N'ayant absolument aucune inspiration pour rédiger l'introduction de cet article, je ne dirai qu'une chose : 2019 sera l'année de la créativité. Admirez la logique.

Tout d’abord, je vous souhaite à tous une excellente année 2019 et j’espère que vous avez formidablement passé les derniers jours de 2018. Que votre réveillon ait été arrosé, dansé ou les pieds dans de confortables charentaises à ronfler devant Arte, 2018 a bel et bien été enterrée – et qu’elle ne revienne pas !

Ce que j’espère, moi, c’est que cette nouvelle année soit moins pessimiste que 2018 ne le fût et que nous nous décollions la rétine du nombril pour nous regarder dans le blanc des yeux. Un peu plus de chaleur humaine, un peu moins de rage de clavier, en somme.

J’ai passé un excellent séjour en France (merci !) et mon mari aussi – il a consommé plus de fromage en 8 jours que ma famille au grand complet en un an, et au moins deux fois plus de saucisson. C’est-à-dire beaucoup. Son médecin va probablement tirer la gueule, mais comme a conclu ma mère le dernier jour de nos vacances, ébahie par la performance  : « ça fait plaisir à voir quelqu’un qui mange avec autant d’entrain ».

Si nous avons bien aimé notre tranquille séjour à Nantes, notre peau, elle, a beaucoup moins apprécié le passage à une eau plus calcaire. Plaques rouges, eczéma et grattouilles nous ont fait courir chez le dermatologue à peine l’avion posé sur le tarmac de Narita. Le verdict ? Je me suis habituée à l’eau très douce du Japon et ma peau ne tolère plus la dureté de l’eau française. Orgueil japonais ou réalité cutanée ? Je serais curieuse d’avoir vos retours à ce sujet.

C’est aussi la première fois que j’apprécie autant mon séjour – et si le départ n’a pas été crève-coeur, la joie de retrouver le sol nippon n’était point au rendez-vous comme lors de mes précédentes vacances. Il faut dire que, à force de tourner autour du pot, la question d’un retour en Europe se pose de plus en plus sérieusement. Je me sens prête à tourner la page Japon sans regret et sans larmes. Entre vous et moi, je crois que la vie que nous menons à Tokyo n’est pas épanouissante et ces vacances ont été une occasion d’en prendre conscience.

Cependant, j’étais particulièrement ravie de retrouver les toilettes japonaises. Non, pas ravie, extatique plutôt, de retrouver le trône tel que conçu au pays du soleil levant. Alors que j’entrais dans les toilettes pour femme de la gare ferroviaire de l’aéroport de Narita, d’une propreté éclatante, élégantes avec des portes en bois sombre, un sol carrelé noir et lumière tamisée, me sont revenues en tête les toilettes de CDG, à pleurer tellement elles sont peu accueillantes. Le mari a très certainement eu le même élan de joie. « Amélie, je suis partant pour déménager en Europe. Mais je tiens à dire que j’emmènerai un washlet« . Amen.

Mon corps n’a pas été le seul à voyager – mon esprit a aussi vagabondé, libéré de la routine métro-boulot-dodo. Il a erré dans un labyrinthe d’envies inavouées, de projets avortés et de questionnements angoissants avenir, travail, argent. C’est con que le travail commence par tr, sinon on aurait pu formuler une expression du genre les « trois A angoissent les jeunes », « la jeunesse française confrontée aux trois A à la sortie du bac ». Si travail avait été « avail » ça marcherait du tonnerre. Bon, l’avenir englobe le travail et l’argent, certes, certes. Mais le travail ce n’est pas tout, dans la vie, alors dans ma tête avenir et travail marchent côte à côte et ne se confondent pas.

Envies inavouées, donc. Genre plaquer mon (tr)avail du jour au lendemain, prendre des risques, des vrais. Parce que la vie ne peut (ne doit ?) pas se résumer à métro-boulot-dodo. Mais la raison l’emporte – imagine, imagine une seule minute l’angoisse d’être sans filet, genre saut à l’élastique sans l’élastique ? Débarque immédiatement Estime Toi Heureuse avec ses grandes bottes et son air sérieux. Estime Toi Heureuse d’avoir un travail (mais …), Estime Toi Heureuse d’avoir un toit (oui, mais…), Estime Toi Heureuse, parce que ça pourrait bien être pire demain.

À côté, les projets avortés sont les fantômes qui hantent nos placards intérieurs. J’en ai à la pelle de ces fantômes – il faut dire que chaque matin je me découvre une nouvelle passion-vocation. Cependant, un fantôme en particulier me tient à la cheville et ce, depuis que je sais tenir (et pas lire) un livre. C’est-à-dire écrire.

Le hic (l’excuse ?) c’est que depuis que je suis au Japon, écrire, je ne fais que ça, mais pour le travail. Alors lorsque je rentre, les neurones dans les brumes et les doigts engourdis, mon imagination est au point mort. Et puis écrire, écrire, écrire quoi ? Des Histoires (avec un grand H) ? Pas exactement mon affaire. Je n’ai jamais su, ni aimé réfléchir à des personnages, des trames et encore moins… des fins.

Bon. Mais voilà, c’est plus fort que moi, j’adore aligner des mots et jouer avec la langue. J’ai des boules, là, d’un trop plein d’émotions, qu’il me faut dérouler sur le papier. Un véritable torrent de mots qui ne demandent qu’à dévaler la montagne. En fait, j’ai envie de conter et de raconter des choses, des tas de choses et d’expérimenter. Trois semaines de vacances version claque en pleine face : il est temps de m’attacher à une chaise face à l’écran – à défaut d’une machine à écrire. Ce fantôme là est trop gros pour que je lui laisse le loisir de me hanter. Je vais le déballer avec perte et fracas, défoncer les blocages à coup de maillet et m’inventer un style bien à moi d’écriture bordelopoéthérapeutique.

Avenir, travail, argent, c’est work in progress. L’avenir, je le vois sous un plaid, avec des bougies allumées partout, un thé fumant sur la table basse, les enfants qui courent dans la maison – pas de chat, je suis allergique. Le travail, je le vois passionnant mais surtout pas envahissant. À 17h tapantes je suis déjà rentrée. L’argent, au fond, je m’en fous. Ce n’est pas la richesse qui nous obsède, mais cette idée terrifiante d’être à l’abri (De quoi ? Quelle limite ? Quels besoins ?).

Attachez vos ceintures, parce que 2019 est là, qu’on est déjà le 10 janvier et qu’il est temps, grand temps, de self-care.

11 janvier 2019

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14 Commentaires

  1. Répondre

    Camomille

    31 janvier 2019

    Je me suis énormément reconnue dans ton article, on a le même âge et visiblement on se pose un peu les mêmes questions… à cela près que je n’habite pas au Japon, mais moi aussi, j’ai la sensation que ma véritable passion c’est l’écriture, sans trop savoir comment m’y mettre… De mon côté c’est écrire des histoires qui me tente, j’ai commencé sur mon temps libre, à mon rythme et sans me mettre la pression, on verra bien où ça me mène 🙂 Je crois aussi que pour l’instant le salariat me va mais que je vais finir par vouloir faire mon truc de mon côté pendant ma trentaine. Je crois qu’on a la même vision du travail: c’est important qu’il nous passionne, mais il ne faut pas que ça devienne la priorité qui écrase toutes les autres dans la vie, sous peine de se retrouver à 50 ans avec des regrets. Bref, je te souhaite de faire la lumière sur tes projets, à ton rythme, et de t’écouter pour que 2019 soit une belle année en phase avec toi même!

    PS: Et +10000 pour le passage sur les toilettes, en mai dernier lorsqu’on a atterri à Haneda pour notre 2e voyage, j’étais trop contente de retrouver les toilettes japonaises! XD

    • ameliemarieintokyo

      1 février 2019

      Merci beaucoup pour avoir pris le temps d’écrire ton ressenti. Je suis contente de voir que je ne suis pas la seule à me poser des questions (et à avoir cette vision d’un futur dans lequel le travail ne chronophage pas trop la vie !). Bravo pour t’être mise à l’écriture à ton rythme (j’essaye de me pousser, pas facile à faire !). Et une année 2019 qui résonne avec tes envies !

  2. Répondre

    Philippe

    13 janvier 2019

    Bravo Amélie pour ce bel article qui reflète bien ton ressenti sur ta vie au Japon. Il m’est d’autant plus précieux que je vais m’installer au Japon en fin d’année pour y rejoindre mon épouse déjà sur place. Pour moi la situation sera différente car j’y serai retraité et ne subirait donc pas cette pression professionnelle certainement pas facile à gérer au quotidien pour les latins que nous sommes. Bien à toi. Philippe

    • ameliemarieintokyo

      18 janvier 2019

      Merci beaucoup et bienvenue ! Je te souhaite une excellente installation – je pense que pouvoir vivre au Japon sans avoir à y travailler offre une toute autre perspective. Si vous ne connaissez pas le podcast Mensetsu (intervention d’expatriés au Japon), je vous en recommande vivement l’écoute, c’est tout simplement passionnant ! http://podkyast.com/category/mensetsu/

    • Philippe

      18 janvier 2019

      Merci Amélie de cette réponse. Je connaissais le podcast grâce à toi d’ailleurs car j’y avais écouté ton intervention à l’époque. J’aime beaucoup d’ailleurs. Il est vrai que je sais que j’ai beaucoup de chance car je n’aurai que le bon à vivre et pas à supporter l’environnement professionnel local. Pour autant j’ai envie de m’occuper. Je pense que tout d’abord je vais me consacrer pleinement à l’apprentissage de la langue et ensuite je tenterai de me trouver une occupation. Nous aurons peut-être l’occasion de nous croiser sur place. Dans l’attente, à très bientôt !

  3. Répondre

    Laure

    11 janvier 2019

    Magnifique article. Je te souhaite une très bonne année 2019 et t’envoie plein d’ondes positives !

    • ameliemarieintokyo

      11 janvier 2019

      Merci beaucoup ! Une très bonne année 2019 à toi aussi !

  4. Répondre

    Marjorie

    10 janvier 2019

    Amen !

  5. Répondre

    Anso

    10 janvier 2019

    Très amusant, je partage tout à fait la passion-vocation qui arrive tous les matins, les projets en suspens que j’aimerais tous réaliser en même temps, et tous ces questionnements sur ce que j’ai vraiment envie de faire à l’avenir.
    J’ai un travail prenant, stressant, et je ne décroche vraiment jamais, ni le week-end, ni pendant les vacances. De temps en temps je me dis combien c’est ridicule. Et puis je m’y remets, avec l’envie folle d’évoluer très vite très haut et finir par devenir présidente de la république. Alors qu’au fond de moi, si je le pouvais (voulais ?), je passerais mes jours à voyager, étudier le Japon, écrire. Et la sensation, terrible, que les journées sont beaucoup trop courtes et que je n’arriverai jamais à tout faire dans une vie.
    Peut-être qu’il est temps de tout remettre en question ?

    • ameliemarieintokyo

      11 janvier 2019

      C’est tout à fait cela !

  6. Répondre

    Sharon

    10 janvier 2019

    Bonne année les loulous ! Plein de réussite dans vos projets alors 🙂

    Je confirme pour l’eau et suis très contente de voir votre retour – enfin pas contente de vos petits désagréments hein. Sa première semaine en France, Adjo a eu des plaques partout dans le dos. Ca n’a pas été aussi violent la second fois mais il a la peau très sèche (même 6 mois après) et qui le démange. On tente le badigeonnage à l’huile d’amande douce..

    J’ai toujours pensé qu’à Nantes on était particulièrement mal lotis, rien qu’à Pornic l’eau est déjà différente.

    • ameliemarieintokyo

      11 janvier 2019

      Merci ! Et bonne année ! Dis donc, figure-toi que je vous ai vu sur le parking de l’île Gloriette ! Malheureusement nous roulions et je n’ai pas eu le temps de dire ouf que vous étiez déjà au loin dans notre rétroviseur. Cela fait donc 6 mois qu’il est en France !? Tout se passe bien ?!

  7. Répondre

    Dides

    10 janvier 2019

    Bonne année 2019. J’ai lu une citation un jour : Si tu essaies, tu as une chance de perdre. Si tu n’essaies pas, tu as déjà perdu ! Cela fait réfléchir, non ! Je sais que cela à l’air facile à dire comme cela, mais si vos fantômes vous gâchent la vie, il est temps de faire quelque chose. Bon courage, et faites-vous confiance.
    Milles pensées positives pour vous.
    Fleurdulevant.
    PS : pour l’écriture vous êtes douée.

    • ameliemarieintokyo

      11 janvier 2019

      Merci beaucoup ! Cela me fait rudement plaisir 🙂 Je vous souhaite une excellente année 2019 pleine de bonnes choses !

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