Japon Clairement, ma grosse baisse de motivation pour mon ancien travail. Je ressentais le besoin de plus de liberté et de créer. En octobre, j’ai passé du temps dans les ateliers pour fabriquer des objets publicitaires en tissu. J’ai senti que c’est ce que j’aimais faire ! Je ne suis pas une grande fan de mode, mais j’adore les sacs. J’en ai plein de tous les styles pour toutes les occasions. Peu à peu l’envie de créer des sacs, fabriqués par un artisan japonais a commencé à me trotter dans la tête. Mon mari a dû démissionner à cette même période, car son entreprise était en difficulté. Il m’a proposé de mener une étude de marché pour voir si mon idée était viable. Il voulait lui aussi être indépendant. Pour ça nous avons toujours été en phase ! C’était un projet à long terme pour nous qui s’est concrétisé à cause de – ou grâce à – nos situations professionnelles.
entrepreneure au Japon

A : Quelles ont été les démarches pour devenir entrepreneure au Japon ?

 

Entrepreneure au Japon Pour les démarches, le plus simple a été de mettre les papiers à son nom, puisqu’il est japonais. Nous avons fondé une entreprise individuelle. Nous avions donc juste un papier à remplir auprès du centre des impôts de notre ville de résidence, et voilà ! Fini la paperasse ! Si un étranger se lance seul, je pense que c’est un peu plus complexe que cela. Il faut déjà un visa adapté et un budget conséquent à investir. Ensuite, ce qui a surtout été compliqué, ce fut de trouver un artisan pour faire fabriquer nos sacs. Finalement, c’est mon ancien patron qui m’a fait part d’une connaissance. Le courant est passé tout de suite. Nous travaillons donc uniquement avec eux aujourd’hui.

A : Super ! D’où vient ton inspiration ? Et quelles sont tes ambitions ?

 

Entrepreneure au Japon Tout d’abord, lorsque je conçois un sac, je m’imagine l’usage que ma cliente en ferait. Puis, ensuite vient l’esthétique . Que ce soit en m’informant des tendances dans le secteur des sacs, ce qui me plait comme forme etc. Ensuite, je réfléchis à quel espace intérieur de sac ma cliente aura besoin. Que va-t-elle mettre dans les poches ? Comment souhaite-t-elle fermer son sac ? Quelle longueur de anse est idéale pour le porter ? À partir de là, je retravaille la forme de base et les proportions. Mes ambitions… Eh bien, par la suite, j’aimerais vraiment dessiner mes propres motifs pour les faire imprimer sur le tissu intérieur. Cela donnera un côté plus « fun » tout en gardant l’extérieur très sobre. Je souhaite aussi présenter d’autres formes de sacs, notamment des sacs à dos, des pochettes… L’inspiration ne manque pas !

A : Tu travailles aussi avec une entreprise française. Peux-tu nous en dire plus sur ce savoir-faire que tu importes au Japon ?

 

Entrepreneure au Japon En effet, le matériau extérieur de nos sacs est développé par une entreprise française. C’est un cuir PVC, qui a pour qualités d’être plus souple, plus résistant à l’usage intensif, à l’eau, à la salissure. Surtout il est plus durable que d’autres cuirs PVC et que le cuir animal. Par ailleurs, c’est un matériau 100% recyclable ! L’entreprise en question est très concernée par les questions de développement durable puisqu’elle dérive de la pétrochimie. Mon fournisseur cherche donc à exploiter ses ressources le plus proprement possible et à étendre le cycle de vie des produits.
Tout ce travail de recherche et développement nous permet de fabriquer des sacs solides, durables tout en étant esthétiques et sans matières animales. Je les connais grâce à mes précédentes expériences de stage chez eux. C’est d’ailleurs grâce à cette entreprise que j’ai pu aller au Japon faire un stage dans l’entreprise qui m’a engagée. C’est aussi comme cela que j’ai découvert leur cuir PVC. Ils ont une filiale et un distributeur au Japon qui importent les produits. Nous achetons donc au Japon sans trop nous soucier des problèmes liés à l’import hormis les délais de livraison. Ils font partie de mes contacts professionnels depuis des années, ce qui rend la communication plus rapide et facile.

A : Comment se passe la création des sacs de ta marque ?

 

Entrepreneure au Japon Alors, je commence bien évidement par dessiner plusieurs modèles. Puis, avec mon mari, nous nous arrêtons sur celui que nous préférons. Par la suite, j’attribue des dimensions qui me paraissent correctes. L’artisan avec lequel nous travaillons produit un prototype. Cela permet de vérifier les proportions, la taille, et la fonctionnalité du sac. Je le teste à l’usage et ensuite, nous revenons sur le design de base. Il faut faire attention aux proportions pour que visuellement le sac reste joli, tout en choisissant d’autres dimensions de boucles, de fermetures éclair… Nous choisissons aussi les couleurs que nous pensons les plus adaptées au modèle. Finalement, une fois les matériaux achetés et livrés chez l’artisan, le travail de fabrication peut débuter.
entrepreneure au Japon
Cet artisan, aussi basé à Saga, travaille avec sa femme. Ils ont aussi leur propre entreprise. En quelque mois, nous avons développé une relation de confiance et ils encouragent notre projet. De notre côté, nous sommes en totale confiance. Au moindre couac, ils n’hésitent pas à nous contacter. On règle le problème à 4 avec évidement, pas mal de sumimasen de leur part, puis de la nôtre ! Ils ont aussi une mentalité « monozukuri » si on peut appeler ça comme ça, qui est de toujours viser à fabriquer le meilleur produit qu’ils sont capables de délivrer.

A : En tant qu’entrepreneure au Japon, quels seraient les conseils à donner à ceux qui suivent tes pas ?

 

Entrepreneure au Japon Dans un premier temps, la maîtrise du japonais ! Même si un éventuel partenaire peut se charger de la traduction et de l’administratif, je trouverais regrettable de ne pouvoir communiquer avec les fabricants. Par exemple, il m’est important de pouvoir dire de vive voix ce que je souhaite comme rendu final. Cela m’amène au deuxième point : trouver les bons partenaires que ce soit pour de la production, de la distribution… Enfin, il faut se renseigner sur les aides aux nouvelles entreprises offertes par les villes de résidence et départements.
À Saga, des consultants sont disponibles et l’on peut assister à des séminaires pour élargir son réseau et se former. Le centre des impôts de notre ville nous propose même 4 visites à domicile sur la première année pour nous aider avec notre comptabilité. Évidement, tout ce support que je viens de mentionner est totalement gratuit ! Ce serait dommage de passer à côté. Pas mal de départements souhaitent se développer économiquement et donc offrent des avantages. Par exemple, c’est le cas de Fukuoka qui aspire à être une mini Silicon Valley et a un programme facilitant l’obtention du visa entrepreneur.

A : Merci beaucoup ! Pour découvrir les collections de C. MARIE, c’est par ici.

 

www.cmarie-bag.com

Entrepreneur au Japon

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2 Comments

  1. Répondre

    Béné no Fukuoka !

    3 juillet 2018

    Ca fait plaisir de lire Marie ! Elle a un super projet, j’espère que ça marchera.
    Pendant que j’y suis c’est aussi sympa d’avoir un article de nouveau un peu moins « généraliste » sur le Japon sur ton blog 🙂

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