Bref… Je prends des cours de calligraphie japonaise

Depuis que je vis au Japon, je rêve de m’épanouir dans une activité traditionnelle afin d’élargir ma connaissance de la culture de ce pays. J’ai eu l’occasion de voir des ateliers d’ikebana, mais force est de constater que je n’ai ni la main verte, ni l’amour des plantes. Cet art n’était d’office pas ma tasse de thé.

En parlant de thé, j’ai pu faire par deux fois une cérémonie traditionnelle. J’apprécie la beauté des gestes, la symbolique ainsi que le rituel qui entoure le « sadou » (la voie du thé en japonais, 茶道) mais là encore, ce fut un art japonais incompatible avec ma nature, ayant du mal à tenir en place et à apprécier l’amertume du thé matcha.

Et puis dans le cadre de mon travail, j’ai été amenée à encadrer les cours de calligraphie japonaise organisés chaque mois au sein de l’école. J’étais un peu réticente au départ, étant donné que j’étais surtout là pour surveiller que tout se déroule bien. Ce n’était donc pas évident de revivre régulièrement le même cours: présentation des bases, explication des règles, apprentissage de caractères choisis.

Mais au fur et à mesure des cours, je me suis mise à m’y intéresser et à animer la classe avec des funs facts.

  • combien de temps pensez-vous qu’il faille pratiquer pour devenir professeur de calligraphie?
  • combien d’heure de calligraphie pensez-vous que les élèves fassent à l’école?

Je ne suis pas loin de l’envolée lyrique lorsque je déclare que la calligraphie japonaise m’a ouvert une porte vers un nouveau monde, fait d’encre, de point et d’énergie créatrice.

shoudou

Il faut savoir que je suis toujours terrifiée lorsque je débute quelque chose de nouveau. Je n’ai jamais réussi à pousser les portes d’une salle de yoga, et cela fait des mois que je passe devant les magasins de vélos sans y entrer. C’est donc le coeur battant que j’ai envoyé un message à la calligraphe pour lui demander si elle donnait des cours particuliers. Elle a tout de suite accepté et j’ai même arrangé d’avoir des leçons avec une amie artiste-tatoueuse, la talentueuse Hachi (aimez sa page, ça me ferait très plaisir!).

Je prends depuis des leçons avec l’adorable calligraphe Shingae Wakana (新ヶ江 若菜) dont vous pouvez trouver le travail sur Instagram et sur son site professionnel.

Point culture! 

La « voie de l’écriture » (shodou, 書道) vient de la civilisation chinoise. La tradition de la calligraphie a été importée vers le VIIème siècle et les calligraphes chinois ont profondément influencé les japonais à travers les siècles. Ce n’est que lorsque les syllabaires japonais hiragana et katakana se sont développés qu’un style japonais a véritablement émergé. Encore aujourd’hui la calligraphie japonaise est une matière obligatoire dans l’enseignement primaire et fait partie des arts plastiques au lycée.

On aurait tord de s’imaginer la calligraphie comme une simple affaire de pinceau, d’encre et de papier. Elle se révèle presque plus une philosophie qu’un art, très liée aux écoles Zen et Boudhistes. Chaque trait, espace, point, compte et l’ordre des traits est essentiel car les idéogrammes sont écrits suivant des règles bien précises. Mais afin de réussir une belle calligraphie harmonieuse et équilibrée, plus que la technique derrière le coup de pinceau, le maitre attend un état d’esprit appelé « mushin » (無心ん): une « absence de pensée ». Libéré de l’hésitation le calligraphe s’exécute avec fluidité.  D’ailleurs, avant de débuter une cérémonie du thé, il est coutume de prendre le temps de s’absorber dans la contemplation d’une calligraphie, afin de préparer son état d’esprit.

La calligraphie japonaise a développé différents styles dont trois principaux forment la base:

  • 楷書 (kaisho): Littéralement, l’écriture correcte. Ce style est très proche de l’écriture d’imprimerie et les idéogrammes sont clairs et familiers pour tous les lecteurs. Les débutants commencent par ce style.
  • 行書 (gyousho): Avec une forme plus ronde, proche de l’écriture manuscrite, ce style est encore reconnaissable.
  • 草書 (sousho):  Ce style favorise la beauté sur le sens. Pour un profane, l’idéogramme n’est pas reconnaissable.

Je dois avouer que je retire parfois beaucoup de frustration de mes cours. Sous l’oeil attentif de ma professeur, je m’applique tant bien que mal, essayant de respecter chaque règle pour arriver à une exécution sans hésitation. Lorsque l’on pratique la calligraphie japonaise, on doit acquérir des réflexes avant de pouvoir réellement faire de beaux caractères. D’abord penser…

  • à votre position: le dos droit, les pieds fermement au sol, une main tenant l’angle de la page, l’autre tenant le pinceau.
  • à la position du pinceau: selon le trait, on a des degrés d’angle…
  • au mouvement du poignet et du coude
  • à l’espace sur la page
  • à l’épaisseur du trait
  • à la vitesse
  • etc.

Pour répondre aux questions évoquées au dessus, un calligraphe doit pratiquer pendant plus de 25 ans pour ne serait-ce qu’enseigner. Il parait que pour être reconnu comme un maître, il faut être accepté par ses pairs. Ma professeure a non seulement suivi les cours obligatoires à l’école, mais elle en a fait son activité extra-scolaire. Au lycée, elle avait 8 heures de calligraphie –  Par jour ! –  Je vous laisse imaginer à quel point moi et mes 2 heures de cours par semaine, on est loin de faire le poids!

Cours de calligraphie japonaise avec © source: Hachi Tattoo Artist Facebook Page

Cours de calligraphie japonaise avec © source: Hachi Tattoo Artist Facebook Page

ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

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5 Comments

  1. Répondre

    tarab2014

    26 juillet 2016

    Magnifique ! J’ai commencé il y a quelques mois la peinture chinoise avec presque les mêmes appréhensions, et je me surprends à y prendre un plaisir fou (même si je n’ai aucune ambition de devenir maître ès peinture ou quoi que ce soit du genre). Une belle manière d’appréhender une autre culture en profondeur…

  2. Répondre

    Karima

    26 juillet 2016

    Ravie de te lire à nouveau! J’adore toutes les petites choses qu’on apprends grâce à tes articles que ce soit au niveau de la culture ou du vocabulaire; et ici en prime de deux talentueuses artistes 😉 J’ai bien apprécié ton article d’hier sur l’été et j’apprécie encore plus celui d’aujourd’hui étant donné que la calligraphie est un art que j’espère pouvoir essayé un jour. Bonne continuation pour la suite et j’espère qu’on pourra suivre tes progrès ^_^

  3. Répondre

    Camille

    26 juillet 2016

    Merci pour cet article très instructif ! Cette année je me suis également initiée à la calligraphie avec ma professeur de japonais, mais cette dernière n’étant pas calligraphe certifiée, elle m’apprend juste les rudiments de cet art. C’est vraiment très reposant… et bien plus difficile que ça n’en a l’air 😉 Quand je vivais à Tokyo, j’avais aussi essayé l’ikebana, mais sans succès (beaucoup trop codifié à mon goût), et la semaine dernière avec Eugénie Cocoyuyu nous nous sommes rendues à un cours de cérémonie du thé : l’austérité et le manque de chaleur des autres participants nous a plutôt rebutées ! La calligraphie est donc prochaine sur notre liste, et grâce à ton article je suis encore plus motivée. J’ai hâte de voir tes futures productions ! 🙂

  4. Répondre

    vero_pawlak@hotmail.com

    26 mai 2017

    Bonjour,
    Est-ce qu’éventuellement, tu donnerais des cours de calligraphie japonaise? Je viens avec un groupe de 14 ados et on rechercherait peut etre a faire une initiation (style 2h) . On sera là en juillet.

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