Je poursuis avec mes impressions sur le mariage de nos amis, célébré à Okinawa, avec le déroulement de la cérémonie de mariage. Véritable choc culturel, j'ai probablement eu l'air ahurie du début jusqu'à la fin !

Ce récit, bien que très personnel et inspiré de mon expérience réelle, est écrit de manière volontairement exagérée et n'offre au regard du lecteur qu'une vision des évènements : celle que l'on peut avoir lorsque l'on est un poisson d'eau douce en plein océan !

Nous venons d’arriver à l’hôtel et je commence sérieusement à avoir la boule au ventre. Je ne suis psychologiquement pas prête à mettre mon masque de bonne humeur et à parler japonais avec des dizaines et des dizaines (et des dizaines et des…) d’inconnus. Ou pire, des personnes que j’ai croisées et dont je ne me rappelle ni les visages, ni les noms. Bonjour l’angoisse !

L’attente pour la cérémonie est longue…

Il est 16 heures environ. Nous n’entrons pas par la grande entrée principale de l’hôtel avec sa réception, mais par l’accès côté parking pour les invités. Le lobby est désert. Notre petit groupe se sépare. Nos amis partent enfiler leurs costumes. En attendant, nous errons sans savoir trop où attendre, jusqu’à trouver, au détour d’un couloir, un hall avec trois tables couvertes de nappes de soie blanche et quelques chaises. Plus loin, se trouvent les ascenseurs qui permettent de rejoindre la Chapelle, au niveau inférieur, et la salle de réception, au 20ème étage avec sa vue panoramique sur Naha.

Les invités sont sur leurs 31.

À peine assise en équilibre sur le bout d’une chaise, triturant nerveusement mon châle bleu ciel, qu’arrive enfin une bonne partie des invités dans le hall. Le lourd silence s’efface dans une cacophonie de salutations, de rires et d’exclamations. Je ne manque pas de scruter les femmes japonaises et leurs tenues, un peu embarrassée de constater les coiffures sophistiquées, les tenues de soirée couleurs pastel, ainsi que les colliers de grosses perles blanches qui parent leurs nuques élégantes. Certes, le style serait sans aucun doute perçu comme has been en France, mais elles sont toutes raccord.

Lors de telles occasions, je me fait l’effet d’être une huitre. Fermée, crispée, j’attends désespérément que mon mari me présente, ayant du mal à faire les premiers pas. Bien sûr, lui, quoique sociable, est très gauche, et il m’oublie souvent. Je ne lui en veux pas – je suis bien assez grande pour prendre l’initiative de me présenter. Cependant, je suis la curiosité du jour, celle dont on a entendu parler, qui a épousé Buzz, surnom datant de ses années universitaires. La mystérieuse étrangère que l’on observe du coin de l’oeil pour les moins informés se demandant ce que diable fait-elle là. Je n’ai pas à faire un seul pas, qu’un à un, les plus braves des curieux s’approchent pour me parler.

Paris, Paris, Paris.

J’ai mal aux joues de sourire et je suis raide comme un piquet. On me parle de Paris. Paris où on est allé faire sa lune de miel ou passer ses vacances. Quoi, je viens de Nantes ? Oh ! Ah ! L’édit de Nantes n’est-ce pas. Est-ce que j’ai un béret ? Non, du tout. J’échange des banalités, brave les stéréotypes brise-glace et tente de mémoriser quelques noms (peine perdue) en donnant le change amicalement. L’une des japonaises, Y., grande, mince, habitant Osaka, semble particulièrement heureuse de me rencontrer. Une fois les crispations des premières conversations passées, je suis beaucoup plus à l’aise pour discuter avec plaisir avec les invités qui m’ont abordée.

Mais déjà les employés de l’hôtel nous appellent. Il est temps de prendre l’ascenseur, par petits groupes, pour entrer dans la chapelle.

La chapelle…

cérémonie

Elle est petite, toute blanche, avec des rangées de bancs en bois décorés de fleurs blanches. Une dizaine à gauche et à droite. Le long des murs, des fauteuils kitchs en velour rouge. Manquerait plus qu’un sosie d’Elvis et nous voilà à Las Vegas. On nous explique qu’il est préférable de s’asseoir sur les bancs – les fauteuils seront pour les derniers entrés et ceux qui prennent des photographies.

Au fond de la chapelle, un autel, sans prêtre et une grande croix. À gauche, un piano et une femme d’une quarantaine d’année, à l’embonpoint généreux derrière un micro. À droite, un autre micro, et une femme en costume noir, pour animer la cérémonie. Les yeux écarquillés, je suis ébahie par le déroulement des évènements.

Où se cache donc le metteur en scène ?

Au micro, la femme en noir annonce :

« – La mariée va entrer, levez-vous. »

Et tout le monde se lève, téléphone portable à la main, pour photographier la mariée et sa longue traîne blanche. Derrière elle, une femme aussi en costume noir, s’affaire à que la traine soit plissée comme il faut et ne se prenne pas dans un banc. En musique, Canon en D majeur, Pachelbel.

« – Asseyez-vous, la cérémonie commence. »

Les mariés prononcent leurs voeux de mariage, écrits sur une feuille de papier, en synchronisation parfaite. L’acoustique terrible de la chapelle donne à leur voix à l’unisson un effet dramatique.

« – Levez-vous. Vous pouvez applaudir. »

Et nous obéissons sagement, nous nous levons pour applaudir.

« – Asseyez-vous. Le couple va maintenant signer le registre. »

Et le couple, ému, signe le registre, carton A4 avec deux pages.

« – Le couple devant vous montre le registre dont vous êtes les témoins. Vous pouvez applaudir ».

Tenant le carton de leurs quatre mains, le couple nous présente leur signature.

Mais ?

Je n’ai pas assisté à beaucoup de mariage dans ma vie, il est vrai, mais je suis à cet instant précis, complètement déboussolée. Je me tourne vers mon mari qui me fait un sourire complice et hausse les épaules. À lui aussi échappe le sens de ce cérémonial.

« – Et maintenant, Mme Truc va nous chanter truc truc truc ».

La dame se tenant à gauche, en silence, et dont j’avais totalement oublié la présence, se met à chanter un je ne sais quoi d’air d’opéra avec des trémolos qu’elle appuie de ses bras. Pour le coup, c’est mon mari, à ma droite, qui est bouche bée à s’en décrocher la mâchoire. Le soir même, il me dira, « – Mais, je ne comprends pas, qu’est-ce qu’elle faisait là, la chanteuse, là ? C’était quoi le rapport ? ».

« – Le couple sort de l’église, applaudissez. »

Et nous applaudissons. Nous sommes invités à sortir, où nous saluons d’une courbette le couple qui attend sur le parvis pendant qu’un photographe les mitraille. Du moins, c’est ce qu’il aurait été poli de faire si, mon mari encore perturbé par la conclusion musicale de la cérémonie n’avait pas bondi sans moi vers la sortie. Ne sachant si je devais sortir ou attendre un ordre précis, j’ai eu un moment de flottement embarrassant avant de me décider à franchir la porte en m’excusant.

« Souriez ! … Euh, en fait non, souris pas. C’est mieux. »

Soulagée, je me dis que la cérémonie est enfin finie – ça aura pris 10 minutes à tout casser. Cependant nous devons attendre notre tour pour les traditionnelles photographies autour du couple, sur l’escalier menant à la chapelle. D’abord le couple et la famille, puis le couple et certains amis, puis, enfin, les amis les moins proches. Dans la foule, je repère soudain une femme – enfin plus exactement sa robe, bleu marine, en dentelle, près du corps sans être trop moulante, et ayant la sacro sainte longueur en dessous du genou. LA robe que j’avais essayé lors de mes recherches et hésité à acheter. Avant de renoncer en me disant que nom de nom, je n’allais pas acheter une robe juste pour un mariage. Belle esquive de ma part.

Puis, le photographe demande à ce que nous allions tous nous tenir en demi cercle sur la pelouse devant le balcon du 2ème étage de l’hôtel. Il y monte rapidement pour prendre ainsi tous les invités, qu’il invite à se détendre et à prendre des pauses moins crispées et plus drôles.

Moi… Et bien moi, je fais partie de ces gens qui, face à un appareil photo ou une caméra, perdent tout leur charme et leur naturel. Mais alors complètement. Prenant conscience de chaque pore de mon visage, j’en viens à oublier comment sourire. Mes lèvres deviennent sèches, mon visage affiche un rictus affreux, je ferme systématiquement les yeux au mauvais moment et mon corps semble comme désarticulé… J’ai la photophobitite aiguë et je suis au supplice.

L’attente bis

Les employés de l’hôtel nous invitent à retourner attendre dans le hall. La réception n’est qu’à 18:00 et les mariés déjà courent se changer, tandis que les derniers préparatifs sont mis en place dans la salle de réception. Je pousse un soupire de soulagement. Mes collants chair – un impondérable de de la tenue pour un mariage japonais, me mettent au supplice. Tout comme mes bottines. Je m’esquive et me précipite aux toilettes, histoire de souffler un instant. Ça va, j’ai encore l’air présentable et mon visage ne dégouline que modérément de sueur.

Pour tuer le temps, nous marchons dans les couloirs et nous nous arrêtons devant une grande baie vitrée qui donne sur la chapelle. Derrière celle-ci, un grand jardin, la piscine de l’hôtel et des chaises longues couvertes de feuilles mortes. Les palmiers très abîmés par les typhons de cette année donnent à ce jardin un air désolé d’abandon.

C’est parti !

Il est 17:57. Nous prenons tous les deux l’ascenseur direction le 20ème étage. Il faut préparer notre enveloppe pour les mariés, celle qui contient la modique somme de 50,000 yen. À la sortie de l’ascenseur, sur notre droite, nous voyons l’accueil pour la réception. Des amis des mariés sont volontaires pour tenir le registre derrière deux tables rectangulaires accolées. Nous tendons notre enveloppe tout en signant le registre avec nos noms et adresses. Nous ne sommes pas d’Okinawa et à ce titre, nous recevons une compensation financière pour avoir fait le déplacement, à hauteur de 10,000 yen chacun.

Avant d’entrer dans la salle, nous sommes invités à une petite activité créatrice. Nous est présentée une grande page sur laquelle est dessiné un arbre sans feuillage. À nous de lui créer son feuillage avec nos doigts ! Des tampons encreurs de toutes les couleurs sont à notre disposition.

La réception…

D’une certaine manière, la salle de réception ne me déçoit pas : classique, moquette, tables rondes aux nappes de grenat, une grande scène dans le fond, d’énormes baies vitrées de chaque côté. Les mariés s’assoient sur un canapé installé sur une autre petite scène devant la baie vitrée à ma gauche. Je constate qu’ils n’ont pas l’air d’avoir de table. Un drôle de pressentiment m’étouffe. Les mariés profiteront-ils de leur repas de mariage ?

(À suivre…)

10 janvier 2019

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9 Comments

  1. Veronik

    26 décembre 2018

    J’ai oublié de laisser un commentaire quand je l’ai lu. Tu as beaucoup d’humour et j’attends la suite. ..
    J’espère que les fêtes de Noël se sont passées agréablement. A bientôt …

    • ameliemarieintokyo

      10 janvier 2019

      Merci beaucoup !

  2. Auriane

    19 décembre 2018

    Vivement la suite!!!

  3. Emilie

    15 décembre 2018

    J’attends la suite avec impatience. A ta place, je ne sais pas ce que j’aurais fait devant tellement de superficiel et chichis…j’aurais sans doute eu pas mal de fous rire nerveux!

    • ameliemarieintokyo

      18 janvier 2019

      Merci ! C’était le cas intérieurement 😀

  4. Arisa Homma

    13 décembre 2018

    Ah mon dieu! Mais ça me fait honte d’être japonaise! XD C’est quoi tous ce cirque?! Peut-être que j’ai grandit beaucoup trop avec les occidentaux? Mais ce n’est pas spontané, ni naturel, pas de chaleur. C’était un mariage d’amour ou un mariage arrangé? Bon, je sais maintenant que je ne me marierais pas façon japonaise. Mais pas non plus façon catholique. Mon mariage parfait serait magique. Je compte bien mélanger le thème Harry Potter et le Japon. Style Mahoutokoro.

  5. Aisling

    13 décembre 2018

    Quel suspense! Merci pour ce récit passionnant qui tient vraiment en haleine 🙂 ça me rappelle un peu un mariage coréen auquel j’avais assisté il y a longtemps, qui avait été très rapide et culturellement dépaysant…
    Merci de partager ton expérience!

    • ameliemarieintokyo

      13 décembre 2018

      Merci ! 🙂

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