L’art japonais de la marche namba aruki

Marcher. Voilà bien un acte qui nous semble évident et naturel, et depuis que l’homme gambade debout, on ne doute pas une seconde que marcher consiste à mettre un pied devant l’autre. Attendez une minute… marcher est-ce si évident que cela ? À l’ère d’Edo (1603-1868), le namba aruki (なんば歩き) était une façon de marcher dite plus efficace et saine que notre démarche d’aujourd’hui. Eh oui, bouger nos hanches, tordre son corps pour avancer, tomber en avant, se voûter en marchant… à l’ère d’Edo, nous aurions manqué de classe.

Cette démarche japonaise est née du mode de vie de l’ère d’Edo. Il est dit que les messagers appelés « hikayaku » ont donné naissance au namba aruki, cette façon de se mouvoir efficace et saine. Il valait mieux quand il s’agissait de délivrer un message de Tokyo à Kyoto en 6 à 8 jours… Soit 480 kilomètres. Avec de telles distances à couvrir, les messagers devaient se mouvoir efficacement.

source Photographe: Kusakabe Kimbei, Hikyaku, vers 1885

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Photographe: Kusakabe Kimbei, Hikyaku, vers 1885

Cette façon de se mouvoir – en marche comme en course – convenait mieux aussi au port du kimono, permettant de ne pas ruiner la « mise en plis », ainsi qu’au port des geta dans les rues boueuses, évitant de s’éclabousser. Enfin, cette marche évite au samuraï que son épée, attachée à la hanche, ne balance trop. Finalement, à l’ère Edo, le namba aruki convenait à tout le monde. Pour comprendre le concept de cette marche, rien de tel que la démonstration d’un maître (0:24, 1:16, 5:10).

En quoi consiste le namba aruki ?

Lorsque nous marchons, nous balançons notre bras droit en avançant le pied gauche. Et vice versa. Conséquence de quoi, nous tordons le haut de notre corps, ainsi que nos hanches. Lorsque vous pratiquer la marche namba, vous avancez le bras droit et la jambe droite en avant au même moment. Certes, je vous l’accorde, pour avoir testé, on se sent bien ridicule et quelque peu embarassé pour avancer. Rien de tel que de suivre un guide très bien fait pour maîtriser cette marche.

À gauche, namba aruki – à droite, notre marche habituelle

Pourquoi apprendre le namba aruki ?

Maintenant que vous avez compris le concept, je vous vois me regarder du coin de l’oeil. Pourquoi apprendre à marcher le namba et prendre le risque d’avoir l’air, avouons-le, un peu étrange ? Eh bien cette marche est bénéfique sur plusieurs plans. Le premier, évident, concerne les arts martiaux asiatiques dont les fondements ne sont pas éloignés de cette marche. Mais dans la vie de tous les jours, les bénéfices pour la santé et le corps sont là (d’après la page wikipédia): plus d’endurance, position stable du corps, pas de perte d’énergie, plus de force dans le corps, moins de fatigue à monter les escaliers… Le prix à payer ? Passer pour un fou.

Comment apprendre le namba aruki ?

D’après le guide cité auparavant, il faut d’abord apprendre à faire de grands pas.

Première étape à passer -  source: tofugu

Première étape à passer – source: tofugu

Puis apprendre à bien balancer ses bras.

Les bras en avant ! source: tofugu

Les bras en avant ! source: tofugu

Bien sûr, il faudra ensuite maîtriser la marche pour avancer rapidement, avec de moins grands pas. La suite sur Tofugu !

Historiquement, il n’est pas dit que tous les japonais se déplaçaient ainsi, ni comment le namba aruki s’est éteint. Mais il est certain qu’apprendre à maîtriser son corps dans de nouveaux mouvements est toujours bénéfique pour la santé. Alors, convaincu ? Avez-vous envie de vous mettre à la marche d’Edo ?

 

 

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2 Comments

  1. Répondre

    firstlabelgroup

    5 juin 2015

    merci pour ce beau article !

    • ameliemarieintokyo

      8 juin 2015

      Merci beaucoup de ce passage et de ce gentil commentaire !

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