Le vélo au Japon

Si vous me lisez régulièrement, vous avez pu percevoir entre mes lignes, mon désamour du vélo au Japon. Les cyclistes sont ma bête noire quasiment tous les jours, et pourtant je sais parfaitement que c’est un transport sympa, écologique et nettement moins bruyant que les voitures. Oui, mais voilà. Les vélos à Tokyo font tout et n’importe quoi.

Credit: tokyoform  source: Flickr

Credit: tokyoform
source: Flickr

Contrairement à la croyance populaire, la circulation à vélo au Japon est très réglementée et des amendes d’un montant conséquent existent. Le principe de base? Les cyclistes doivent suivre les mêmes règles que les automobilistes: 道路交通法 ou 道交法. Vous pouvez vous procurer le guide des règles de circulation en anglais ici:

  • Les cyclistes doivent rouler à gauche.
  • Rouler dangereusement: 50,000 yens d’amende et / ou 3 mois d’emprisonnement.
  • Rouler avec un vélo dont les freins sont défectueux: 50,000 yens d’amende.
  • Rouler sous l’influence de l’alcool est strictement interdit: 5 ans de prison, 1 million de yens.
  • Faire du vélo sur le trottoir est interdit, sauf si la signalisation indique le partage de la voie: 

(« Est-ce que vous les respecter? Les règles et la courtoisie en vélo »)

Je commence doucement à rigoler. S’ajoute les autres règles applicables au vélo au Japon:

  • Rouler tout en tenant un parapluie, écoutant un MP3 ou en parlant au téléphone est strictement interdit: amende montant jusqu’à 50,000 yens.
  • Les vélos sont tenus d’avoir une sonnette ainsi qu’une lampe de nuit.
  • Il est interdit de rouler en tandem à l’exception de Nagano.
  • Il est illégal de rouler avec un passager (à l’exception d’un enfant de moins de 6 ans): amende 50,000 yens.
  • Le vélo doit être enregistré au nom de son propriétaire auprès de la police préfectorale.
  • Les cyclistes sont supposés utiliser leur sonnette uniquement en cas de danger (et non pas pour faire dégager les piétons du passage). Cette infraction est sanctionnée de 5,000 yens d’amende.

自転車7

Nos respectueux japonais, quand il s’agit de monter à vélo, envoient paître toutes les règles édictées ci-dessus et se révèlent les plus irrespectueux cyclistes. Pire, la police ignore les transgressions plus que régulières.

  • Je commence par le point qui me fait bondir quotidiennement: les japonais roulent sur le trottoir. Alors que les routes sont suffisamment larges pour passer en vélo sans se sentir en danger. La loi précise que l’on peut rouler sur le trottoir uniquement si:
    – le cycliste est âgé de moins de 13 ans ou de plus de 70 ans
    – la signalisation le permet
    – si la route est manifestement dangereuse (beaucoup de voitures garées, route étroite…).
  • La conduite dangereuse est rarement contrôlée à moins que le cycliste ne blesse dangereusement un piéton (moyenne des arrangements à l’amiable? 1 million de yens).
  • Une des règles la moins respectée de toute et pourtant terriblement importante, est l’interdiction de la conduite sous l’influence de l’alcool. J’ai vu bien souvent des japonais en état d’ébriété zigzagant sur leur bécane. Et pourtant, ils se font rarement arrêter. On me souffle qu’au pire, ils seront mis en cellule de dégrisement pour la nuit.
  • La police ignore superbement les vélos sans sonnette.
  • La police ignore superbement la conduite avec la parapluie, le lecteur MP3 ou encore le téléphone.
  • L’image classique du cycliste japonais? À deux sur un vélo.

On note que la loi concernant le vélo au Japon ne mentionne rien concernant le casque, y compris pour les enfants (alors que les chutes de vélo sont fréquentes). Autre point qui me chagrine, les femmes qui font du vélo avec des chaussures totalement inappropriées.

Credit: Masahire Yochimi  source: Flickr

Credit: Masahire Yochimi
source: Flickr

J’ai très peu fait de vélo au Japon. J’ai eu l’occasion à Tsukuba, à Matsumoto ou encore à Okinawa, dans les îles, où les routes sont bien plus calmes, il est vrai, parfois mieux organisées qu’à Tokyo pour l’accueil des cyclistes. Si on est frileux sur deux roues, faire du vélo à Tokyo est une aventure stressante. Je préfère de loin mes deux jambes!

ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

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12 Comments

  1. Répondre

    lazuli 羅守璃

    30 juillet 2015

    je crois que j’ai eclate de rire en lisant ce passage : « Faire du vélo sur le trottoir est interdit » mwahaha
    et si les velos sont censes se comporter comme les voitures ceux qui passent du trottoir a la route et vice-versa pour par exemple passer un feu bah c’est genial quoi ><
    moi non j'aime pas trop les velos surtout ceux qui foncent a pleine balle et te glaxonne dessus TT
    ca serait vraiment pas du luxe de mettre en place des pistes cyclables ici vu le nombre de velos qui circulent
    et vu comment circulent certaines voitures je comprends que les cyclistes soient pas chaud chaud a l'idee de conduire sur route…erm

    bien sympathique comme article j'ai appris plein de choses^^
    PS: les japonais et leur image de peuple qui respecte les regles etc…(ssshtt en fait ils s'en f**tent royal XDD)

  2. Répondre

    nos

    1 août 2015

    Rouler avec un verre dans le nez , 5 ans de prison, il faut appliquer ce tarif aux automobilistes en Belgique….. nos routes seraient vides.

  3. Répondre

    Amandine

    9 août 2015

    Il me semble qu’à Tsukuba, ça s’est pas trop mal passé…

    « Il est interdit de rouler en tandem à l’exception de Nagano. » …? Ça me laisse pantoise

  4. Répondre

    kaedeotori

    8 octobre 2015

    Il n’y a pas si longtemps la loi interdisait aux vélos de rouler sur la route. C’est donc resté dans les habitudes. Pour quelqu’un qui se déplace énormément à vélo dans Tokyo, je peux te dire que la plupart des larges routes dont tu parles sont assez flippantes… Les automobilistes sont un peu tarés.
    Le vélo est vraiment une manière super chouette de visiter Tokyo 🙂

    • ameliemarieintokyo

      8 octobre 2015

      Bonjour! Merci de ton commentaire :).
      Cela fait quand même un bon bout de temps puisque la loi obligeant les cyclistes à emprunter la route date de 1970. Le trottoir est une exception! (moins de 13 ans, plus de 70 ans). Les générations suivantes auraient dû intégrer les règles depuis. Je comprends que ça soit stressant et les automobilistes ne sont pas toujours avertis, mais le fait est que la majorité des japonais ne connaissent ni le code de la route, ni les règles concernant les vélos. Une des preuves flagrantes est le nombre d’accidents, blessures et décès par vélo, fléau contre lequel la police japonaise se bat depuis des années à l’aide de campagnes etc. (moyennes tournant autour de 5% de mort selon les régions). En tant que piétonne, je suis constamment bousculée et / ou poussée par les cyclistes inconsidérés – japonais comme étranger. L’idéal serait le développement des pistes cyclables mais celui est entravé par les lobbies des grandes marques automobiles qui voient le transport à velo comme une concurrence… Bref, ce n’est pas simple comme sujet et il faudrait que l’on puisse se mettre à la place des autres utilisateurs de l’espace public pour améliorer la situation!

  5. Répondre

    Léa

    18 octobre 2015

    merci beaucoup pour cet article fouillé. Je suis une partisane du cyclisme urbain, et la culture japonaise m’intéresse… Quel dommage que ce soit le désamour entre les 2 !

    • ameliemarieintokyo

      20 octobre 2015

      Bonjour, merci beaucoup de ton retour, c’est vraiment gentil. C’est vrai que le manque de piste cyclable (certains quartiers sont très bien équipés, il faut l’admettre) rend problématique le partage de l’espace entre tous les usagers. Le second soucis est vraiment le manque d’information des cyclistes. Mais c’est une habitude très ancrée chez les japonais et je pense que cela ne manquera pas de progresser dans les années à venir!

  6. Répondre

    BIAMONT Guy

    20 juillet 2016

    Bravo ! Je découvre vos considérations alors que suis à la recherche de ce qui est autorisé ou non pour les cyclistes au Japon.
    Il y a un an, j’ai déjà essayé de me manifester dans votre sens sur Kanpai. Toute leur enfance, j’ai inculqué à mes gosses « Attention, on reste sur le trottoir ! » et puis voilà. Remarque, à Tokyo les trottoirs sont souvent bicolores, une bande rouge et une bande noire; l’une pour les vélos, l’autre pour les piétons. Les cyclistes s’en moquent comme de leur première crevaison. A Kyoto, c’est pas mieux, particulièrement dans les quartiers universitaires; là à certaines heures, j’ai l’impression de lutter contre des vachettes qu’il faut esquiver à la dernière minute. Si un « investisseur » me lit, il faut d’urgence inventer des rétroviseurs pour les piétons. Tu vois un truc dans une vitrine, tu y vas et pan, tu te prends un cycliste dans … le dos ! Bon, ok, la petite Mamy tremblotante qui se hasarde encore à vélo (et au passage, SVP pas EN vélo, mais à vélo, comme à cheval, à pied, mais en voiture , en avion…etc…en vélo où, dans la sonnette ?)) à droit à tout, je n’en disconviens pas.En un mot comme en cent, C’EST LE TRUC QUI ME FAIT LE PLUS CHIER ICI ! na comme ça c’est dit. Guy à Kyoto.

  7. Répondre

    robert lamantin

    17 octobre 2016

    Bonjour,
    Votre article, qui pointe le comportement cavalier et dangereux des cyclistes à Tokyo, entretient l’idée fausse que ces derniers en sont les premiers responsables. En réalité, les grands fautifs de ce sinistre constat ne sont pas les usagers eux-mêmes, mais les autorités japonaises. En n’imposant pas les lois qu’elles édictent, elles laissent chacun faire ce que bon lui semble, avec un résultat inévitable : un mélange d’anarchie et de « loi du plus fort ». En cela, le japonais n’est pas différent de n’importe quel représentant du genre humain : il exploite son espace de liberté jusqu’à la lie.
    La plus grande faute des autorités, leur boite de Pandore, c’est de tolérer qu’un vélo emprunte le trottoir. Résident d’une petite ville située sur la ligne Takasaki, à quelque 50 km au Nord de Tokyo, je parcours quotidiennement 26 kilomètres à bicyclette avec mon petit garçon de 4 ans (trajet domicile-école) ; j’ai le choix pratique, à défaut d’être théorique, d’emprunter soit la route, soit le bas-coté « matérialisé » par une simple ligne blanche et qui sert à la fois de « piste cyclable » (cette bonne blague) et de trottoir. Et quel que soit mon choix, je serai dans l’inconfort, l’incertitude et le danger :
    Sur le « trottoir », la chaussée est déformée, grêlée de nids-de-poule, envahie saisonnièrement d’herbes voire d’arbustes. Je dois faire attention aux piétons, aux sorties de garages, de parking et plus généralement, de toutes les (nombreuses) propriétés privées dont les habitants ne devraient pas voir à s’inquiéter lorsqu’ils mettent un pied dehors…
    Sur la route, c’est l’enfer : les automobilistes, parfaitement au fait de la tolérance ci-dessus évoquée, n’admettent pas d’être gênés ou ralentis par un vélo. Ils me le font savoir de la plus désagréable des manières, en me frôlant à grande vitesse, en me coupant la route, en « refermant » les virages au risque de me faire chuter. Je me ferais une raison, je supporterais le danger, je gérerais mon stress si je n’avais que ma couenne à protéger… seulement j’ai MON FILS à l’arrière, sur le siège-baquet ou dans sa petite carriole ! Alors, tous ces beaufs motorisés qui s’amusent à nous chahuter, ils me donnent des envies de meurtres ! In fine, pourtant, ils ne sont aussi que les otages d’une autorité lâche et incompétente, composée d’hommes et de femmes qui n’usent jamais eux-mêmes de bicyclettes et donc, s’en tamponnent joyeusement le coquillard.

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