femme étrangère au Japon

Être une femme étrangère au Japon

Être une femme étrangère au Japon, ce n’est pas toujours de la tarte. Voilà le message de Reannon Muth, sur le site Vagabondish, dans son article « No sex in the city: qu’est-ce que ce la fait d’être une femme et une étrangère au Japon ». Le sujet abordé est évidement les relations avec les japonais, en particulier les hommes, et de savoir si y a moyen de conclure. D’après elle, pas vraiment …

J’ai triché. Je suis arrivée au Japon en couple. J’ai remporté les 20 000 fr (mon monopoly ne passera jamais à l’euro), j’ai zappé les impôts, la case prison, et je suis directement allée m’installer rue de la paix. La drague au Japon ? Je n’en ai que très peu l’expérience. Cependant, le sujet fascine semble-t-il, le monde entier. Notamment parce qu’au Japon, on a des relations sexuelles en moyenne … 40 fois par an. Contre genre plus de 150 en France comme nous l’indique cette émission japonaise, interviewant de manière (très) insultante, une jeune française.


Alors évidement, si déjà entre japonais, ça ne roucoule pas fort, quelle chance ont les étrangers de batifoler au Japon ? Si vous êtes un homme, 100%. Quelque soit votre physique, vous avez toutes vos chances. C’est presque un sport national que chasser le zizi étranger, et de faire la collection des nationalités – j’ai croisé une japonaise ayant une liste de pays longue comme le bras, visant l’accomplissement de la mappemonde au lit. Exception ? Dans son intensité, oui, dans le principe, non.

Si vous avez visité l’Asie, vous avez probablement vu un jeune homme blanc, pâle, maigrichon aux cheveux gras, marcher main dans la main avec une parfaite asiatique en mini jupe. Cela n’arriverait jamais ailleurs dans le monde. Parce que partout ailleurs, Barbie finit avec Ken, et non pas Kevin, son voisin, travailleur intérimaire, socialement bizarre, collectionneur de samourai. En Asie, les règles défient toute logique ou les lois de l’évolution. En Asie, le geek est roi. »

En revanche, pour les femmes … la tâche est bien plus difficile. Déjà parce que socialement, nous présentons de très grandes différences culturelles d’avec les japonaises: faire la mignonne, glousser et prendre une petite voix aigüe, approuver les propos du mâle et se pâmer dès qu’il emploie plus de 3 mots compliqués, ce n’est pas (plus) dans notre éducation. Il est vrai, tous les hommes japonais ne sont pas attirés par ce profil de femmes, mais ce qui ressort en filigrane, c’est la position de la femme – fragile, mignonne, enfantine, qui valorise l’homme – fort, protecteur, paternel. Il faut dire, que le pauvre, rabroué au travail et humilié par son chef, a besoin de reprendre sa place de mâle dominant.

Autant vous dire que pour se trouver un partenaire, au Japon, ce n’est pas évident du tout.

« On a en général du mal à garder les professeurs femmes » m’informe mon chef, lors de mon premier jour de travail en tant que professeur d’anglais à Tokyo. « Elles ne restent en général pas plus de 6 mois ». Je regarde avec surprise la liste des professeurs – 30 hommes ». 

« Vous voulez dire à cette école ? »

« Non … Au Japon. Tokyo est une ville dure pour les célibataires si vous êtes … vous savez … une femme étrangère ». 

Effectivement. Après avoir pas mal regardé les sites des écoles de français – mais aussi d’anglais, les professeurs sont une écrasante majorité d’hommes. D’ailleurs, même en tapant « femme étrangère et homme japonais » sur Google, je trouve dans les premiers résultats des hommes étrangers … avec des asiatiques. Même google s’y met !?

Ce n’est pas que j’étais une magnifique beauté. Loin de là. Mince, de taille moyenne avec des yeux noisettes et des taches de rousseurs, j’étais au mieux, jolie, au pire, normale. Mais je possédais quelque chose que la compétition manquait: des cheveux blonds naturellement bouclés. De plus, j’étais bilingue, voyageuse, et éduquée. Mais je réalisais plusieurs semaines plus tard que j’étais aussi mystérieusement, insupportablement invisible. 

(…)

« Les hommes japonais sont timides, tu dois faire le premier pas ». Alors j’ai souris aux hommes dans les bars et dans les bus, j’ai demandé de l’aide pour les menus et les plans ». (…) S’ils croisaient mon regard, j’y lisais la panique, comme si je venais de leur demander d’être le père de mes enfants ».

Je dois bien avouer que sans même en avoir l’expérience, je ne peux que constater que ma bouille de française, aux yeux verts et cheveux blonds, effraie facilement le mâle nippon. Si je ne les fais pas fuir, je les met parfois très mal à l’aise – pour des choses aussi bêtes que demander un renseignement. La rédactrice est allée sonder le net et a sa grande surprise, « les femmes étrangères célibataires » se révéla un sujet familier dans le petit monde des expats.

La femme étrangère, au Japon, est perçue comme forte, indépendante, déterminé et au caractère trempé, ayant ses opinions et n’hésitant pas à entrer dans le débat. Soit pour les nippons: intéressante à admirer de loin, mais sans aucun espoir de tenter la conversation. Trop différente, trop étrangère, virtuellement impossible à séduire. Je ne peux que constater, en effet, que mes discussions animées avec les japonais provoquent toujours leur admiration. Et j’ai eu beaucoup d’asiatiques pour me complimenter sur mon esprit et ma conversation – j’ai d’ailleurs toujours un coréen qui me court après, bien décidé à me voler à mon mari.

C’était difficile de ne pas être jalouse. Particulièrement alors que je passais mes weekend sur la piste de danse, seule, tandis que mes frères expats flirtaient à tout va, pour des numéros de téléphone et des premiers rendez-vous. Ils étaient comme des gamins dans un magasin de bonbons, les japonaises étant des truffes, tandis que les femmes étrangères sont les vieux bonbons collés au fond de la boite.

(…) La plupart des femmes étrangères viennent au Japon célibataires et le restent.

Pourtant, je crois que le tableau n’est pas aussi sombre que celui dépeint par cette américaine. Sans doute que se trouver un amoureux tient du challenge, mais les coups d’un soir ne sont pas si difficiles à dégoter, pour peu qu’on aille faire un tour en boite de nuit et que l’on soit ouvert à la perspective de relations d’une nuit. Si cela résout les frustrations charnelles, je doute que cela suffise à combler le manque d’affection des femmes expats au Japon. Cependant, si les couples mixtes sont rares, ils existent et sont la preuve que rien n’est impossible (j’aurai même tendance à penser que de plus en plus d’hommes japonais sont prêts à cette aventure).

 

 


Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.


'Être une femme étrangère au Japon' has 1 comment

  1. 14 novembre 2016 @ 23 h 43 min Iphise

    Bonjour,
    J’ai une question. L’article est intéressante et je trouve que cela est assez proche de la réalité. Mon cas sort de l’ordinaire.
    Je suis une japonaise ayant grandit à l’étranger donc dans le style: indépendante, forte caractère, intelligente. Mais physiquement, les japonais penseraient le contraire. Comment puis-je faire ? Mon histoire va encore plus loin que la japonaise timide, enfantine et fragile ou l’étrangère forte, mature et indépendante puisque je suis un mélange des deux. Quel conseille pourrait-on me donner?
    Surtout que je ne sais pas parler la langue japonaise.


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