Kôdô, l’art japonais d’apprécier les parfums

L’évocation du pays du soleil levant ne se fait plus sans penser à l’art des fleurs appelé Ikebana (生け花 ou 華道) ou encore à la cérémonie du thé (茶道). Ces pratiques artistiques classiques, admirées et respectées, sont pourtant au nombre de trois, et la dernière, le Kôdô, est bien souvent inconnue des japonais eux-mêmes. Le kôdô (香道, la voie de l’encens) est l’art d’apprécier les parfums à travers un rituel structuré durant lequel les participants écoutent les fragrances du bois d’encens.

Comme pour la cérémonie du thé, tout ce qui touche à la cérémonie Kôdô est considéré comme l’un des geido, arts raffinés, prenant naissance dans la légende de l’apparition du bois d’aloe ou bois d’agar. Celui-ci, échoué sur une plage d’Awaji, aurait attiré par son odeur merveilleuse les habitants qui l’auraient alors brulé avant de le présenter au seigneur local.

Historiquement, ce bois est arrivé au Japon durant l’ère Asuka (VI ème siècle) dans une cargaison destinée à la construction d’un temple bouddhiste. Les bois parfumés n’existant pas au Japon, ils étaient importés d’Inde. Utilisé pour des cérémonies religieuses, l’encens devient un jeu pour les aristocrates japonais, et des compétitions sont organisées, véritables réceptions mondaines, décrites par Murusaki Shikibu dans Le Dit du Genji.

Rencontres mondaines autour de jeux de parfums – source: http://routesduparfum.blogspot.jp/

Plus tard, le Koh-Do se divise en plusieurs écoles, dont deux ont survécu jusqu’à nos jours : l’Ecole Oie-ryu et l’Ecole Shino-ryu. La première, établie par Sanetaka Sanjonishi, a donné forme aux manière et aux méthodes de la cérémonie du Koh-Do, en mettant l’accent sur les aspects littéraires de l’encens. La seconde de ces écoles, Shino-ryu, est organisée de manière plus systématique, et attache une importance considérable aux manières et à la formalité. Oie-ryu perpétue l’encens comme une forme de jeu transmise par les nobles de la cour aux autres classes sociales durant la période de Heian. Shino-ryu, pour sa part, s’est répandue parmi les classes des samourais et des grands marchands.

Source: nipponkodo

Aujourd’hui, les structures de la cérémonie sont basées sur les règles datant du XV ème siècle (ère Muromachi). Il est dit qu’il faut 30 ans de pratique pour pouvoir maîtriser cet art (la cérémonie du thé, elle ne demande « que » 15 années). Les participants sentent tour à tour l’encens, le commentent et jouent à deviner quels bois sont utilisés. Le Genjiko par exemple, teste le nez des amateurs à travers 5 préparations dont il faut deviner si elles contiennent ou non le même encens (discrimination envers les nez bouchés !).

Pesée de bois d’encens – source: http://matome.naver.jp/

Cette pratique est coûteuse, en raison du prix du bois d’encens, mesuré en gramme. De 20 000 yens, soit 145€, jusqu’à l’équivalent du gramme d’or pour un gramme d’encens de bonne qualité, on peut au moins se rassurer (comme on peut): malgré une utilisation unique, les restes peuvent être conservés pour plusieurs centaines d’années. Si le bois a en plus une histoire, il devient encore plus cher (je vote pour un kit Natures&Découvertes).

source: http://www.nipponkodo.com/fr/culture/ceremony.html

source: http://www.nipponkodo.com/fr/culture/ceremony.html

La cérémonie débute par l’écoute de l’encens (Monkou, 聞香), puis la préparation de l’encens (kikigouro, 聞き香炉) et se déroule de manière relativement complexe. Les règles sont très bien évoquées ici.

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5 Comments

  1. Répondre

    chris

    12 février 2016

    Oh cela m’a rappelé un événement ancien : j’ai pu participer à un cours par un maître d’encens (dans le cadre de l’atelier de haïku en japonais que je suivais à la MJCP avec la poétesse Madoka Mayuzumi. Cette dernière avait invité un maître venu nous présenter le jeu de l’encens).

    Le maître a ensuite calligraphié le nom des participants selon leur succès au jeu… J’étais « niji » (pour avoir tout deviné. 🙂

    • ameliemarieintokyo

      24 février 2016

      Merci de ce commentaire et quelle chance d’avoir vécu cette initiation. J’aimerai beaucoup avoir l’occasion de participer à un tel cours.

  2. Répondre

    liochandayo

    25 août 2014

    Waa, ça a l’air hyper intéressant !
    Bon, moi, mon odorat est tout naze, donc, j’arriverais à rien, mais ça me plairait d’assister à ça un jour !

    • Amélie-Marie

      25 août 2014

      Mon odorat est lamentable x). Alors je suis certaine que cela m’échapperait malheureusement. Mais je suis curieuse ! Si je trouve des démonstrations (pas trop chères x)) sur Tokyo je t’en toucherai un mot !

    • liochandayo

      25 août 2014

      Ah, cool, merci !

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