365 Jours de Tokyo: La soirée

365 Jours de Tokyo: day 27

16:04 Je me regarde dans la glace. Je ne suis pas certaine de ma tenue, ce qui m’inquiète. Ma collègue fête son anniversaire au très classe Peak Bar du Park Hyatt, de quoi mettre la pression sur la garde-robe de tout le monde. Nous nous y rendons pour le fameux Happy Hour à 5000 yens. Comprendre bar et buffet à volonté de 17h à 20h.

16:06 J’essaye une robe, mais elle est trop estivale pour Décembre.

16:08 J’ai remis la tenue précédente. Hésite, attrape une nouvelle robe.

16:14 Après avoir semé le chaos dans mon placard, je pars – en retard pour le rendez-vous fixé avec mon collègue. Impressionnés tous les deux par le standing du bar, on s’était promis d’entrer ensemble. J’emprunte la ligne de métro Oedo, souvent surnommée la « Mine de la Moria » entre amis, tellement les stations sont profondes et les escalators interminables. Cette ligne récente fait une boucle de 40 kilomètres, 48 mètres sous terre.

16:43 Je suis pressée de sortir de la station Tochomae, mais je suis prise dans un groupe de collégiens en déplacement scolaire. Une véritable marée d’uniformes bleus marines, riante et agitée. La sortie A4 se profile au loin et je tente de devancer les élèves.

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16:50 Je suis derrière la grande mairie de Tokyo, du côté des gratte-ciel de Nishi-Shinjuku. Sur ma droite, le parc Chuo. Je n’ai jamais réussi à lui trouver du charme. Je le trouve glauque et c’est peut être un des rares endroits de Shinjuku que je trouve dénué de charme. L’atmosphère est lourde et animée. Je presse le pas, dépassant les abris de fortune des SDF qui dorment sous les larges ponts de ce quartier. Nishi-Shinjuku, c’est un labyrinthe à étage. J’emprunte un petit escalier étroit, sale et peu rassurant, laissant derrière moi un grand axe routier. Je débouche sur les tours du Park Hyatt.

17:00 Tout le monde est en retard, sauf mon collègue et moi, habitués aux manières japonaises. Nous errons à l’étage 41 et avons la chance d’observer le coucher de soleil sur le Mont Fuji.

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– Tu es monté sur le Mont Fuji?

– Oui, lorsque j’étais lycéen ici.

– Alalala, j’y retournerai bien l’année prochaine…

– T’es folle. Plus jamais.

Les employés du bar nous observent du coin de l’oeil, alors qu’un peu perdus, on se demande s’il ne faudrait pas se rendre au bar avant les autres. Le Peak Bar ne prend pas de réservation et l’espace dédié aux soirées comme la nôtre est relativement restreint. Un beau serveur portant un costume tiré à quatre épingles nous apporte la note à régler d’avance.

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Ce qui se passe au Park Hyatt, reste au Park Hyatt.

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365 Jours de Tokyo: day 27

20:25 Les employés peinent à nous faire partir. Finalement, le jeune serveur de tout à l’heure, ne s’en sortant visiblement plus, se tourne vers moi et m’explique en japonais que l’espace devient désormais une partie du restaurant et que vraiment, oui, il faut qu’on parte. Message reçu 5 sur 5. Je traduis à la troupe que je pousse vers la sortie. Un grand karaoke a été reservé pour 21:00. Cela nous laisse le temps de faire une excursion au 52ème étage, histoire de profiter de la vue. Et pour ceux qui connaissent Lost In Translation, c’est le moment de revivre les scènes du film de Coppola.

20:45 On part pour le karaoke avec plusieurs taxis. Après être descendus – nous sommes les premiers arrivés, on se dirige vers le Karaoke.

– Oui, on a une réservation pour 21:00, 18 personnes.

– Je suis désolée, mais je ne vous trouve pas.

L’organisatrice, un coup de trop dans le nez, regarde de plus près son téléphone en louchant.

– Oh. Oh! C’est pas le bon endroit!

On appelle les autres pour leur dire de rentrer. Nous sommes en chemin, traversant le coeur de Shinjuku. L’animation bat son plein, en particulier en cette saison de bonenkai.

365 Jours de Tokyo: day 27

365 Jours de Tokyo: day 27

La salle du Karaoké est énorme. Nous sommes au 6ème étage et nous avons derrière nous une jolie vue sur les gratte-ciel. Devant nous, c’est la tablée des alcooliques. Des dizaines et des dizaines de verres alignés, de la bière, du champagne, des highball. Je fronce les sourcils. Avons-nous commandé? Lorsque le serveur apporte des coupelles de crèmes glacées, je ne suis plus la seule à être étonnée. La japonaise assise en bout de table retient le serveur et se tourne vers nous.

– Excusez-moi, mais est-ce quelqu’un a commandé tout cela?

Personne. Elle explique à l’employé que cela doit être une erreur, personne n’ayant commandé de dessert. Il obtempère et repart avec son plateau. Les micros tournent dans la pièce, et nous chantons à tue-tête – et probablement faux, les grands classiques sur lesquels tout le monde peut se mettre d’accord. Arrive Aux Champs Elysées, que nous reprenons en coeur, ma collègue et moi. Elle est née au Canada, mais a grandi aux quatres coins du monde avant de se poser aux États-Unis. De son enfance, elle chérit précieusement ses 3 années passées à Lyon…

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ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

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