J’ai été en Host Club à Kabukicho… Et j’en suis revenue!

host club

Host Club, kezako?

Kabukicho, c’est le quartier rouge de Shinjuku.

Tenu par la pègre japonaise et chinoise, c’est un quartier de restaurants, bars et clubs dont la clientèle n’est pas exclusivement masculine, bien au contraire. Les hostess clubs, ces bars où de jeunes femmes divertissent des hommes d’affaires, sont connus depuis bien longtemps. Mais Kabukicho a depuis quelques années, développé le host club (ホストクラブ) destiné aux femmes. Le principe ? Payer la compagnie d’un beau jeune homme qui n’a de yeux et d’oreilles que pour vous (ô déesse au porte-monnaie bien fourni). Les jeunes femmes, mariées ou non, s’y rendent pour s’amuser, boire, rêver mais aussi être écoutées, un peu. Reste la dernière catégorie, la curieuse, qu’on entraine bon gré mal gré dans ces lieux de perdition ! Retour sur un samedi soir, dans l’un de ces lieux étranges où des hommes vous servent et vous font la discussion, le tout à tarif horaire.

Allez viens, je veux t’emmener quelque part, tu vas pouvoir parler japonais !

Hmm … Oui, mais où, je suis timide !

Surprise !

Une aventure…

Cela faisait des mois que l’on m’avait invitée à découvrir un endroit bien mystérieux, où je pourrais m’entrainer à la langue nipponne, tout en m’amusant. Après m’être défilée une première fois pour cause de gueule de bois (merci le hanami, l’observation des cerisiers, au parc Yoyogi), titillée par la curiosité, je ne pouvais décemment pas refuser.

Ok !

Me voilà à Shinjuku, en début de soirée, dans la foule, découvrant le quartier Kabukicho en pleine ébullition. Pour pallier la timidité et renforcer nos nerfs, un petit coup au combini du coin, et deux sandwichs plus tard, nous voilà fin prêtes pour … Mais pour quoi ?

Host … HOST CLUB ? 

On me tire par le bras, et je marche à reculons (littéralement). À Kabukicho, m’apprend-on, il existe plus de 200 host clubs, avec un important turn over, car cela ne marche pas très bien comme business. L’idée ? Se rendre ce soir dans l’un des clubs proposant un tarif spécial découverte pour nouvelle cliente …

Kit spécial survie: host club

Accueillie comme une princesse, on vous présente un catalogue, sorte de menu de beaux jeunes hommes. Pendant une petite heure, tous les hosts viennent se présenter, tendre leurs cartes de visite et faire connaissance. À partir de ces quelques instants partagés, la cliente choisi son host favori, qui reçoit alors un pourcentage sur les achats de la cliente. Bien souvent, une fois le favori choisi, il n’est plus possible d’en changer. Une fois qu’une relation est établie, la cliente revient voir son host, passer du temps avec lui, voir le convie à un repas, ou au karaoke.

Après avoir épluché les bons plans, en général 1000 yens par personne pour une heure, nous voilà lancées à la recherche du club … qui nous acceptera. Si l’idée est simple, nos curieuses têtes de gaijins blondes compliquent la chose. En effet, les étrangères reviennent rarement, ne lieront donc pas de relation particulière avec un host. Elles ne feront pas marcher le fond de commerce.

host club à kabukicho

Kabukicho, le quartier chaud de Tokyo avec ses bars à hôtesses et ses host clubs…

Finalement, après plusieurs essais, un host club nous laisse rentrer.

Sans avoir néanmoins préalablement vérifié nos cartes d’identités japonaises. J’ai le coeur qui bat, l’estomac noué, l’envie de courir vers l’ascenseur. D’une part, l’idée de parler japonais dans une ambiance de bar m’angoisse. D’autre part, cette étrange relation de contact entre le host et la cliente me fait très peur (mais je pense à mes fidèles lecteurs, et allez, je me lance). La porte est kitchissime à souhait.

À notre entrée, tous les hosts, occupés ou non, s’exclament irrashaimase (bienvenue). Nous sommes installées sur une banquette dans un angle de ce club aux murs velours, aux canapés en cuir et où règne une atmosphère d’interdit. On nous présente des petites serviettes pour nous essuyer les mains. Nous feuilletons le catalogue rapidement. Un host y écrit aimer l’alcool, l’autre les petits chats. Ils font des moues, prennent des poses comiques, et se vendent, signe astrologique compris. Au début, un premier host nous sert à boire, tape un peu la discute. Je suis crispée comme un bout de bois, tandis que ma copine est plus relaxe. Une carte de visite, puis une autre. Puis plusieurs hosts viennent à nos côtés, nous servent encore à boire, trinquent, nous questionnent.

D’où venez vous ? (Devine !) Qu’est-ce que tu aimes ? Tu aimes l’alcool ? Quel alcool ? Tu as un copain ? Tu fais quoi ?

On trinque les uns avec les autres, constamment.

host club

À un point donné, je ne sais honnêtement plus qui est qui. À part certains, plus marquants (on finit sans doute par avoir des favoris, en effet). C’est un jeu étrange, de chat et de souris. Sans chat, ni souris.

L’host est un acteur créant une illusion

Son but est de simuler de l’affection à l’égard de la cliente (cette affection peut devenir physique, moyennant une belle somme d’argent). Il donne un numéro de téléphone (professionnel!). Garde le lien avec la cliente par le biais de messages, l’écoute, passe du temps avec elle.

L’host est à l’opposé de la figure masculine japonaise, tyrannique, autoritaire, obéissante et ennuyeuse. Charismatique, play-boy japonais, c’est-à-dire androgyne, maquillé, apprêté tel un minet, il chuchote des mots doux dans la lumière tamisée du club, tout en veillant à remplir d’alcool le verre de la cliente. Flirtant avec elle, il doit aussi témoigner d’une certaine culture, d’un sens du jeu et se doit d’avoir une « personnalité »: romantique ou comique, bad boy provocateur ou doux-rêveur, l’host vend le « mensonge galant ».

« On va boire un verre princesse ? »

Ces jeunes hommes s’inventent un nom, bien souvent symbolisant leurs caractères, et sont attirés par les commissions et le travail nocturne. C’est un milieu dur, compétitif, où le salaire misérable est compensé, en cas de succès, par les dépenses des clientes. Un bon host ne paie ni ses vêtements ni ses repas

Le compteur arrive à sa fin.

Le patron vient discrètement à notre table. Emballées que nous sommes, nous décidons de poursuivre le jeu une petite heure. Des clients (les hommes sont aussi admis) nous offrent du champagne. Commander une bouteille de champagne donne le droit à un véritable spectacle durant lequel tous les hosts applaudissent et font une chorégraphie en l’honneur du client.

J’ai la tête qui tourne. Nous jouons à pierre-feuille-papier-ciseaux version japonaise. Je ne connais pas les règles. Certains hosts engagent une proximité dérangeante. Peut-être aurais-je apprécié cette attention en étant célibataire. Encore que ce doux mensonge me parait un peu déprimant. Les conversations dérivent, frôlent le grivois. Je suis plus détendue, mais mon japonais bancal me gêne. Je n’ai pas trop envie de parler. Me voilà à évoquer la Russie. L’alcool délie les langues dit-on, mais ici, l’habilité de nos compagnons de soirée est à l’oeuvre !

Pour autant, cette relation tarifée me dérange.

De but en blanc, je demande à deux hosts les raisons de leur choix de vie. J’imagine que je suis hors des clous. Je brise peut-être les règles, mais je suis sincèrement intriguée.

1#Parce que j’aime boire, parler aussi. C’est un lieu de fête ici, non ? On s’amuse bien, non ? Si tu ne t’amuses pas, il faut boire, pour te détendre. 

Il semble honnête, mais je ne suis pas convaincue. Je n’en démords pas, et passe au suivant, carrément évasif.

2#C’est comme ça … 

Les femmes japonaises, elles se sentent seules ?

1#Les femmes qui viennent, elles veulent s’amuser aussi, et boire. C’est un vraiment pour se divertir. 

2#Oui, c’est vrai. Elles aiment venir discuter, mais c’est aussi un lieu pour boire et s’amuser !

Le premier host club date de 1966.

Il s’expliquerait sociologiquement par un manque d’écoute des hommes japonais à l’égard de la gente féminine. Les japonaises lassées par des hommes distants et durs souhaitent de l’écoute, de l’affection, mais aussi contrôler leur vie et s’amuser. C’est de plus en plus le cas des femmes carriéristes, faisant une croix sur une vie de famille pour pouvoir continuer de travailler. Cependant ce plaisir n’est pas à la portée de toutes. En effet, il faut compter entre 50,000 et 60,000 yens pour une nuit de distraction (de 19h à 1h du matin). Finalement, les clientes sont en majorité des femmes aisées, mariées ou travaillant dans le monde des affaires. Se comptent aussi les hôtesses de bars, qui lassées d’écouter leurs clients, veulent de l’attention et de l’amour. Aussi faux qu’il soit.

Enfin, vient le moment de choisir l’host que nous apprécions le plus, afin de passer un moment « privilégié ». C’est très embêtant pour moi… Car je ne me rappelle plus vraiment leurs noms…

Et puis, l’heure touche à sa fin.

Nous avons envie de partir. Tester un autre host club ? Peut-être. Ils nous tiennent nos sacs et nous reconduisent comme des princesses à l’ascenseur. Je suis de nouveau très mal à l’aise. On essaye plusieurs autres clubs, mais nous sommes refoulées. Soit la soirée est consacrée aux habituées soit… notre tête de gaijin fait grimper subitement les tarifs.

3 septembre 2014

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18 Comments

  1. Répondre

    Manek

    19 octobre 2016

    J’aime assez comment tu résumes la chose argent=sentiment c’est le principe du host club, et c’est pour cela qu’ils refusent les clientes blanches car ils savent très bien que l’occidentale, elle ne deviendra pas une cliente régulière.
    Très bon article.

  2. Répondre

    Tsukuyo-dono

    27 septembre 2014

    Merci pour ton expérience. J’ai découvert le Japon via des animes et dramas et je projette d’y aller l’année prochaine. J’avoue que j’ai très envie de tenter l’aventure d’un host club. Mais je ne savais pas qu’on était refoulé parce que « gaijin »… Si tu as des adresses de clubs dans lesquels nous sommes acceptées sans soucis, pourrais-tu me les donner stp ? Merci d’avance !

  3. Répondre

    yuzuandco

    3 septembre 2014

    J’en avais entendu parler mais merci de partager cette expérience. C’est toujours plus sympa de lire une expérience vécue qu’un reportage.

    • Amélie-Marie

      3 septembre 2014

      Merci beaucoup !

      C’est vrai que là j’ai bien exposé mon vécu de fille mal à l’aise ! Je crois qu’il existe tout de même une série de reportage suivant le même host sur plusieurs années, qui était pas mal. Je suis en train de rechercher la référence et la traduction pour le mettre en lien.

  4. Répondre

    misstallula

    3 septembre 2014

    Tu pourrais tenter ta chance en tant que hôte ou hôtesse 😉 Seulement il me semble que c’est interdit pour les étrangers, on risque l’exclusion définitive du pays (même si les hôtes/et hôtesses gaijin sont très appréciés et recherchés !)

    • Amélie-Marie

      3 septembre 2014

      En effet, c’est totalement interdit.

      Ceci dit, je ne crois pas que je pourrais faire illusion et faire la mascarade. Je ne suis pas assez à l’aise socialement pour tchatcher comme cela !

  5. Répondre

    ladyelle134

    3 septembre 2014

    Très intéressant… Et finalement pas si surprenant que ça quand on sait à quel point tout est « codé » au Japon et où peu de choses facilitent les contacts.
    Finalement, pour ceux qui ont une bonne culture générale on pourrait les appeler des « geishos » ?? (Ok, ok, je sors => 😀 )

    • Amélie-Marie

      3 septembre 2014

      Ahahah, les geisho. Il faudrait suggérer ! C’est clair qu’ils ont des sacrés codes d’interaction. Si je suis avec mon Nippon, je peux discuter avec nos amis. Sans lui, c’est quasiment impossible de les rencontrer. Pourquoi ? Parce que je suis la « femme de ». Pas l’amie (de leur point de vue).

    • ladyelle134

      4 septembre 2014

      Je comprends bien. C’est quand même dommage… Mais c’est comme ça ! Comme tu l’as très bien compris, faut s’adapter au pays où l’on vit sinon ça pourrait devenir encore plus difficile de supporter les mauvais côtés au détriment des bons côtés 🙂

  6. Répondre

    Cherry Wood

    3 septembre 2014

    C’est le genre d’endroit où je serai mal à l’aise.

    Ton article est très intéressant !

    • Amélie-Marie

      3 septembre 2014

      Merci beaucoup !

      J’étais effectivement pas franchement au top confort. Je ne pouvais pas mettre de côté l’équation argent = attention.

  7. Répondre

    Amélie-Marie

    2 septembre 2014

    Selon les clubs, les hosts peuvent être très très cultivés et intéressants, mais pour la plupart, ce sont des jeunes hommes venus de province pour tenter leur chance. Et bravo, tu as expliqué bien mieux que je ne l’aurai fait, ce problème de la société japonaise et des relations personnelles (amicales d’abord, amoureuses ensuite). J’ai vu nombre de documentaires où hommes ET femmes disent de but en blanc qu’ils préfèrent payer (la compagnie d’un host, mais aussi simplement un ami, voir un ami étranger qu’on paye pour la conversation) pour avoir une relation « qu’ils maitrisent ». Pas de surprise, et une idée de la relation à l’autre complètement fantasmée. Je me souviens même d’un homme disant préférer les bars à massage (gros sous entendus … ) parce qu’au moins, les femmes s’occupaient de lui sans qu’il ait à « préciser » quoique ce soit, ni à donner quelque chose en retour (le pauvre, ça le fatiguait). J’ai beaucoup, beaucoup de mal à me faire d’amis japonais et ceux que j’ai, je brise difficilement la coquille. Mon japonais de mari me disait que, sa soeur et lui, ont eu beaucoup de problèmes à l’école, parce que leurs parents refusaient d’inculquer les fameux codes sociaux à maîtriser (complètement genrés et discriminants), du style « le garçon invite la fille sous un arbre » etc. Codes, qui pour moi, sont une partie du problème. Quand les deux genres ne communiquent pas franchement, ça grince !

    • yuzuandco

      3 septembre 2014

      Ton commentaire est super intéressant aussi. J’avais aussi entendu parler de ce phénomène: payer pour avoir une interaction non sexuelle avec une personne du sexe opposé. On a beau le lire quand je suis allée dans un Maid Café à Tokyo et que j’ai vu des hommes seules payer pour jouer au Uno j’ai trouvé ça triste et futé à la fois. Même si c’est une relation commerciale au moins au Japon il existe une solution bien que dénuée d’authenticité pour que ceux sur la qui la solitude est insupportable puissent l’oublier l’espace de quelques instants.

    • Amélie-Marie

      3 septembre 2014

      Je suis aussi d’accord sur ce point: au moins ils ont une soupape, un droit d’accès à l’interaction (même artificiel). Quelque part aussi, la mentalité étant différente, je pense qu’il est très difficile de se mettre à leur place. De notre point de vue latin, où l’on interagit avec les autres de manière assez aisé (en famille, avec les amis, le compagnon), ça nous parait totalement saugrenu, de payer pour une relation. Mais si on réfléchit au Japon ancien, on est pas loin de l’art des geishas. De plus, ils ont un haut sens du pratique, du service, et c’est une société d’ultra consommation. Ça leur parait relativement normal, une solution comme une autre (les bars à chat par exemple).

  8. Répondre

    Antigone XXI

    2 septembre 2014

    Je ne connaissais pas du tout le concept, c’est assez intéressant… et déroutant ! Ça me rappelle surtout les geishas et leur art de la conversation, du divertissement, avec la culture personnelle que cette activité impliquait (je ne sais plus dans quel livre j’avais lu que certaines geishas passaient une partie de leur journée en bibliothèque pour préparer leurs entrevues).
    Je comprends ton malaise dans ton expérience des host clubs, le rapport d’argent est très dérangeant. Finalement, je trouve que ça traduit bien la solitude de la société japonaise, cette volonté de relâcher la pression d’un travail et d’une tension quasi constants une fois les gens sortis de l’université et rentrés dans les rangs, surtout pour des femmes qui se mettent en ‘marge’ de la société en primant une carrière sur une vie de famille, etc.

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