À la rencontre de Hachi, artiste tatoueuse à Tokyo

Hachi artiste tatoueuse logo

Généreuse, patiente et très sympathique Hachi est une artiste tatoueuse de talent exerçant son art à Tokyo. Après avoir appris les ficelles du métier chez Heavy Weight Tattoo avec qui elle collabore toujours, et fait ses preuves, elle a ouvert son propre salon de tatouage Artemis Tattoo à Nakano.

Quelques mois après mon arrivée au Japon, j’ai fait l’heureuse rencontre de Hachi, une artiste tatoueuse alors en apprentissage. Nous avons tout de suite accroché et j’avais été frappée par sa force de caractère, sa tchatche et son humour. Nous partageons aussi le même amour pour l’umeshu, délicieux alcool de prune japonais.

Au fils des années, j’ai vu Hachi évoluer et prendre enfin son indépendance avec son propre salon de tatouage, Artemis Tattoo, du côté de Nakano. Un bon choix de quartier car Nakano est facilement accessible pour les touristes depuis Shinjuku et agréable à découvrir.

Quelques mois après l’ouverture en grande pompe de Artemis Tattoo, je suis allée découvrir l’ambiance chaleureuse et cosy des lieux.

Hachi artiste tatoueuse à Tokyo

A : Bonjour Hachi ! Merci de m’accueillir dans ton salon. Il est vraiment cosy et représentatif de ta personnalité ! Bien, commençons par les présentations. Depuis combien de temps vis-tu au Japon ?

Hachi : Bonjour ! Je m’appelle Hachi et j’ai 30 ans – bon forever 24 ans dans ma tête. Et je vis à Tokyo depuis mars 2011. Côté tatouage, je suis artiste tatoueuse professionnelle depuis bientôt 3 ans (en 2018, année de cet entretien).

A : Qu’on se mette d’accord… Hachi, c’est bien ton nom d’artiste tatoueuse ?

Hachi : Oui ! Mon vrai prénom, c’est Myriam. Si j’ai choisi Hachi, c’est que ce mot signifie 8 en japonais – mon chiffre porte-bonheur. C’est aussi une référence au manga culte Nana de Ai Yazawa. Je me retrouve énormément dans le personnage de Hachi, une jeune femme de province qui monte tenter sa chance à Tokyo. En vérité, je préfèrerais ressembler à Nana, la rockeuse, mais on ne choisit pas…

A : Qu’est-ce qui t’a amenée à vivre à Tokyo ?

Hachi : Je suis arrivée à Tokyo après avoir obtenu une licence LCE de japonais à Lyon. Durant ma licence, je suis partie une première fois en échange étudiant à Nara pour une année.

Mon projet de repartir au Japon après l’obtention de ma licence n’a rien à avoir avec le tatouage. C’était un défi personnel. Je voulais voir si je pouvais me débrouiller seule, sans famille, et pour combien de temps. En fait, je n’étais pas déterminée à rester à tout prix au Japon. Je voulais développer mon expérience du Japon au feeling, un peu plus longtemps.

A : Et qu’est-ce qui t’a amenée à devenir artiste tatoueuse ?

Hachi : Je crois que c’est le fruit d’une bonne rencontre, au bon moment. En vérité, c’est étrange de me dire que je suis devenue artiste tatoueuse un peu par hasard. Par contre, j’ai toujours eue une sensibilité pour le dessin et j’ai toujours dessiné. Mais jamais je n’aurais eu la prétention de déclarer vouloir faire du tatouage !

Pour un tatoueur, pour moi, la peau d’une personne est un support sacré. Un tatouage, c’est pour la vie. Il ne faut absolument pas se rater. Je suis extrêmement reconnaissante envers la personne qui m’a poussée à sauter le pas et à prendre confiance en moi. C’est cette même personne qui m’a enseigné cet art et m’a formée.

A : Comment s’est déroulée cette formation ?

Hachi : J’ai été formée à la japonaise et ce n’est pas de la tarte ! Au Japon, l’apprenti suit les enseignement du sensei (先生, celui qui a le savoir) ou encore shishou (師匠, le maître). Mais on peut tout aussi bien l’appeler « dieu » dans les faits ! Si votre maître pointe du doigt la bouteille d’encre noire et déclare que c’est de l’encre bleue, vous ne pouvez pas rétorquer « oui, mais… ». Non. Vous devez répondre « j’ai compris ! » et retenir que c’est bleu.

C’est aussi un rapport d’échanges. En échange du savoir du maître, il faut donner tout ce que vous avez, quand bien même cela ne concerne pas votre apprentissage. Dans mon cas, cela impliquait de faire les courses, de faire le ménage, de faire tout ce que mon maître exigeait. Cela pourrait très bien être de sortir son chien s’il me le demandait. Il faut être disponible 24h/24. Et même en se pliant à ses 4 volontés, ce n’est pas suffisant. La connaissance reçue n’a pas de prix. Dans la culture japonaise, la loyauté, la confiance et la dévotion sont des notions extrêmement importantes. Le lien entre le maître et l’apprenti est à vie et l’on ne s’en défait pas facilement.

A : Je n’aurai pas soupçonné les sacrifices qu’exige cette formation quasi militaire… ! Est-ce que c’est plus difficile d’accès pour les femmes ?

Hachi : Je crois que, que cela soit au Japon ou ailleurs, le milieu du tatouage reste assez sexiste. Pour une femme, devenir artiste tatoueuse est compliqué. Si vous n’avez pas un caractère bien trempé, c’est même impossible !

Il faut réussir à s’affirmer tout en respectant les aînés. Il faut encaisser les fréquentes réflexions sexistes du style « tes clients viennent parce que t’es bonne, pas pour ton talent ». Je sais que je dois bosser trois fois plus pour prouver que non, les clients, je les mérite autant qu’eux.

A : Je ne suis malheureusement pas surprise… Et malgré les difficultés, tu as réussi à ouvrir ton salon, Artemis Tattoo. Il est super mignon et j’adore l’ambiance !

A : Afin d’encourager les lecteurs à découvrir ton travail et à laisser des petits mots d’encouragement (merci !) est-ce que tu peux nous parler un peu plus de ton style et de ce que tu aimes faire ?

Hachi : Alors, j’aime beaucoup utiliser la couleur. Je crois bien le dire au moins une fois par jour à mes clients : la couleur, c’est la vie ! Et j’ai une affection toute particulière pour les tatouages colorés, en particulier les techniques aquarelles. Par ailleurs j’ai besoin de me sentir libre et de laisser parler l’inspiration du moment.

Vivant au Japon, je revisite aussi les motifs traditionnels et je les adapte à ma sauce. Par exemple, j’ai beaucoup pratiqué le mélange carpe et aquarelle.

J’en ai tatouée une lorsque j’étais de passage à Nantes et encore aujourd’hui, je crois que c’est l’un des tatouages que j’aime vraiment beaucoup.

Néanmoins, je suis consciente de l’importance d’écouter les clients et leurs demandes. Comme j’aime me dépasser et le challenge, j’ai relevé le défi d’adapter mon style l’année dernière, pour des pièces plus géométrique avec uniquement de l’encre noire. Je dois avouer que j’adore en faire désormais !

Ce style tient de la technique pure. Il faut travailler la ligne. Comme je suis aussi une perfectionniste, je ne me sens jamais satisfaite de mes lignes… Elles ne sont jamais assez belles à mes yeux !

Mais après chaque tatouage, je réalise que la pièce est réussie. Non seulement cela m’encourage mais je me dis que je peux faire encore mieux et je m’accroche !

Enfin, un dernier style que je pratique est le tatouage de référence aux manga et anime.

Je m’y suis mise récemment, mais c’est toujours un immense plaisir de tatouer des références partagées avec les clients !

A : Je crois que j’ai un petit faible pour ton style à l’aquarelle. Mais tout ce que tu fais est vraiment très beau ! Pourrais-tu partager avec nous quelques tatoueurs que tu admires en particulier ?

Hachi : La liste est trop longue ! Si je devais en choisir quelques uns, je commencerais avec Punky (Rouen), Issa (Paris), Amy Mymouse (Liège), Laura Annunaki (Mexique) et enfin Hugo Et Greem (Séoul).

J’ai eu le privilège de côtoyer ces artistes extraordinaires, de travailler avec eux et ils sont une source d’inspiration inestimable. Ils me donnent envie d’aller de l’avant et de faire toujours mieux.

A : Merci ! À nous d’aller les découvrir ! Hachi reçoit régulièrement des guests, c’est à dire d’autres tatoueurs qui vont temporairement travailler dans son salon. N’hésitez pas à suivre sa page pour connaître le calendrier.

Parlons maintenant d’un sujet qui fâche un peu. Quelles sont les difficultés liées au métier d’artiste tatoueur au Japon ? Où trouves-tu ton matériel ?

Hachi : Malheureusement, à l’heure actuelle, la pratique du tatouage reste illégale au Japon.

Enfin, pour être tout à fait exact, la pratique est illégale pour les tatoueurs qui ne sont pas diplômés de médecine. C’est tout à fait ridicule et si le sujet vous intéresse, il faut absolument soutenir l’action Save Tattooing in Japan.

A : Il faut que les choses changent. Cette situation est franchement insupportable et fruit des préjugés liés au tatouage. D’ailleurs, un très bon dossier sur le sujet a été écrit par Ludo-Ondori (blog Le coq et le Cerisier) sur Inkage. Je laisse le lien pour les curieux.

Hachi : Tout à fait ! Côté matériel, je trouve aussi des fournisseurs au Japon. Ce n’est pas tellement plus compliqué qu’en Europe, mais plus cher ! Parfois, je suis aussi confrontée aux ruptures de stock.

A : D’accord ! Dernière question pour ceux que l’aventure d’un tatouage au Japon tenterait. Comment cela se passe si on veut se faire tatouer dans ton salon ?

Hachi : Alors, c’est assez simple ! Pour prendre rendez-vous, il suffit de m’envoyer un petit email (tattooinjapan at gmail.com). Les clients peuvent aussi facilement me contacter via ma page Facebook (Hachi, tattoo artist).

Dans votre message, précisez moi le thème, l’emplacement du tatouage, la taille approximative et surtout, les dates souhaitées pour le rendez-vous !

Après ce premier contact, il me tient à coeur d’entamer une discussion. Il doit s’établir une relation de confiance entre l’artiste tatoueur et le client afin qu’ils se mettent d’accord sur le projet de tatouage. Ensuite, je communique une estimation du coût de la pièce. Si cela vous convient, je demande le dépôt d’un acompte via PayPal. Le rendez-vous est pris !

Par contre, je n’envoie pas de dessin à l’avance. Malheureusement, j’ai été bien trop souvent victime de vols (un client prend le dessin et se rend chez un autre tatoueur, ndlr).

Bien sûr, je tiens à m’assurer que le client aime le dessin avant de le tatouer : je ne prends qu’un à deux rendez-vous par jour. Cela laisse amplement le temps de faire des modifications sur le modèle si nécessaire.

A : Cela me parait normal et je suis désolée que certaines personnes ne respectent pas toujours le travail d’un artiste. Qu’est-ce que tu as envie de dire à un client qui se fait tatouer pour la première fois ?

Hachi : J’ai envie de dire que, vu ma nature très exigeante et perfectionniste, les clients pour lesquels c’est le premier tatouage n’ont aucun souci à se faire ! (rires)

Plus sérieusement, je n’attache personne à ma table et je ne tatoue jamais un client qui une fois au salon, devient réticent. Pas d’inquiétude à avoir. Je prends le temps pour que la personne soit en confiance et satisfaite à 120%. Je fais chaque tatouage avec amour et je ne fais pas mal !

Côté douleur, si c’est votre premier tatouage, je recommande de ne pas choisir les côtes. Même avec toute la douceur du monde, ce n’est pas une très bonne idée. Le tatouage sera forcément douloureux.

A : Douceur et amour, c’est noté ! Un dernier mot ?

Hachi : Mon salon accueille tout le monde sans discrimination. C’est un espace ouvert quelque soit votre couleur de peau, votre religion, votre sexualité. C’est un espace sûr où il n’y a de la place que pour l’amour, la bienveillance et l’écoute !

A : Merci beaucoup de cet entretien !

Vous trouverez toutes les références d’Hachi ci-dessous. Afin de lui donner un petit coup de pouce, n’hésitez pas à aimer, partager et commenter !

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Twitter (n’est pas réservé qu’au tatouage !)
 Adresse email : tattooinjapan at gmail.com

Salon Hachi

Accès au salon Artemis Tattoo.

Toutes les photographies utilisées dans mon article l’ont été avec l’accord de Hachi. Si vous avez envie de partager ce qu’elle fait, respectez son travail et ne les utilisez pas sans lui demander au préalable et sans fournir les références.

Il va de soi que chaque tatouage est unique et le fruit d’une relation entre l’artiste et le client. Si un tatouage vous plait, « n’empruntez » pas le dessin et ne le reproduisez pas. Entrez en contact avec Hachi pour discuter d’un tatouage qui y ressemblerait tout en étant unique. Respectez votre peau !

Merci.

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6 Commentaires

  1. Répondre

    Odile

    3 décembre 2018

    C’est dommage que ce qui est dit dans cet article ne reflète pas du tout le moment où elle nous a tatoué. C’était il y a 2ans. Peut être vivait-elle un mauvais passage ou peut être que nos têtes ne lui plaisaient pas mais en tt cas on y avait mis toute notre confiance pour que justement ce tatouage à vie soit des plus réussi. Et ça n’a pas été le cas. Autant pour l’accueil que pour le résultat final du tatouage.

  2. Répondre

    Julmy Romain

    28 juin 2018

    Bonjour cet article m’a bien motivé à rencontrer cette artiste lors de mon séjours en fin d’année et j’aurai aimé prendre un RDV le problème est que l’adresse mail : tattooinjapan@gmail.com ne semble pas fonctionner.

    Pourriez vous y remédier merci .
    Romain

    • ameliemarieintokyo

      28 juin 2018

      Bonjour ! Merci du commentaire. L’adresse est toujours valide et Myriam a bien reçu votre demande. Cependant, elle ne prend pas les réservations plus de 2 mois à l’avance. Un peu de patience, vous recevrez très certainement une réponse prochainement.

  3. Répondre

    Ashuu

    21 février 2018

    Encore un article qui me convainc que ce blog m’est indispensable :3.

    Merci de la découverte, j’adore ce qu’elle fait… d’autant plus que les styles sont vraiment variés, je n’ai pas l’impression que ce soit si fréquent parmi les tattoo artists que je suis.

    Bref, j’ai follow partout, et je ferai bien attention à tenter de prendre un rdv quand j’aurai l’occasion d’aller au Japon !

    • ameliemarieintokyo

      22 février 2018

      Bonjour Ashuu, merci beaucoup de ce très gentil commentaire :). Et surtout, merci du soutien pour Hachi ! Elle mérite plus de visibilité pour sa persévérance, sa force de caractère et son travail. N’hésite pas, elle est très cool et très à l’écoute des projets de ses clients :).

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