À la rencontre de Hachi, artiste tatoueuse à Tokyo

Hachi artiste tatoueuse logo

Hachi est une formidable artiste tatoueuse travaillant sur Tokyo. Après avoir fait ses preuves chez Heavy Weight Tattoo avec qui elle collabore toujours, elle a ouvert son salon de tatouage Artemis Tattoo l'année dernière. Découvrez son expérience et son univers !

Quelque temps après mon arrivée au Japon, j’ai eu la chance de rencontrer Hachi. Elle était alors en apprentissage et j’avais vraiment été frappée par sa force de caractère, sa tchatche et son humour. J’ai été super heureuse de la voir évoluer et  prendre son envol en ouvrant son propre salon de tatouage du côté de Nakano. Quelques mois plus tard, je suis allée découvrir l’ambiance chaleureuse et cosy des lieux !

Hachi artiste tatoueuse à Tokyo

A : Est-ce que tu peux te présenter rapidement ? Depuis combien de temps vis-tu au Japon ?

Hachi : Je m’appelle Hachi et j’ai 30 ans – bon forever 24 dans la tête. Je suis à Tokyo depuis mars 2011. Je fais du tatouage pro depuis bientôt 3 ans.

A : Hachi, c’est bien ton nom d’artiste tatoueuse ?

Hachi : Oui ! Mon vrai prénom, c’est Myriam. Hachi signifie 8 en japonais et c’est mon chiffre porte-bonheur. C’est aussi une référence au manga culte Nana de Ai Yazawa. Je me retrouve énormément dans le personnage d’Hachi, une jeune femme de province qui monte tenter sa chance à Tokyo. Dans le fond, je préfèrerais ressembler à Nana, la rockeuse, mais on ne choisit pas…

A : Qu’est-ce qui t’a amenée à vivre à Tokyo ?

Hachi : Je suis arrivée à Tokyo après avoir obtenu une licence LCE de japonais à Lyon. Durant ma licence, je suis partie une première fois un an en échange étudiant à Nara. Mon projet de départ n’a rien à avoir avec le tatouage. C’était un défi personnel. Je voulais voir si je pouvais me débrouiller seule, sans famille, et pour combien de temps. En fait, je n’étais pas déterminée à rester à tout prix. Je voulais développer mon expérience du Japon au feeling, un peu plus longtemps.

A : Qu’est-ce qui t’a amenée à devenir artiste tatoueuse ?

Hachi : Je crois que c’est le fruit d’une bonne rencontre, au bon moment. Finalement je suis devenue artiste tatoueuse un peu par hasard. J’ai une sensibilité pour le dessin et j’ai toujours dessiné. Mais jamais je n’aurais eu la prétention de déclarer vouloir faire du tatouage ! Vous savez, pour un tatoueur, pour moi, la peau d’une personne est un support sacré. Un tatouage, c’est pour la vie. Il ne faut absolument pas se rater ! Je suis extrêmement reconnaissante envers la personne qui m’a poussée à sauter le pas et à prendre confiance en moi. C’est cette même personne qui m’a enseigné cet art et m’a formée.

A : Comment s’est déroulée cette formation ?

Hachi : J’ai été formée à la japonaise et ce n’est pas de la tarte ! Au Japon, l’apprenti suit les enseignement du sensei (先生, celui qui a le savoir) ou encore shishou (師匠, le maître). Mais on peut tout aussi bien l’appeler « dieu » dans les faits ! Si ton maître pointe du doigt la bouteille d’encre noire et déclare que c’est de l’encre bleue, tu ne peux pas rétorquer « oui, mais… ». Non. Tu dois répondre « j’ai compris ! » et retenir que c’est bleu.

C’est aussi un rapport d’échanges. En échange du savoir du maître, il faut donner tout ce que tu as, quand bien même cela ne concerne pas ton apprentissage. Dans mon cas, cela impliquait de faire les courses, de faire le ménage, de faire tout ce que mon maître exigeait. Cela pourrait très bien être de sortir son chien s’il me le demande. Il faut être disponible 24h/24. Et même en se pliant à ses 4 volontés, ce n’est pas suffisant. La connaissance reçue n’a pas de prix. Dans la culture japonaise, la loyauté, la confiance et la dévotion sont des notions extrêmement importantes. Le lien entre le maître et l’apprenti est à vie et l’on ne s’en défait pas facilement.

A : Je n’aurai pas soupçonné les sacrifices qu’il faut faire pour suivre cette formation presque militaire… ! Est-ce que c’est plus difficile d’accès pour les femmes ?

Hachi : Je pense que, que cela soit au Japon ou ailleurs, le milieu du tatouage reste assez sexiste. Pour une femme, devenir artiste tatoueuse est compliqué. Si tu n’as pas un caractère bien trempé, c’est même impossible ! Il faut réussir à s’affirmer tout en respectant les aînés. Il faut encaisser les fréquentes réflexions sexistes du style « tes clients viennent parce que t’es bonne, pas pour ton talent ». Je sais que je dois bosser trois fois plus pour prouver que non, les clients, je les mérite autant qu’eux.

A : Pourquoi ne suis-je pas surprise… Et malgré les difficultés, tu as réussi à ouvrir ton salon, Artemis Tattoo. Il est super mignon et j’adore l’ambiance !

A : Afin d’encourager les lecteurs à découvrir ton travail et à laisser des petits mots d’encouragement (merci !) est-ce que tu peux nous parler un peu plus de ton style et de ce que tu aimes faire ?

Hachi : J’aime beaucoup utiliser la couleur. Je le dis au moins une fois par jour à mes clients : la couleur, c’est la vie ! J’ai une affection toute particulière pour les tatouages colorés et j’aime en particulier les techniques aquarelles. J’ai aussi besoin de me sentir libre et de laisser parler l’inspiration du moment.

Étant au Japon, je revisite les motifs traditionnels et je les adapte à ma sauce. Par exemple, j’ai beaucoup pratiqué le mélange carpe et aquarelle. J’en ai tatouée une lorsque j’étais de passage à Nantes et encore aujourd’hui, je crois que c’est un des tatouages que j’aime vraiment beaucoup.

Cependant, c’est important de savoir répondre à la demande. Comme j’aime me lancer des défis, j’ai adapté mon style début 2017. J’ai travaillé des pièces plus géométriques en utilisant du noir uniquement. Je dois avouer que j’adore en faire désormais. C’est le domaine de la technique pure, il faut travailler la ligne. Je suis une perfectionniste, alors je ne me sens jamais satisfaite de mes lignes. Elles ne sont jamais assez belles à mes yeux. Mais à chaque tatouage, je réalise que c’est réussi et que je peux encore mieux faire. Alors je m’accroche !

Un dernier style que je pratique est le tatouage de référence aux manga et anime. Je m’y suis mise récemment, mais c’est toujours un immense plaisir de tatouer des références partagées avec les clients !

A : Je crois que j’ai un petit faible pour ton style à l’aquarelle ! Mais tout ce que tu fais est vraiment très beau. Pourrais-tu partager avec nous quelques tatoueurs que tu admires en particulier ?

Hachi : La liste est trop longue ! Si je devais en choisir quelques uns, je commencerais avec Punky (Rouen), Issa (Paris), Amy Mymouse (Liège), Laura Annunaki (Mexique) et enfin Hugo Et Greem (Séoul). J’ai eu le privilège de côtoyer ces artistes extraordinaires, de travailler avec eux et ils sont une source d’inspiration inestimable. Ils me donnent envie d’aller de l’avant et de faire toujours mieux.

A : Merci ! À nous d’aller les découvrir ! Hachi reçoit régulièrement des guests, c’est à dire d’autres tatoueurs qui vont temporairement travailler dans son salon. N’hésitez pas à suivre sa page pour connaître le calendrier. Parlons maintenant d’un sujet qui fâche un peu. Quelles sont les difficultés liées au métier d’artiste tatoueur au Japon ? Où trouves-tu ton matériel ?

Hachi : Malheureusement, à l’heure actuelle, la pratique du tatouage reste illégale au Japon. Enfin, pour être tout à fait exact, la pratique est illégale pour les tatoueurs qui ne sont pas diplômés de médecine. C’est tout à fait ridicule et si le sujet vous intéresse, il faut absolument soutenir l’action Save Tattooing in Japan.

A : Il faut que les choses changent. Cette situation est franchement insupportable et fruit des préjugés liés au tatouage. D’ailleurs, un très bon dossier sur le sujet a été écrit par Ludo-Ondori (blog Le coq et le Cerisier) sur Inkage. Je laisse le lien pour les curieux.

Hachi : Tout à fait ! Côté matériel, je trouve aussi des fournisseurs au Japon. Ce n’est pas tellement plus compliqué qu’en Europe, mais plus cher ! Parfois, je suis aussi confrontée aux ruptures de stock.

A : D’accord ! Dernière question pour ceux que l’aventure d’un tatouage au Japon tenterait. Comment cela se passe si on veut se faire tatouer dans ton salon ?

Hachi : Alors, c’est assez simple. Pour prendre rendez-vous, il suffit de m’envoyer un petit email (tattooinjapan at gmail.com). Les clients peuvent aussi facilement me contacter via ma page Facebook (Hachi, tattoo artist). Il faut me préciser le thème, l’emplacement du tatouage, la taille approximative et surtout, les dates souhaitées pour le rendez-vous !

Après le premier contact, il est important pour moi d’entamer une discussion. Il faut une relation de confiance entre l’artiste tatoueur et le client et se mettre d’accord sur le projet de tatouage. Ensuite, je donne le prix estimé du tatouage. Si cela convient au client, je demande le dépôt d’un acompte via PayPal. Le rendez-vous est pris !

Par contre, je n’envoie pas de dessin à l’avance. J’ai été trop souvent victime de vols (un client prend le dessin et se rend chez un autre tatoueur, ndlr). Je tiens à m’assurer que le client aime le dessin avant de le tatouer : je ne prends qu’un à deux rendez-vous par jour. Cela laisse amplement le temps de faire des modifications sur le modèle si nécessaire.

A : Cela me parait normal et je suis désolée que certaines personnes ne respectent pas toujours le travail d’un artiste ! Qu’est-ce que tu as envie de dire à un client qui se fait tatouer pour la première fois ?

Hachi : J’ai envie de dire que, vu ma nature très exigeante et perfectionniste, les clients pour lesquels c’est le premier tatouage n’ont aucun souci à se faire ! (rires)

Plus sérieusement, je n’attache personne à ma table et je ne tatoue jamais un client qui une fois au salon, devient réticent. Pas d’inquiétude à avoir. Je prends le temps pour que la personne soit en confiance et satisfaite à 120%. Je fais chaque tatouage avec amour et je ne fais pas mal !

Côté douleur, si c’est votre premier tatouage, je recommande de ne pas choisir les côtes. Même avec toute la douceur du monde, ce n’est pas une très bonne idée. Le tatouage sera forcément douloureux.

A : Douceur et amour, c’est noté ! Un dernier mot ?

Hachi : Mon salon accueille tout le monde sans discrimination. C’est un espace ouvert quelque soit votre couleur de peau, votre religion, votre sexualité. C’est un espace sûr où il n’y a de la place que pour l’amour, la bienveillance et l’écoute !

A : Merci beaucoup de cet entretien !

Vous trouverez toutes les références d’Hachi ci-dessous. Afin de lui donner un petit coup de pouce, n’hésitez pas à aimer, partager et commenter !

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Twitter (n’est pas réservé qu’au tatouage !)
 Adresse email : tattooinjapan at gmail.com

Salon Hachi

Accès au salon Artemis Tattoo.

Toutes les photographies utilisées dans mon article l’ont été avec l’accord de Hachi. Si vous avez envie de partager ce qu’elle fait, respectez son travail et ne les utilisez pas sans lui demander au préalable et sans fournir les références.

Il va de soi que chaque tatouage est unique et le fruit d’une relation entre l’artiste et le client. Si un tatouage vous plait, n' »empruntez » pas le dessin et ne le reproduisez pas ! Entrez en contact avec Hachi pour discuter d’un tatouage qui y ressemblerait tout en étant unique. Respectez votre peau !

Merci.

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6 Comments

  1. Répondre

    Odile

    3 décembre 2018

    C’est dommage que ce qui est dit dans cet article ne reflète pas du tout le moment où elle nous a tatoué. C’était il y a 2ans. Peut être vivait-elle un mauvais passage ou peut être que nos têtes ne lui plaisaient pas mais en tt cas on y avait mis toute notre confiance pour que justement ce tatouage à vie soit des plus réussi. Et ça n’a pas été le cas. Autant pour l’accueil que pour le résultat final du tatouage.

  2. Répondre

    Julmy Romain

    28 juin 2018

    Bonjour cet article m’a bien motivé à rencontrer cette artiste lors de mon séjours en fin d’année et j’aurai aimé prendre un RDV le problème est que l’adresse mail : tattooinjapan@gmail.com ne semble pas fonctionner.

    Pourriez vous y remédier merci .
    Romain

    • ameliemarieintokyo

      28 juin 2018

      Bonjour ! Merci du commentaire. L’adresse est toujours valide et Myriam a bien reçu votre demande. Cependant, elle ne prend pas les réservations plus de 2 mois à l’avance. Un peu de patience, vous recevrez très certainement une réponse prochainement.

  3. Répondre

    Ashuu

    21 février 2018

    Encore un article qui me convainc que ce blog m’est indispensable :3.

    Merci de la découverte, j’adore ce qu’elle fait… d’autant plus que les styles sont vraiment variés, je n’ai pas l’impression que ce soit si fréquent parmi les tattoo artists que je suis.

    Bref, j’ai follow partout, et je ferai bien attention à tenter de prendre un rdv quand j’aurai l’occasion d’aller au Japon !

    • ameliemarieintokyo

      22 février 2018

      Bonjour Ashuu, merci beaucoup de ce très gentil commentaire :). Et surtout, merci du soutien pour Hachi ! Elle mérite plus de visibilité pour sa persévérance, sa force de caractère et son travail. N’hésite pas, elle est très cool et très à l’écoute des projets de ses clients :).

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