365 Jours de Tokyo: Promenade (day 17)

365 Jours de Tokyo: Day 17

9:45 J’envoie un email au boulot.

Suis à l’article de la mort stop
Grosse toux, fièvre stop
Permission de rester au lit stop

9:48 Réponse.

On n’ osait pas te le dire stop
Dors svp stop

***

13:01 Bien emmitoufflée, je m’aventure dans le monde extérieur. Il fait froid. Donc un temps magnifique. De l’autre côté de la rue, un grand frère, 11 ans même pas, tient la main de sa soeur. Il porte un bonnet gris et un sac à dos en cuir noir. La petite, deux couettes, peut-être 5 ans, tire la langue pour garder le rythme. Elle a un petit chapeau, jaune, tout comme son sac à dos. Le garçon tient un de ces tout-petits téléphones portables conçus spécialement pour les enfants japonais. On peut y préenregistrer quelques numéros – la famille. Certains modèles ont une alarme à activer si l’enfant se sent en danger. L’alarme est signalée immédiatement à la police. D’autres peuvent permettre d’envoyer de courts messages.

***

13:12 J’entre dans le bureau de poste. Depuis 3 ans et demi, ils doivent en avoir marre de me voir débarquer avec des colis et des histoires compliquées. Cette fois, Je dois renvoyer une paire de chaussures mille fois trop petite. L’autre paire, exactement la même pointure, me va pourtant parfaitement.

– Bonjour, j’aimerais renvoyer ceci, mais je ne sais pas trop comment m’y prendre.

J’ai passé la matinée sur ce bon de renvoi, avant d’abandonner d’y comprendre quoique ce soit.

– Très bien. C’est vous qui devez payer le colis ou c’est un paiement à la réception?

Aucune idée les amis. D’une voix assurée:

– Paiment à la réception.
– Le magasin est informé?
– Oui, oui.

Mensonge par incompréhension. Je n’en sait fichtrement rien. J’ai imprimé le bon de renvoi avec l’adresse et le code barre, sans trouver d’autre indication.

– Très bien, veuillez remplir ceci.

Elle me tend le formulaire d’envoi. Je grimace. Il va me falloir me farcir 4 lignes de kanji*, entre mon adresse et celle du magasin. Je me déplace à l’un des bureaux pour prendre le temps d’écrire et ne pas gêner les autres clients. Je m’applique. Il fait très, très chaud dans ce bureau de poste. Je dégouline. Derrière moi, c’est le défilé du troisième âge. Ça vient à deux ou en groupe, ça cause du beau temps et de la pluie.

Devant moi, le long du mur, c’est la foire de formulaires. Pour les envois dans le territoire japonais, à l’étranger, avec la poste ou EMS, une compagnie privée, les déclarations de douanes… Je me concentre. J’ai presque fini. Je retourne au comptoir.

– Ah, veuillez préciser le contenu du paquet ici s’il vous plait.

Merde. Merde, merde, c’est quoi déjà le kanji pour chaussure? Elle sourit, je souris. J’écris en hiragana** et je précise entre paranthèse shoes. Dès fois que. Elle prend le bon et le colis. J’attends en regardant la belle collection de carte de voeux du nouvel an. C’est une véritable religion ici. Et la poste garantit la livraison pour le 1er janvier si vous postez vos cartes avant la fin décembre. Des millions de cartes. Cela représente 13,4% du courrier annuel. L’année prochaine, c’est l’année du coq. Les cartes sont couvertes de petits poussins, de poules…

– Voilà, le colis arrivera demain.

***

365 Jours de Tokyo: Day 17

13:40 Un homme, la trentaine passée, marche plongé dans un livre. Il est habillé d’un pull et d’un pantalon noirs. Du coup, ses chaussures de cuir marron clair crééent un violent contraste. Il finit de lire une page. Relève la tête, se parle, du moins, ses lèvres bougent comme s’il se parlait. Son visage est émacié. Il a des yeux profondément noirs, les sourcils broussailleux. Un petit air occidental. Il croise mon regard, se replonge dans son livre. Sur son épaule, un sac de course.

Plus loin dans la rue, une jeune femme, de petite taille et plutôt ronde. Pull violet, sac à dos d’étudiant. Elle tient une conversation animée au téléphone. Elle parle turc. Je ferme les yeux et je me retrouve à Istanbul, je vois la ville colorée à perte de vue, le Bosphore et ses ferrys en contre-bas… Elle tourne au croisement.

Je débouche sur la grande avenue, très animée. Des poussettes. Un vieil indien qui fait son jogging. Il est en survêtement gris. Aux fenêtres du dojo, de l’autre côté de la rue, des judoka s’echauffent. Odeur d’oignons et de pommes de terre. Je passe le supermarché. Odeur de marrons grillés. Un salaryman, devant moi, fait quelques pas, et puis revient en arrière. Il hésite entre plusieurs restaurants. Odeur de viande grillée… Je passe devant un parking entre deux buildings. Étroit. Deux places, pas plus. Il a une vue sur le quartier un peu en contre-bas. Takadanobaba, c’est avant tout une colline. Odeur de poisson fris. Je passe devant le pachinko. Les portes s’ouvrent et la musique déferle dans la rue. Odeur de poulet grillé. Odeur de curry. Odeur de ramen.

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365 Jours de Tokyo: Day 17

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La place centrale devant la station de Takadanobaba. 

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14:20 Devant un organisme de prêt pour étudiant aux abords douteux, un jeune employé. Il a des lunettes et un air pincé. Je lui donne dix neuf, allez, admettons, vingt ans. Et encore. Il réajuste sa chemise, très sérieusement. Devant lui, un diable pliable, chargé de quelques cartons. Sur le dessus, sa mallette. Il attend. Regarde autour de lui – mais sans jamais croiser un regard ou s’attarder. Il a l’air ennuyé. Au Japon aussi, les étudiants s’endettent. Et parfois, auprès de gens très peu sympathiques.

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14: 24 Devant le bureau du loto, un homme au ventre rebondi observe les jeux du jour. Il porte un pull gris, sur un de ces jeans qui coûtent très chers. Mocassins. Il se gratte la barbe en se penchant pour mieux lire l’affichage. Je le dépasse. Sur ma droite, l’entrée d’un parking souterrain. Et le photomaton le plus mal placé du monde. Au moins.

365 Jours de Tokyo: Day 17

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Une librairie.

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14:30 Je suis sur le chemin du retour après quelques emplettes. Non loin, dans le virage, deux petites filles gloussent. Alors que je m’approche, je les vois caresser un gros chien poilu. Un de ces chiens que l’on confondrait avec un doudou. Il tire la langue. Sa laisse est attachée au mur, devant le conbini.

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*Kanji: idéogramme
**Hiragana: un des syllabaires japonais

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6 Comments

  1. Répondre

    Océane

    8 décembre 2016

    Merci encore et toujours pour les photos ! 🙂

    Tu m’as vraiment fait rire avec le photomaton (et la poste) en tout cas 😀

    Courage à toi !

    • ameliemarieintokyo

      9 décembre 2016

      Bonjour Océane, je suis contente d’avoir fait rire quelqu’un. Je me demande qui a eu l’idée de mettre un photomaton à cet endroit. C’est stratégiquement douteux ;). Merci de ton commentaire, cela me fait très plaisir!

  2. Répondre

    Biamont

    7 décembre 2016

    Bien, bien! Écrire qu’il ne se passe rien en vaut-il la peine? Attention à l’orthographe (l’accord des participes n’a pas changé!) et aux phrases sans verbe, ça décourage. Bien à vous gdB.

  3. Répondre

    sha-ne-no

    7 décembre 2016

    Présente pour la lecture du jour !
    Et petit bonus dans tes photos… le chien « doudou », un chow-chow ! Mon chien préféré au monde (ce fut le compagnon de mon enfance !)

    A demain !
    Samantha

  4. Répondre

    Bérénice

    7 décembre 2016

    On dirait que tu t’en es bien sortie avec la poste au final ! J’espère que le colis arrivera bien 😉 Pour ma part j’avais aimé la poste au Japon car c’était assez rapide. En France je pouvait passer 30 minutes juste pour arriver au guichet tellement il y avait de monde (le samedi matin !)

  5. Répondre

    寝坊したネジ (@Neji_olivia)

    7 décembre 2016

    C’est des jolis articles ces 365 jours de Tokyo, et un beau challenge. bon courage, j’aime vraiment bien les lire.
    et c’est rigolo, je reconnais le coins des dernières photos, j’y étais ce weekend avec Steph et Tomoya.

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