Vous avez sans doute entendu parler des wagons réservés aux femmes au Japon. Solution bancale aux attouchements dans les trains bondés, le sujet fait couler beaucoup d'encre. Découvrez un extrait de mon article de fond pour Dozodomo.

L’un des aspects les plus saisissants du Japon est sans conteste son vaste système de transport en commun. En particulier, l’impressionnant réseau de Tokyo. Ce dernier transporte chaque jour 6 millions de passagers rien que pour le métro. Autant vous dire que le matin, en heure de pointe, la dignité s’envole le corps compressé contre celui des autres passagers. À tel point que les vitres se brisent. Qui dit compressé, dit problème de promiscuité, et… mains baladeuses. Ou accident malencontreux alors que vous cherchiez votre portable dans votre poche.

Pour éviter les attouchements non consentis (chikan), les compagnies ferroviaires japonaises ont créé au cas par cas (ligne, stations), des wagons réservés aux femmes. Ceux-ci sont le plus souvent limités aux heures de pointe. Le Japon n’a rien inventé de nouveau. En effet, le système existant dans d’autres pays – l’Inde, la Malaisie, Israël… Mais aussi fut un temps, la Grande Bretagne. Cependant, il divise l’opinion publique entre les pros et les contres. Curieusement seul terrain d’entente des conservateurs et des féministes japonais !

La petite histoires des wagons réservés aux femmes

Les wagons réservées aux femmes ont existé sous diverses formes depuis au moins une cinquantaine d’années au Japon. En effet, les plus vieux remontant à 1912 sur la ligne Chuo (Tokyo). Le concept était alors surtout de séparer les élèves des hommes durant les heures de pointe, afin de prévenir non seulement les attouchements, mais aussi de protéger les mœurs. À Kobe, le système est introduit dans les années 20. Puis il mène à la création d’un train spécial écolières dans les années 30, tandis qu’à Osaka, le premier wagon réservé aux femmes apparaît en 1954.

À l’époque appelés « hana densha » (train fleur), les wagons réservés aux femmes, proches du conducteur sont désormais indiqués par l’inscription « 女性専用 Women only » (Femmes uniquement), et colorés de rose. Impossible de les rater tant ils dénotent dans l’ambiance grise des stations de train. Les règles de mise en place de ces wagons dépendent des compagnies ferroviaires : durant les heures de pointe, toute la journée, seulement à bord des trains rapides, en semaine uniquement. Bien que réservés aux femmes, les écoliers, handicapés et accompagnants peuvent monter à bord de ces wagons.

Une épidémie d’agression dans les transports à Tokyo dans la fin des années 90

Avec le triple de la population parisienne qui se déplace chaque jour à Tokyo, les statistiques des agressions à bord des transports en commun atteignent des sommets dramatiques au cours des années 2000. Les compagnies ferroviaires remirent progressivement au goût du jour les wagons réservés aux femmes. Cette hausse s’explique au moins en partie par l’apparition des téléphones portables. Ceux-ci permettent aux victimes d’appeler à l’aide ou de prendre en photo leur agresseur. Cela a encouragé les femmes à se manifester auprès des autorités.

En mars 2001,  la compagnie Keio, qui relie Tokyo à la banlieue d’Hachioji met en place de manière permanente des wagons réservés aux femmes sur ses trains de soirées suite à de nombreuses plaintes de passagères. En juillet de la même année, la ligne Saikyo de la compagnie JR East, reliant Tokyo à Saitama, se dote de ces mêmes wagons. Cette ligne très empruntée est réputée pour avoir le triste record d’agressions sur la région de Tokyo. Elle est surnommée « le paradis des tripoteurs« .

64% des passagères ont subi des atouchements

D’après une étude menée conjointement par la police métropolitaine de Tokyo et la compagnie JR East en 2004 : 64% des passagères (âgées de 20 à 30 ans) rapportent avoir été tripotées une à plusieurs fois durant leurs déplacements. 2201 plaintes ont été déposées dans l’année. Soit trois fois plus qu’en 1996 qui comptait 778 cas. Les autorités, confrontées à l’impossibilité d’identifier l’agresseur et au silence des victimes, ont mené plusieurs campagnes de sensibilisation. Cependant, elles échouent à inverser la tendance.

« Elles pensent que c’est d’une certaine manière, honteux de dire quelque chose ou de crier « à l’aide, à l’aide »
Mihiko Ejiri, Université Tsuda

« Cela demande des tripes de crier bien fort, et vous ne pouvez pas les pousser parce que le train est bondé »
Étudiante, 20 ans, Ligne Saikyo

Pour le journal Mainichi, « les wagons réservés aux femmes doivent être créés, parce que certains individus impardonnables se servent des trains bondés pour commettre des agressions sexuelles. Cela ne peut pas être le résultat d’une civilisation digne ».

Que se passe-t-il si un homme ose mettre les pieds dans les wagons réservés aux femmes ?

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Le profil du harcèlement sexuel dans les transports japonais

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Protéger les femmes… Mais aussi les hommes.

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Et si les wagons réservés aux femmes étaient une mauvaise idée ?

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1 Comment

  1. Répondre

    Kenza

    22 février 2015

    J’ai tout lu et en fait je n’ai pas d’avis ! Je suis tombée sur un wagon réservé aux femmes à Kuala Lumpur et j’ai trouvé l’initiative bonne… en imaginant à quel point ce serait un soulagement à Paris mais ça ne ferait pas disparaître le harcèlement dans les autres endroits de la vie quotidienne. D’après ce que je pouvais voir les autres wagons étaient pleins donc un homme est venu s’asseoir, sous l’oeil exaspéré d’une ou deux femmes, mais pas de scènes d’hystérie comme dans la vidéo du site !

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