365 Jours de Tokyo: Oublier Son Téléphone Dans Un Taxi

365 Jours de Tokyo: day 29

7:05 Mes trois alarmes me tirent brutalement du sommeil. J’ai les paupières lourdes, mal au ventre, et l’envie de rester couchée…

7:15 Les rappels d’alarme me font bondir du lit. J’ai réservé un taxi pour 7:50, j’ai la valise à boucler et une douche à prendre.

7:49 Je vérifie que tout est éteint: le gaz, internet, l’aération, le siège chauffant des toilettes… Je claque la porte, ferme tous les verrous et fais une prière pour ma plante qui va devoir survivre 3 semaines sans moi.

7:50 Le chauffeur du taxi vient à ma rencontre. Je monte à bord, un peu inquiète. Aurais-je dû partir plus tôt? Je ne prends jamais le taxi, mais je ne me sentais pas d’affronter l’heure de pointe sur la Yamanote. Je ne me voyais pas non plus infliger ma valise aux passagers des tranports en commun. Le taxi démarre pour finir bloqué une minute plus tard par la ligne Seibu-Shinjuku à côté de chez moi. Le passage à niveau est abaissé pendant de trop longues minutes. Je me raisonne, même avec une heure de retard sur mon itinéraire prévu, je serai largement à l’heure pour mon vol. Enfin les barrières s’ouvrent. Le chauffeur s’essuie le front.

– À quelle heure est votre vol?

– 11h30

Il se tait et se concentre. Nous enchaînons les feux rouges et j’ai l’inquiétude qui monte, monte, malgré moi. Au diable Google Maps et sa prédiction foireuse (37 minutes même avec le traffic actuel). Nous mettrons une heure pour joindre l’aéroport. Prendre le taxi permet d’observer Tokyo d’un autre oeil. J’ai traversé des quartiers inconnus et pu observer les gens qui pressent le pas pour aller au travail, les groupes de lycéens qui se rendent à l’école. Les primaires et leurs petits chapeaux jaunes. J’ai le coeur gonflé d’amour pour Tokyo et je me fais la reflexion que j’aurai bien du mal à vivre ailleurs.

8:50 Le chauffeur me souhaite un bon voyage après m’avoir gentiment déposé ma valise près de l’entrée de l’aéroport. J’avance, à moitié endormie et m’arrête au bureau de change. Je sais pertinemment que je vais payer le prix fort mais cela m’évite de m’inquiéter pour mon arrivée. La première fois que je suis rentrée en France, je n’ai pas pensé à ramener de monnaie et me suis retrouvée à errer dans l’aéroport Charles De Gaulle sans pouvoir me poser dans un café.

Mon argent changé, je tâte la poche de mon manteau à la recherche de mon téléphone. Qui ne s’y trouve plus. Mon coeur s’emballe. Je lâche mon sac sur le sol carrelé de l’agence et je le retourne de fond en comble. Je vérifie les mêmes poches trois fois, espérant que par un tour de passe-passe, mon téléphone y réapparaisse. Les minutes passent et je ne le trouve toujours pas. Je suis paralysée l’espace d’un instant. Puis, viennent les réflexes. J’attrape mon sac et ma valise et me précipite sur l’aire de dépôt des taxis. Je regarde le sol. Rien ne traîne. Cela fait quoi, 5, 10 minutes? Il aurait été ramassé. Sur ma droite, j’aperçois immédiatement un petit poste de police. Je m’y précipite. Le policier, la quarantaine, les cheveux grisonnants et tout sourire se tourne vers moi.

– Euh, euh, je suis arrivée en taxi il y a peu et euh, est-ce qu’on vous a ramené un téléphone, par hasard?

– Il serait tombé sur le sol? Nous n’avons encore rien reçu. Voulez-vous faire une déclaration de perte?

Il sort un formulaire. Je me liquifie. Il doit sentir que je suis à deux doigts de fondre en larmes. Comprenez bien que perdre un téléphone, ce n’est jamais drôle. Mais pas dramatique non plus, on aura vu pire. Seulement mon téléphone, c’est aussi ma carte d’embarquement.

– Est-il possible que vous l’ayez oublié dans le taxi?

Je réfléchis très fort. J’avais glissé mon téléphone dans mon portefeuille. J’ai payé le taxi et ensuite… Et ensuite… J’ai glissé le téléphone dans ma poche… Mais il est grand et…

– Oui, c’est possible!

Je sors mon reçu. Le policier a déjà le téléphone en main. Il appelle la compagnie et parle très rapidement.

– Oui, bonjour, ici le poste de police au terminal international de l’aéroport Haneda, j’ai une jeune femme, étrangère, qui a emprunté un de vos taxi et qui a perdu son téléphone. La course a couté 7,530 yens, le code de taxi est 7850 et … Quand est-ce que vous êtes arrivée?

– Euh, euh, il y a 5 minutes, enfin 10 peut-être?

–  … Elle est arrivée à 8:50. … Oui. Oui. D’accord. Merci. Je m’appelle Matsumoto.

Il me regarde gentiment.

– Ils vont appeler le chauffeur. Veuillez patienter un petit peu.

Une minute se passe. Le policier sort du poste pour aider une navette à se garer correctement. Il se précipite à l’intérieur en entendant la sonnerie.

– Oui, ici Matsumoto, au terminal international d’Haneda. Oui. Oui. Ah! Vous l’avez trouvé! Oui. Oui, je comprends, je transmets. L’arrêt des taxi, 10 à 15 minutes, d’accord.  Je vous remercie beaucoup!

Il raccroche. Je me confonds en remerciement.

– Olalala, il l’a retrouvé. Je suis tellement content pour vous, je m’inquiétais beaucoup. C’est très embêtant de perdre son téléphone. Alala. Il revient. Il vous demande d’attendre à l’endroit où il vous a déposé. Il devrait être là d’ici 10 à 15 minutes. Allez, ça va aller, vous allez faire un bon voyage.

Je traîne ma valise, encore tremblante de ma mésaventure. Je suis tellement désolée pour ce pauvre chauffeur. En l’attendant, j’observe le défilé des voyageurs. Certains avec des valises énormes, d’autres à peine un sac à dos. Mon regard est attiré par les bottes d’une jeune femme, des UGG à séquins rouges. Elle porte un bérêt et un blouson noir. Le chauffeur de son taxi sort une, deux, trois, quatre valise. Je me frotte les yeux. Trois énormes valises, noires et une petite valise, sans doute de cabine. Je la regarde rentrer dans le terminal…

Un van noir se gare devant moi. Des pilotes asiatiques descendent, suivis de quelques hôtesses de l’air. Leurs uniformes sont tellement beaux, avec des boutons dorés. Ils tirent des petites valises compactes et se dirigent rapidement vers l’entrée des employés.

Enfin j’aperçois le taxi que j’ai emprunté plus tôt se garer à quelques mètres. Le chauffeur sort en courant, mon téléphone à la main. Je me précipite à sa rencontre.

– Merci! Merci! Merci beaucoup! Je suis tellement désolée, vraiment.

– Olalala, je suis tellement tellement désolé, j’aurais dû vérifier. C’est de ma faute, je m’excuse.

Il s’incline. Hein, quoi? Le voilà qui commencent à se confondre en excuse. J’en ai le coeur serré. L’idiote dans cette affaire, c’est moi!

– Non, non, je suis vraiment désolée. Combien a couté cette course?

– Oh non, non, vous n’avez rien à payer. Dépêchez-vous, il ne faut pas rater votre avion! Faites un bon voyage.

Je le remercie encore une fois et me presse vers l’entrée du terminal. Sur le chemin, le policier me fait un petit signe de main.

– Bon voyage mademoiselle! Faites attention!

Je me rends au comptoir de la compagnie ANA et je suis immédiatement accueillie avec des sourires. Sur ma droite, je retrouve la jeune femme aux bottes rouges. Cinq minutes plus tard je suis déjà au contrôle de sécurité. Je n’ai pas à déverser le contenu de mon sac dans une tablette, ce qui est fort appréciable. Je ne m’expliquerai jamais les différences de contrôle selon les aéroports. Les pires expériences que j’ai en la matière me viennent de mes passages en Russie et à Paris. Quoiqu’un de mes passages à Copenhague avait aussi été assez éprouvant, l’officier ayant trouvé mon tube de rouge à lèvre hautement suspect. Elle a passé 10 minutes à fouiller ma trousse de toilette avant de me laisser partir, l’air déçue de ne pas avoir mis la main sur quelque chose de dangereux…

***

J’erre dans le terminal, ayant du mal à me remettre de ma bêtise matinale. Je trouve finalement une banquette où m’allonger dans l’aire de repos pour les jeunes mamans. La pièce est longue et offre plusieurs espaces privés pour allaiter. Les lieux sont déserts et les hauts parleurs diffusent une musique relaxante. Pour ceux qui n’ont pas eu la chance de découvrir Haneda, il faut savoir que c’est sans doute un des aéroports les plus confortables que je connaisse! Je ferme les yeux et me laisse berçer par la musique. Les annonces s’enchaînent. Dernier appel pour le vol de Pékin. Monsieur Machin est appelé d’urgence en porte d’embarquement 110. Le vol pour Paris va bientôt embarquer… J’ouvre les yeux, cherche mon ticket. Ils ont commencé à appeler les passagers pour mon vol.

***

J’ai beaucoup apprécié mon expérience avec ANA et cela fera l’objet d’un article à part pour les curieux. 

ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

21 décembre 2016

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6 Comments

  1. Répondre

    Umiko - Okasan

    20 décembre 2016

    Ah là là! Quel stress!!!! J’ai même retenu mon souffle me demandant comment cette histoire allait se terminer. Ouf! Mais c’était vraiment bien! Bonnes vacances et belles fêtes de fin d’année Amélie-Marie.

  2. Répondre

    Sharon

    20 décembre 2016

    Bon, tout est bien qui finit bien. Welcome home !!

    Enfin, la résolution de crise qui n’est possible qu’au Japon quoi 😀

  3. Répondre

    tarab2014

    20 décembre 2016

    Beaucoup d’émotion mais au final tout se termine bien. Et quelle merveille que cette culture japonaise et cette manière qu’ils ont de se plier en quatre pour vous aider et vous rendre service ! En Chine les gens sont également très gentils mais c’est plutôt chacun pour soi et les gens vous laissent vous débrouiller avec vos ennuis… Aucun policier n’aurait appelé le central des taxis pour m’aider dans une situation similaire (je parle trop mal le mandarin et eux ne parlent pas anglais… ça n’aide pas).

  4. Répondre

    Neji_Olivia

    20 décembre 2016

    Déjà que perdre son téléphone, mais le perdre avant de prendre son vol et avec la carte d’embarquement dessus… Contente que t’aie pu tombé sur des personnes aussi prévenante et serviable.

    Perso, j’ai toujours eu des mauvaises expériences à CDG donc si possible je l’évite et je préfère passer par London Heathrow ou Frankfort.

    Haneda est vraiment très cool. J’aime beaucoup Incheon aussi.

  5. Répondre

    tetoy

    20 décembre 2016

    Ralala la boutade >.< Mais qui fini très bien. Quelle gentillesse de la part de ces messieurs ^^

    • ameliemarieintokyo

      21 décembre 2016

      En effet!!! 🙂

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