365 Jours de Tokyo: La Soirée (day 20)

365 Jours de Tokyo: Day 20

Warning. Cet article a été écrit en état d’ébriété. Ne faites pas cela chez vous. 

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13:20 Je rentre en France dans moins de 8 jours. Je n’ai pas de valise. Autant dire que je suis dans l’urgence. J’ouvre Amazon version Japon.

16:55 Je relève le nez. Bon sang, j’ai passé l’après midi sur cette recherche. C’est dire que je suis particulièrement à cheval sur le sujet. Je la veux légère, mais contenant beaucoup. Robuste mais légère. Une bonne contenance, de la robustesse et un poids correct pour un prix raisonnable. En fait, je veux l’impossible. Pour tout le reste, il y a Mastercard. Je me suis perdue dans les rayons et la vingtaine d’onglets ouverts. Coup de grâce, après avoir comparé avec les prix en France, deux à trois fois moins cher. Je me dit que la vie est injuste. Tout ça pour une valoche.

17:25 Un dernier selfie devant le miroir – raté, je n’ai aucun don pour les photos, encore moins les selfies, et je pars au travail. C’est un samedi spécial, je ne travaille pas habituellement. J’y vais à reculons, pour le principe.

365 Jours de Tokyo: Day 20

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23:31 J’attends mon train après cette soirée de boulot. Une soirée de folie, et de misère, celle qui clôt notre année. Bonenkai en japonais (忘年会). La soirée « pour oublier l’année », traduction littérale. C’est une tradition importante au Japon, qui consiste en la réunion en décembre, des membres d’un groupe pour se la coller sévère. Une bonenkai peut avoir lieu au sein d’un cercle d’étudiants, d’anciens camarades de promo, avec son ancienne entreprise, et la nouvelle. C’est un moment de pause dans la retenue nipponne. Non seulement on se la colle, mais en plus on l’ouvre. Vous avez envie de critiquer le patron? De chouiner sur le travail? De mettre les points sur i – ou de lâcher du lest? C’est le moment. L’alcool a bon dos. Y a le positif aussi. L’alcool brise les barrières. Vous trinquez avec le CEO et vous parlez tricot. Tout est permis. Ou presque.

Travaillant dans une école de langue, notre soirée est un peu particulière et échappe un poil aux traditions. Nous y convions les élèves. Le côté relax’ et ouvert disparaît dans l’aspect boulot et retenue. Il faut organiser, accueillir, veiller au bon déroulement de la soirée. Comprendre: on peut picoler, mais pas finir à terre. 

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17:00 Cette année nous avons battu les records avec plus de 103 personnes. On est dépassé par l’envergure de l’évènement.

17:30 Branle-bas de combat. Les employés qui ne sont pas à travailler – car l’école est ouverte, se réunissent dans le restaurant. Sauf moi, évidement, qui prend très sérieusement le quart d’heure français. En vérité, mes tâches principales se déroulant durant la soirée même, je n’aurai pas grand chose à faire en arrivant une heure trente en avance.

Depuis le 1er décembre, chaque jour nous avons eu le droit à un récapitulatif. Les tâches de chacun. Le déroulement. Les changements de dernière minute. Je peux vous dire que personne ne risquait d’oublier le samedi 10.

365 Jours de Tokyo: Day 20

18:20 Déjà quelques invités pointent le bout de leur nez et zonent dans la grande salle. On a réservé un restaurant entier. Entier. Avec cuisiniers et personnels. Mon équipe se bat avec le projo’, parce qu’il y a toujours un projo’ récalcitrant dans les histoires de soirée. Lors des tests, durant la semaine, la projection de nos présentations et vidéos n’avait posé aucun souci. Évidement, à quelques minutes du top-départ, l’écran reste désespérément bleu. On appelle à l’aide le manager du restaurant. Qui fait la même manip’ que nous. Et voilà notre vidéo – d’une maladresse absolue mais concoctée avec amour, projetée sur le mur.

19:30 Frustration. Intense frustration, alors que notre playlist ne se lance pas. Nous affronterons vaillamment les déconnexions internet intempestives. Notre ordinateur portable est connecté au réseau du mobile de la manager.

– Si elle ne bouge pas ça devrait aller!
– Mais elle arrête pas!

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23:39 accrochée à la poignée du métro je lutte pour rester debout. Je vois trouble, il faut être honnête. Un umeshu* on the rocks de trop. Le wagon sent la vinasse. C’est la saison. La moitié de Tokyo a picolé ce soir. L’autre moitié picolera demain. Je croise les regards embrumés des passagers. Nous avons le regard terne, le pas lourd. Les portes s’ouvrent et la masse descend. Takadanobaba est une grosse station, peu restent à bord.

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23:55 Je tangue un peu dans le conbini. J’hésite.

– Une fois que vous avez choisi, veuillez aller à la caisse.

Mince, alors que je devise au rayon des onigiri, je n’ai pas réalisé que je suis aussi dans la file pour la caisse. J’attrape un truc au vol et fonce. C’est le caissier que j’aime bien. Il est assez vieux, le visage ravagé par des cicatrices d’acné. Je le soupçonne d’avoir une excellente mémoire des clients qui passent.Et un petit je ne sais quoi de nonchalance dans les épaules. Il a ce petit sourire en douce à chaque fois que j’y passe.  Il faut avouer que ce conbini, j’y finis souvent après une soirée. Je vérifie en douce mon odeur. Ouais, flagrant délit de boisson.

– Je paye par carte Nanaco.

L’écran devient rouge. Purée. Pas assez de crédit. J’ai la bouche pâteuse. Je sors le manton de mon écharpe.

– Bon, je charge 2000 yens.

L’effort de cette conversation me parait inhumain. Je place la carte sur le lecteur. Écran vert, petite sonnerie satisfaite de la caisse. « A payé ».

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*Umeshu: alcool de prunes.

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