À la rencontre de la calligraphe Japonaise Shingae Wakana

Calligraphe Japonaise Shingae Wakana

La vie quotidienne au Japon n’est pas toujours de tout repos. C’est pourquoi j’apprécie avec grand plaisir les pauses relaxantes que m’offrent les cours de calligraphie japonaise de Shingae Wakana (新ヶ江 若菜)…

『攻』Attaque, Calligraphie de Shingae Wakana – © Compte Instagram Officiel

Un apprentissage dès l’enfance

Née en 1984, Shinga sensei* a été initiée par sa famille à la calligraphie très jeune. Tout le long de sa scolarité, elle a pratiqué cet art avec passion. Rejoignant le club artistique d’un lycée spécialisé, elle faisait pas moins de 8 heures de calligraphie. Par jour. Non seulement elle fut la meilleure élève de sa section, mais elle remporta un prix national de calligraphie.

Ayant toujours son matériel à portée de main (du papier d’entrainement, de l’encre et un encrier, des pinceaux, un « tapis » et un presse-papier), Shingae sensei profitait – profite, de chaque moment de liberté pour s’entrainer.

En effet, avant de pouvoir être considéré apte à enseigner la calligraphie, il faut des dizaines d’années d’entrainement, ainsi qu’un maître. Et l’on ne devient un calligraphe reconnu officiellement qu’à la mort de son maître. C’est un univers dont l’entrée est jalousement gardée par les anciens…

À la fin de ses études universitaires spécialisées en lettres classiques, Shingae sensei a enchainé des missions de créations (affiches, noms de restaurants) et l’enseignement de la calligraphie…

Logo d'un restaurant à Shibuya, © création de Shingae Wakana

Logo créé pour un restaurant à Shibuya © Shingae Wakana –  Site officiel

A.M.: « Que ressens-tu lorsque tu fais de la calligraphie? Qu’aimes tu dans l’univers de la calligraphie? »

S. « Lorsque je fais de la calligraphie je ne pense à rien. Bien sûr, lorsque j’enseigne, afin de donner des conseils et orienter mes élèves, énormement de choses me viennent en tête. Mais lorsque je crée ou m’entraine, mon esprit est libre de toute pensée. Je pense que c’est une manière de pouvoir se parler à soi-même. Ce moment, où l’état d’esprit est libéré de toute information, de toute pensée, où le pinceau qui court sur la feuille pour créer, occupe une part très importante de ma vie, de mon temps. Je ne peux pas m’imaginer vivre sans. C’est une pratique que l’on peut continuer même en vieillissant. Je recommande vraiment la calligraphie aux gens qui sont stressés (rires). »

A.M. « Pourquoi as-tu particulièrement envie d’enseigner aux étrangers? »

S. « J’étudie la calligraphie depuis mon enfance. La calligraphie m’était tellement naturelle que j’ai pendant longtemps ignoré à quel point cet art était spécifique à la culture japonaise (asiatique). C’est au lycée, en rencontrant mon professeur d’anglais venu du Canada, que j’ai réalisé que j’étudiais là quelque chose de spécial. Mon professeur était émerveillé de mon apprentissage. Je me rappelle ses mots « Ce que tu étudies est magnifique! C’est vraiment un bel art que tu apprends! ». Cela m’a donné tellement de courage pour continuer la calligraphie, rester dans la section artistique de l’école. Je repense encore avec émotion à ce professeur et son souvenir m’a donné l’envie d’enseigner aux étrangers.

Il faut dire que dès mon plus jeune âge, j’étais attirée par les étrangers et les échanges culturels. À peine avais-je commencé à travailler que je me disais « j’ai envie d’enseigner à l’étranger! ». Mais pour accomplir cet objectif, il me faut beaucoup de préparation, notamment apprendre l’anglais… (rires). Pour le moment, je manque de confiance en moi.

Afin de me préparer, je fais des cours dans les écoles de japonais et j’enseigne aussi aux étrangers qui me contactent directement par mon site. C’est une expérience que j’apprécie beaucoup. Même si je ne peux pas parler anglais, je peux partager cette joie d’apprendre en classe et cela me rend heureuse. C’est souvent leur première expérience avec la calligraphie japonaise et je suis heureuse de vivre cet instant, cet échange avec eux. Leur dire sayonara lorsqu’ils repartent le visage souriant me donne énormement de fierté. Je suis fière de mon travail. »

A.M. « Tu as envie d’enseigner à l’étranger, est-ce là un rêve qu’il te tient à coeur d’accomplir? »

S. « Je ne me sens pas prête pour l’instant et je travaille à Tokyo. Mais j’aimerais progressivement travailler dans tout le Japon, pouvoir enfin aller à l’étranger et toucher toujours plus de gens à travers mon travail. Je ne veux pas seulement enseigner, mais je veux créer de la calligraphie. Je voudrais pouvoir travailler sur des titres de film, des marques, des emballages… Je veux pouvoir créer sans cesse de nouvelles calligraphies! Et cela, en ne m’inspirant pas seulement du Japon, mais de plein d’environnements. Je veux pouvoir ressentir cela jusqu’à la fin de ma vie! »

Shingae sensei est drôle, gentille et douce.

Sa philosophie? Encourager les élèves, les féliciter, toujours mettre en avant les qualités des calligraphies, même pour les grands débutants. La calligraphie ne peut se maîtriser du jour au lendemain, alors plutôt que de pointer les erreurs, Shingae sensei préfère s’exclamer avec joie sur un coup de pinceau heureux de celui qui s’initie maladroitement pour la première fois.

Shingae sensei anime aussi des classes pour enfants - © Compte Instagram personnel

Shingae sensei anime aussi des classes pour enfants – © Compte Instagram personnel

Malgré la barrière de la langue, Shingae sensei ne connaissant que quelques rudiments d’anglais, les débutants apprécient beaucoup ses cours. Les explications? Parfois, plus que les mots, voir et ressentir suffisent à comprendre un peu le monde mystérieux de la calligraphie! La calligraphie aime aussi rendre la calligraphie sonore…

« Tontonton, tu appuyes fort, shuuuuuu, tu traces vite, tontonton tu finis en insistant à nouveau avec ton pinceau ».

Si vous passez par Tokyo et que la curiosité vous pique, Shingae sensei sera très heureuse d’avoir la chance de vous rencontrer! Si vous ne parlez pas un petit peu japonais, elle sera peut être intimidée d’avoir à organiser un cours, mais n’hésitez pas à lui envoyer un petit mot (en japonais, éventuellement anglais évidement).

Tarif: à l’heure, varie selon le nombre de participants
Quand: en semaine
Lieu: Tokyo (Nord & Est de préférence), Saitama

Facebook

Site internet

Instagram: vie quoditienne

Instagram: calligraphie

*先生, sensei: maître, terme signifiant« celui qui était là avant moi, qui est garant du savoir et de l’expérience d’une technique ou d’un savoir-faire ». Ce suffixe s’utilise habituellement pour s’adresser à un professeur, à un enseignant ou un artiste reconnu.

ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

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5 Comments

  1. Répondre

    Bérénice

    11 octobre 2016

    Superbe ton instagram ! Je viens de m’abonner hihi. Au Japon je prenais des cours de calligraphie. J’avais beaucoup aimé ! Le fait de se concentrer sur la vitesse de son mouvement et la pression du pinceau sur le papier aide à se vider l’esprit je trouve 🙂

  2. Répondre

    Math-Monde

    14 novembre 2016

    Superbe! Je ne suis malheureusement jamais allée au Japon pour l’instant mais un jour viendra et j’espère pouvoir profiter de ton blog plus intensément à ce moment là !

  3. Répondre

    Marin Cornelia

    19 novembre 2017

    Bonjour
    Je commence )à préparer mon voyage au Japon , en printemps 2018, et je cherche des informations pratiques. Comma ça je suis tombée sur votre blog et aussi sur cette artiste calligraphe que je voulez connaître , faire une demande pour me donner qqs cours de calligraphie .
    je voulez savoir si c’est toujours d actualité ;
    Merci.
    Cordialment
    CORnelia

    • ameliemarieintokyo

      24 novembre 2017

      Bonjour, vous pouvez tout à fait la contacter en anglais sur sa page Facebook ou son site 🙂 je suis sûre qu’elle serait ravie de donner des cours!

    • CORNELIA Marin

      24 novembre 2017

      MERCI POUR VOTRE REPONSE . Je ne parle pas l anglais, MAIS je crois que voir LE MAITRE travailler, c’est aussi un façon d’apprendre , da faire. Je me lance à sa recherche . Cordialement .

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