Découvrez la boutique Hariko et le papier japonais washi

Une passion et une mission: faire découvrir et sauver l'artisanat traditionel japonais du washi. Découvrez Hariko, la boutique d'Émilie!

Je suis super ravie de vous présenter la très jolie boutique Hariko et de vous inviter à découvrir l’artisanat japonais et le papier japonais traditionnel washi. Hariko est née de la passion d’Emilie pour ce papier noble et de son envie de partager cette culture menacée. Elle espère pouvoir rapprocher les artisans japonais et les passionnés de washi. Je remercie vivement Emilie d’avoir pris le temps de m’expliquer le sujet et de répondre à mes questions!

wash

A: Bonjour Émilie, j’étais très contente de te voir lancer ta boutique et je suis curieuse d’en savoir plus. En vérité, je crois bien que je ne connais rien du tout au sujet du washi. Peux-tu m’en dire quelques mots?

E: Le washi, c’est un papier fait dans la plupart des cas avec du mûrier à papier (kôzo) endémique en Asie. On récupère l’écorce de la plante, que l’on gratte après traitement à la vapeur pour ne récupérer que les fibres blanches. Après d’autres processus sur ces fibres, cuisson dans un bain de la cendre, battage au maillet, parfois dans une batteuse (naginata), la pulpe produite sert à façonner le papier. On récupère la pulpe sur un tamis, puis les feuilles sont pressées et séchée. Paf ! Ca fait des chocapics ! (rires) Cette technique de base de fabrication vient de Chine en ayant passé par la Corée vers le 6/7e s., avec l’arrivée du bouddhisme au Japon.

L’avantage du washi par rapport aux autres papiers asiatiques, vient de sa technique de fabrication. Les artisans ont perfectionné et affiné leur technique pour produire des papiers de haute qualité (fort, souple, et résistant au temps). C’est bien là l’esprit japonais! Le washi est aujourd’hui reconnu patrimoine mondial de l’UNESCO et sert aussi beaucoup dans la restauration de livres et oeuvres d’art.

(…) Hasegawa-san fabrique du washi Inshû de façon traditionnelle depuis 35 ans, dans l’atelier – et le savoir-faire – hérité de son père (…) Lire la suite: ©Hariko Paper

A: Wow, wow, wow! Mazette, j’ignorais totalement que le washi avait cette reconnaissance. Et qu’est-ce qui a suscité ton engouement pour cet artisanat japonais?

E: En fait, j’ai découverte le papier japonais avec le papier yuzen, aussi couramment appelé chiyogami bien que ce soit un abus de langage. C’est un très joli papier avec des motifs issus de l’industrie du kimono, que l’on utilise pour l’origami. C’est vraiment très japonais et lorsqu’on est novice – comme je l’étais, on ne peut qu’adorer! À partir de là, j’ai commencé à m’intéresser plus au papier en lui-même. J’ai cherché de plus en plus d’information. Je me suis mise à visiter des boutiques, puis des ateliers – quand j’ai eu assez confiance en mon déplorable niveau de japonais.

(A: mais non, mais non, je suis certaine que ton japonais était – est, très bon!!)

Je trouve cette matière vraiment noble et le côté brut a été un coup de foudre… Je suis assez fan de l’esprit wabi-sabi, shibumi et mingei. Le washi est un papier aussi technique qu’esthétique. Et puis bon, l’aspect japonais du sujet fait son travail aussi. Pour qui est manuel nipponphile à tendance science sur les bords… C’est le bingo de l’artisanat!

A: Oh? Le wabi-sabi? Shibumi? Mingeishi?

E: Ce sont des mouvements esthétiques japonaises qui évoquent, pour moi, l’aspect très humble d’un objet (probablement une projection de la personnalité de l’artisan qui le fabrique) mais dont la manufacture est très réfléchie et/ou demande pas mal de savoir-faire.

  • Wabi sabi (侘寂): les bonsai…
  • Shibumi (渋み): le jardin de style japonais…
  • Mingei (民芸): la céramique, le papier…

L’usage que tu vas faire de l’objet est généralement inscrit dans la durée. Le washi fait parti de ces courants esthétiques avec le mouvement mingei. Dans certains cas, le washi peut être très coquet, comme le papier à motifs pour l’origami, mais c’est un aspect qui m’attire moins.

A: C’est super intéressant dis moi! Ta passion est contagieuse… En parlant de passion, passé le premier contact avec le washi, comment as-tu approfondi le sujet?

E: Revenue au Japon pour des vacances, j’ai continué mon exploration sur le washi. À ce moment là, le yuzen vivait un véritable boom aux États-Unis tout en faisant son chemin aussi en Europe et en particulier en France. Les gens ne juraient que par le yuzen, qui n’est pas vraiment un papier artisanal – la feuille de base est faite à la machine.

Je suis par la suite revenue au Japon pour écrire ma thèse. J’en ai profité pour lancer une box spéciale Japon, focalisée sur le papier japonais: la Washi Box. C’est une sélection mensuelle de papier japonais, avec du yuzen pour que les abonnés puissent utiliser les papiers de la box. Mais j’y inclu aussi du washi pour faire découvrir toute la diversité de l’artisanat.

Washi Box Mai 2016 © Washi Box

A: Oh oui! Je me rappelle avoir entendu parler de ta box! Est-elle toujours disponible?

E: Oui! Pour l’instant, je continue la Washi Box! Mais je consacre mon temps à Hariko car j’ai à coeur de faire connaître l’artisanat du washi et d’aller plus loins dans cette démarche. La Washi-Box offre une forme d’initiation, puisque j’inclus dans la sélection mensuelle de papier, des washi de toutes sortes. Les clients ont ainsi un petit aperçu de la diversité du papier japonais et pas seulement du papier à motif.

A: Super! Donc, au Japon pour ta thèse, tu as pu en profiter pour aller plus loin.

E: Oui, être sur place dans la durée m’a permis de faire des voyages à travers le pays afin de visiter les ateliers d’artisans. Ce sont des passionnés de leurs produits et chaque rencontre a été un grand moment d’émotion.

Par exemple, sur l’île Awaji, j’ai fait la très belle rencontre d’un maître washi ayant choisi de se reconvertir dans la fabrication du papier après une carrière très ordinaire. Yoshiharu Okuda s’est formé seul et a choisit de faire revivre un washi typique d’Awaji, disparu quelques dizaines d’années auparavant. Il s’est investi dans ce projet et a démarché beaucoup d’artisans pour y arriver. Il fabrique un washi absolument magnifique et dans les finitions, on retrouve très bien sa touche personnelle.

washi

Washi Tsunagami, façonné sur l’île d’Awaji par l’artisan Yoshiharu Okuda de l’atelier Sho-Roku, après beaucoup de recherches pour faire revivre ce washi disparu. ©Hariko Paper

Washi - carte

Carte du Japon – Le repère indique l’île Awaji

Au fil de mes discussion avec les artisans, j’ai découvert que le frein, et l’une des causes du déclin du washi, est la barrière de la langue ainsi que le manque de temps dédié à sa promotion. Malheureusement les artisans sont assez pessimistes sur l’avenir de leur artisanat. C’est un métier dur. Les maitres washi travaillent principalement durant les périodes froides, éloignés de tout. C’est un métier très physique. Il faut des champs, pour cultiver les plantes du washi, de l’eau pure et froide pour façonner le papier – en particulier le papier dédié à la restauration d’oeuvres de musée. C’est très triste de voir les ateliers fermer les uns après les autres faute de successeurs motivés – que cela soit la famille ou des apprentis. Le manque de commande implique que vivre de cet artisanat n’est pas aisé. Malheureusement, les machines prennent le relai…

A: C’est en effet très triste. J’imagine qu’à moins d’avoir la vocation, on envisage difficilement de se lancer dans un métier ardu. D’autant plus si on en vit mal. Que souhaites-tu accomplir avec ta boutique en ligne Hariko?

E: De faire un travail de com’ pour que le papier washi dépasse les frontières du Japon, se démocratise auprès des artistes et soit accessibles aux créatifs! Ayant fini ma thèse et baraguinant le japonais, je me suis lancée. J’ai monté Hariko pour promouvoir le washi en dehors du Japon, auprès d’artistes à la recherche de nouveau medium et des gens curieux de la culture japonaise. On croise les doigts, c’est peut-être trop ambitieux. Mais si les défis me faisaient peur, je ne serais sans doute pas au Japon, non?

A: Je crois en ton projet et je croise les doigts avec toi pour que Hariko soit un succès qui te permette d’aller plus loin et de développer de plus en plus de choses autour du washi. J’ai une dernière question. Pourrais-tu nous faire découvrir quelques utilisations du washi histoire d’inspirer les lecteurs?

E: C’est la boite de pandore! La première chose qui me vient à l’esprit, c’est bien sûr l’origami. L’origami connait un vrai boom en France et dans le monde grâce à l’engouement des gens pour le papier japonais à motif. Cela donne lieu à une mode bijoux avec des origami miniaturisés. On peut trouver des ateliers et des boutiques un peu partout! Le développement des plateformes de vente en ligne – par exemple Etsy, y est pour beaucoup, ainsi que l’auto-entreprenariat.

Récemment je me suis essayée au papier-maché avec le washi. On peut l’utiliser pour faire une structure (avec du papier pas trop cher) soit pour au contraire recouvrir l’objet et laisser apparaître le papier. C’est super ludique! En fouillant sur internet (Pinterest) on découvre plein de tuto d’idées créatives. Je propose dans ma Washi Box une idée créative pour utiliser les papiers de la sélection et mets aussi parfois le tutoriel en ligne. Je pense faire de même avec Hariko et faire découvrir un petit tuto par mois sur le blog.

Vide-poche en papier-maché et washi Tutoriel en ligne
©Hariko Paper

Côté arts, le washi est très réputé dans la restauration d’oeuvres, notamment les oeuvres sur rouleau (makimono/kakejiku), mais aussi la restauration de livre, précieux ou non comme des Spirou magazines! Enfin, il est aussi utilisé en calligraphie.

Si l’on traite le papier avec du konjak (konyaku) ou une solution teintante de kaki (kaki-shibu), on peut l’imperméabiliser… et en faire des vêtement! Ainsi les washi traités au kaki-shibu sont gravés, utilisés comme pochoir, et servent à teindre du tissu, de kimono par exemple.

A: Merci beaucoup Emilie!

C’est désormais à votre tour, amis lecteurs, de découvrir plus en avant Hariko et de partager cette initiative avec vos proches et vos amis. Pour cela n’hésitez pas à explorer les liens ci-dessous et à suivre Hariko sur les réseaux sociaux!

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ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

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