Dès que nous avons commencé à sortir ensemble, mon compagnon s'est mis à apprendre la langue de molière avec application et intérêt. Bien sûr, de mon côté, j'ai appris le japonais - tant bien que mal. Dernièrement, je me suis remise à donner des petites leçons de français à mon mari japonais et... Il me rend chèvre !

Mon mari japonais et le français résumé en une ligne.

« Tu pues de cul ! Pues du cuuuul, puuues de cuuuul ».

 

Niveau de survie

En quelques mois, mon mari japonais a su manier les rudiments du français de manière assez épatante. Inscrit dans un cours de français pour débutant à l’université, il a visionné environ 1376,2 fois Plein Soleil avec Alain Delon car chaque cours était dédié à un passage du film. Il ne peut plus entendre le mot soleil sans s’écrier « oh noooon ». Le traumatisme. Autres expressions favorites depuis son cours à l’université, « comme-ci, comme-ca », « tant pis, tant mieux », « non, c’est pas vrrrrai ». Comme le « r » n’existe pas en japonais, il met un point d’honneur à le prononcer, ce qui peut être très drôle ! Parmi les difficultés de prononciation, « in », « an » et « on », les voyelles nasales en somme, sont très difficiles. Par exemple, « tympan » et « tampon » sonne exactement pareil à son oreille s’il n’est pas concentré.

Heureusement passionné par l’apprentissage des langues étrangères, démêler les histoires de genre (masculin/féminin n’existant pas en japonais), d’articles ou de conjugaisons ne l’a pas découragé. Pas le moins du monde. Cependant, c’est un peu difficile.

– C’est quoi déjà le passé grande ?

– Hein ?

– Le passé grande ? Passé… supérieur ?

– …

– Le passé grandiose !?!

(10 minutes passent)

– Ah ! Le plus-que-parfait !!

En effet, en japonais, cette conjugaison est appelée 大過去, soit « grand (大) » + « passé (過去) »). En parallèle, il a un talent inné pour retenir des expressions farfelues, parfois plus ou moins bien. Mon mari japonais qui s’énerve après quelque chose : « Je me cherche ou quoi !?* »

(*Traduction « Tu me cherches ou quoi »)

Ou, plus récemment, « t’ezéxagères trop ! » pour tu exagères. Vraiment.

Niveau rires et chansons

D’autre part, fredonner des airs avec des mots et phrases en français l’aide beaucoup. Il a l’oreille musicale, la passion des rimes et la créativité d’un enfant. Ainsi, par période, il invente plein de petites chansonnettes qu’il pousse à tue-tête…

« Je dois me brosser les dents,

me brosser les deeeents.

Jeeeee dois me brooooosser les dents,

me broooooossser les deeeeents pan pan pan ! ».

Ou…

« Je mets de l’eau partout, partout,

je mets de l’eau partouuuuut touuut touuut ».

Allez savoir, l’expression le petit oiseau (dans le petit oiseau va sortir) le fait mourir de rire depuis que je lui ai expliqué sa connotation enfantine et familière… Et la chanson qui va avec, et qui s’allonge à chaque nouvelle invention.

« Je bois de l’eau, petit oiseau.

Je pèle la peau, petit oiseau.

C’est un cadeau, petit oiseau… »

Niveau humour caca pipi prout.

Par ailleurs, il ne manque pas d’humour. Il se dit lui-même qu’il est « très rigolo » et quand il me fait des blagues qui m’énervent, du style « ce fromage ça sent comme ton pied« , il me sort :

– « Oh mais c’est rigol ! »

Ou, l’air narquois :

– « T’es mets z’en colère ? »

Il se trouve très drôle en particulier lorsque nous sommes en France dans la rue. Moment idéal pour lancer bien fort à la ronde « Je suis ton gigoloooo ! ». Ou encore, « Wah, t’as pété ou quoi ?! ». Ou bien, « bonsoir madame, quel est ton numéro de téléphone ? ». Autre spécialité ? Faire mine de courir après les policiers français en criant « Je suis pas un immigrant illégal !! ». Ambiance.

Sa référence française préférée ? Fatal Bazooka. Il peut balancer du tac au tac « parle à ma main » « fous ta cagoule » « c’est une pute ». Ne me regardez pas comme ça, il a accès à Google comme tout le monde. D’ailleurs, il s’est dégoté aussi des vidéos de Bonne nuit les petits (ça date !). Ou encore écoute en boucle la chanson On lâche Rien de HK & les Saltimbanks.

Parfois, c’est le retour en enfance et il peut s’étouffer de rire avec le mot prout. D’ailleurs, il en a fait un verbe. « Prouter ». Ensuite, il est aussi très imaginatif avec le mot merde, qu’il place parfois à toutes les sauces.

– « C’est pomme de merde ? »*

(*pomme de terre)

Mais attention à ne pas tomber dans le panneau. Il comprend également bien plus qu’il n’en laisse paraitre. Ou au contraire, ne comprend rien du tout, tout en étant très fort pour faire mine qu’il suit.

Mon mari japonais, lorsqu’il en a rien à faire de ce que je lui raconte.

– « J’écoute ? »

Niveau les reflexes qui tuent.

Puisqu’il a l’oreille musicale, il retient donc vachement vite des phrases attrapées à la volée. En revanche, cela se retourne parfois contre lui. Ainsi la fois où, croisant un français dans le cadre de son travail, il lança un « bonjour, comment ça va? Quand l’appétit va tout va ! ». Mais la plupart du temps, cela ne tombe pas trop mal.

– « Ça va pas la tête ?! »

– « Quel dommage ! »

– « Oh, mais c’est la vie Amélie ! »

Niveau ça se corse.

Cependant, alors que nous tentons – travail d’équipe !, de l’amener enfin à un niveau intermédiaire, les leçons sont ponctuées de « mais pourquoiiiiii ?! ». Notamment, pourquoi « un cheval, mais les chevaux ?! », pourquoi « en France, mais au Japon ? » ou encore les affreuses irrégularités des verbes français… En résumé :

– « Prononciation du français, c’est cauchemar !! »

Je dois admettre ne pas être une très bonne professeure. Mais je tente à l’aide d’ouvrage de Fle de l’amener petit à petit à un meilleur niveau (on est pas loin de remonter le mien au passage, ahem). Par moment, je me dis que nos leçons de français mériteraient d’être mises en BD.

– « C’est quoi ça, SDF ?

– Sans domicile fixe. »

Puis le mari écrit avec application.

mari japonais

Hier, nous abordons un débat sur la télévision. Je lis la question de notre livre.

– « Aimes-tu la télévision ?

– Non, j’aime pas la télé parce que le cerveau est lavé ! »

Pas trop à côté de la plaque !

Finalement le français, pour mon mari japonais, ça sert aussi à piéger ma famille.

En France, mon mari est bien souvent assailli de questions et d’attention. Ce qui le fait un peu trembler d’avance, de peur de ne pas comprendre ce que ma famille lui dit. Du coup, à Noël, il a trouvé une parade absolument formidable.

Poser une question pointue de grammaire – par exemple sur la concordance des temps. Et voir ma famille s’écharper pendant trois heures sur le sujet, tandis que lui, bonnard, s’enfile tous les canapés au foie gras. Au fond, il est très content de lui.

Le mari japonais, fier d’avoir mis le feu.

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13 Comments

  1. Répondre

    Isa Vvat

    1 juin 2018

    Haha j’ai la même avec mon japonais de mari, il m’a fait beaucoup rire le jour où il m’a sorti « Ah, t’as un joli nichon aujourd’hui! »
    En fait, il voulait dire chignon.
    On rigole bien tous les jours n’empêche ^^

    • ameliemarieintokyo

      2 juin 2018

      Olalala qu’est-ce que j’aurais ris !!!! XD L’autre jour, il croise une amie française qu’il n’a pas vu depuis longtemps et lui sort : « oh t’as perdu ton visage !!! » (pour dire qu’elle avait perdu du visage et maigris x))

  2. Répondre

    tetoy

    28 mai 2018

    Est ce que j’ai le droit de venir vous voir pendant une séance avec un des pop corn ?
    J’ai bien rit pendant la lecture en imaginant les scènes avec des sourires fiers s’échappant du visage de ton mari.
    Merci XD

  3. Répondre

    Châtaigne

    18 mai 2018

    Ahaha ! excellent ton article, et ton mari au passage 😀 c’est clair que la langue française c’est pas de la tarte, mais en même temps le japonais non plus ^o^

  4. Répondre

    Marmouzets

    18 mai 2018

    Je viens, je lui laisse mes filles, ils vont s’adorer et bien s’amuser puis toi et moi on ira se balader pour ne pas trop souffrir de leurs blagues pipi-caca

  5. Répondre

    Arisa Homma

    18 mai 2018

    Ah mais j’ai adoré lire ce post! Et je suis d’accord avec vous! Faut absolument créer un BD sur ces moments! Ou mieux, un manga! XD Je suis une japonaise qui habite en Suisse donc les problèmes de langage, je n’en ai plus sauf avec le masculin-féminin. J’ai toujours du mal avec les déterminants. J’ai au moins retenu quelque chose de mon prof de français, elle avait dit que tous ce Qui est négatif sont souvent féminins. XD Ça donne une bien bonne image! XD

    • ameliemarieintokyo

      18 mai 2018

      Bonjour ! Merci beaucoup de votre commentaire :D. Bravo aussi pour cette maitrise du français. Je ne connaissais pas cette astuce mais je vais la partager ce soir pour sur !

  6. Répondre

    Emilie

    18 mai 2018

    Merci! C etait mon fou rire du jour!-

    • ameliemarieintokyo

      18 mai 2018

      Merci beaucoup 😀 Ravie d’avoir propagé un peu d’humour !

  7. Répondre

    otax

    18 mai 2018

    Excellente cure pour zygomatiques atrophiés ! J’ai bien sûr bien apprécié votre billet, mais aussi reconnu, dans certains passages, les difficultés qu’éprouve également mon épouse japonaise avec notre bonne vieille langue. Bravo à vous, continuez à nous faire voyager et apprécier vos talents d’écriture, et à votre mari, qui mérite bien également nos encouragements !

    • ameliemarieintokyo

      18 mai 2018

      Merci beaucoup, cela me touche énormément ! Bon courage pour son apprentissage à votre épouse 🙂 parfois trébucher en français donne de jolis souvenirs et de bons fous rires !

  8. Répondre

    Dides

    18 mai 2018

    Merci pour ce temoignage sur votre mari en train d’apprendre le français. J’ai beaucoup ri ! Je trouve qu’il est très courageux, et je m’imagine en train d’apprendre le japonais, dur dur ! Bonne continuation à lui, et au plaisir de vous lire.

    • ameliemarieintokyo

      18 mai 2018

      Merci beaucoup !

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