365 Jours de Tokyo: Enfin Les Vacances

365 Jours de Tokyo: day 26

6:35 Un rayon de soleil filtre à travers mes épais rideaux noirs. Ce matin, je me suis réveillée avant l’alarme. Enfin. Enfin, le dernier jour de travail. Avant mes premières vacances de 2016. Pour un peu et je sortirai l’umeshu pour le petit déjeuner.

Bien sûr, j’ai bénéficié de jours fériés par-ci, par-là, j’ai même pris deux jours de congés en Mai. Mais des vraies vacances? Non, j’ai gardé précieusement le peu de jours accordés dans mon contrat. Et encore, je suis chanceuse parait-il, d’avoir obtenu 10 jours de congés payés pour ma première année de travail.

Dans la rue, j’entends les enfants cavaler sur le chemin de l’école. À environ un demi-kilomètre, non loin d’un temple et d’un grand parc, se tiennent une école élémentaire ainsi qu’une garderie pour enfants. En bas de mon immeuble, peint sur l’asphalte les idéogrammes 通学路, route de l’école. C’est un chemin officiellement décidé par les établissements et le quartier.

***

8:54 Alors que je monte à bord du métro – wagon 8, porte 4, un couple attire mon attention. Les cheveux courts et légèrement grisonnants, le visage strict et de fines lunettes noires, il a la quarantaine. Il porte un manteau noir, rembourré. Sur son épaule, la lanière d’un sac à dos sportif, mais professionnel.

Elle a les cheveux décolorés, auburn. Elle se tient dos à moi, et je n’aperçois que rapidement son visage dans le reflet de la porte. Un petit air coréen. Elle a, autour du cou, une écharpe mauve à grossse mailles. Poussée par la foule compacte du rush du matin, je me retrouve le nez chatouillé par la fourrure de la capuche de son manteau. Alors qu’elle discute avec son compagnon, elle tripote nerveusement la poignée de son sac à main. Soudain, elle lâche son sac, tend le bras et lui caresse la joue. Je retiens mon souffle. Un acte de tendresse au Japon, sabrez le champagne! Embarrassé, il détourne un peu la tête. Ils essayent de discuter sans rompre le silence du wagon, ce qui leur donne l’air grave. Il tient dans sa main une écharpe grise sagement pliée ainsi qu’une paire de gants. Je descends en même temps que lui à Iidabashi et manque de lui marcher sur les pieds. Il hésite entre aller à droite ou à gauche, visiblement peu familier avec cette station.

***

15:53 La réunion aura duré 2 heures trente. Notre chef japonaise se désole.

– Vous partez trop tôt. Qui sera là lundi déjà? Alalala, vous partez tous trop tôt.

Les collègues japonais semblent totalement occulter que nos familles ne sont pas à 3 heures de Shinkansen. Que Noël, c’est la fête de la bonne bouffe en famille. Non, le KFC* et le fraisier industriel, on s’en passera, merci. Nous allons nous enquiller des heures de train/avion/voiture/bus, pour du poulet rôti, du saumon fumé, du jambon espagnol. Et la famille, mais c’est accessoire.

La plupart des employés japonais ne prennent pas leurs jours de congés à la fin d’année. Mon entreprise est fermée du 24 décembre au 4 janvier. C’est une relativement longue période à nipponland. Mais rassurez-vous, mes collègues auront la chance de travailler – parce qu’il ne faut pas déconner. Chacun s’est vu attribué un jour de permanence durant lequel il faut vérifier les dossiers en cours, répondre aux emails et être joignable. Bien sûr, aucune compensation particulière n’est au programme. Faut pas pousser mémé dans les orties (les jours fériés travaillés n’ont aucune compensation non plus, parce qu’on est heureux de travailler).

***

16:47 Mon collègue lance Britney Spears en mon honneur. Dans 13 minutes, la petite musique par haut-parleur résonnera dans le quartier afin de signaler la fin d’une journée productive. Et mes vacances par la même occasion.

Fuhfuhfuh, je pouffe d’avance. Une dernière vérification: toutes les programmations sont faites, les articles sont au chaud. Je me frotte les mains – parce que l’architecte a eu l’idée de génie de mettre un mur entre nos bureaux et la soufflerie du chauffage, et que les lieux peinent à se réchauffer. Encore quelques minutes.

16:59 Ping. Une notification s’affiche sur mon écran. « Est-ce que tu peux faire ça, ci, cela, et ceci, éventuellement?« . Évidement. Magnanime, je m’exécute.

17:23 Liberté, je crie ton nom.

Moi, m’enfuyant des bureaux avant qu’ils ne me collent autre chose à faire.

18:34 Ping. Est-ce que j’aurai par hasard corrigé l’article biduletrucmuche? Oui, corrigé et en attente de validation par ma collègue américaine.

19:17 Ping. Je reçois le calendrier des jours fériés travaillés en 2017.

Parce que les japonais redéfinissent le fun.

***

*Les japonais ont complètement foiré l’intégration de Noël. On ne sait s’il faut blâmer un traducteur – il doit s’en mordre les doigts ou s’il faut abattre un marketeur, mais le must du must au Japon, c’est de se réserver un bucket KFC pour le 25. 

ameliemarieintokyo

Née en 1988, dans la région nantaise, baccalauréat littéraire. Études juridiques: M1 droit économique communautaire et international, M2 Droit Maritime. DUT de Français langue étrangère. Addiction: littérature, journaux, cinéma (Ozu, Kurosawa), voyager.

18 décembre 2016

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5 Comments

  1. Répondre

    Kentin malak

    16 décembre 2016

    Je l’ADORE! Pétillante, pleine de vie, intelligente et drôle! Continue Amélie! Allé 2 x au Japon En 4 ans!

    • ameliemarieintokyo

      16 décembre 2016

      Merci beaucoup! Cela m’encourage énormément! Deux fois?! Quelles saisons? 🙂

  2. Répondre

    mellelachieuse

    16 décembre 2016

    j’aime beaucoup tes récits ! alors ça y est tu es en vacances ?

  3. Répondre

    Shinji

    16 décembre 2016

    Tu vas continuer d’écrire une fois en France? Sur le Japon ou sur la France du coup?

  4. Répondre

    tetoy

    19 décembre 2016

    Ahahahah toujours aussi chouette !
    Bonnes vacances !!!!!

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